Procès contre Hissein Habré et B.Ntaganda : des leçons pour  les dictateurs et seigneurs de guerre africains

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Mr Bosco Ntaganda during his initial appearance before the International Criminal Court on 26 March 2013 © ICC-CPIS’attendaient-ils à être un jour appréhendés et déférés devant les Juges pour répondre de crimes qu’ils avaient commis durant le temps de leur règne sans partage sur des territoires qu’ils contrôlaient ? Certainement pas car ils se seraient comportés autrement. Hissein Habré et Bosco Ntaganda sont à ce jour devant la justice des hommes et Dieu Seul connaît le fond de la conscience de chacun d’entre eux.

En attendant l’issue de ces deux procès devant la Cour Pénale Internationale pour Bosco Ntaganda et la Cour Spéciale de Justice siégeant à Dakar pour l’ancien chef de l’Etat tchadien, l’opinion s’étonne de constater que d’autres dirigeants, leurs agents ou leurs complices ne s’en émeuvent pas le moins du monde et continuent à se comporter comme si de rien n’était. Mme la Marquise, circulez, tout va bien !

Chaque jour qui passe, l’on assiste à des actes de violence gratuite, des exécutions sommaires, des tueries, des viols, des déplacements forcés des populations civiles non armées, des arrestations arbitraires, bref des violations délibérées des droits de l’homme perpétrées par des seigneurs de guerre et des dirigeants de certains Etats en Afrique. Tout passe comme si les deux procès intentés contre un ancien chef de l’Etat et un ancien seigneur de guerre ne les concernait pas du tout. Alors que comme le temps de l’impunité est révolu, ces violateurs des droits de l’homme encore en fonction devraient s’y référer pour ne pas être rattrapés tôt ou tard par leurs turpitudes.

La lecture du code de procédure pénale régissant la Cour Pénale Internationale et la Cour Spéciale de Justice de Dakar prévoit la peine de prison ferme de 14 ans comme la plus petite sanction. C’est ce qui a été infligé à Thomas Lubanga qui est le tout premier prévenu de la Cour Pénale Internationale. L’ancien chef de l’Etat libérien, Charles Taylor, s’en est tiré avec 75 ans de privation de liberté.

A tout le moins, les dirigeants africains devraient réfléchir sérieusement sur ces deux cas de Bosco Ntaganda et d’Hissein Habré pour adopter un comportement convenable et respectueux des normes de bonne gouvernance pour ne pas se retrouver un jour devant la justice pénale internationale.

Le sort des complices ou agents d’exécution

Le déroulement de ces deux procès va révéler à la face du monde certains faits gravissimes quant à l’autre face de l’iceberg. Notamment des dénonciations des complicités et agents d’exécution chargés des sales besognes et qui opéraient dans l’ombre.

Si pour Hissein Habré, tous ses efforts visaient à conserver le pouvoir par tous les moyens, il en a été autrement pour le seigneur de guerre Bosco Ntaganda. Celui-ci jouait un double rôle, celui de commandant en second chargé des sales besognes au nom et pour le compte du commandant suprême Thomas Lubanga. Son deuxième rôle consistait à échanger des armes et munitions de guerre avec les différentes milices locales contre des matières précieuses tels l’or, le coltan, le diamant et les produits agricoles telles les bois, le café, etc.

            Certes, Hissein Habré a profité de ses pouvoirs exorbitants pour se faire une fortune confortable évaluée à la somme de dix millions des dollars Us probablement logés dans des banques sénégalaises et autres au nom de ses femmes et enfants pour échapper à toute mesure de blocage ou confiscation.                                                Cependant, de son côté, pour effectuer toutes ces opérations, Bosco Ntaganda a recouru à des complicités tant internes qu’internationales. Témoin : l’affaire des 450 kgrs d’or vendu à la somme de six millions des dollars Us à des hommes d’affaires congolais et nigérians venus à Goma dans un jet spécial. Une affaire qui avait défrayé la chronique politico-judiciaire pendant toute une semaine et qui s’était clôturée de façon rocambolesque. Mais qui a laissé des traces indélébiles au sein de l’appareil politique et judiciaire congolais. C’est ainsi que l’on a découvert ce qui se chuchotait en coulisses, à savoir l’existence d’un réseau des trafiquants des matières précieuses au sein des éléments des FARDC, des armées rwandaise et ougandaise, des milices armées irrégulières nationales et étrangères et même de la Monusco.

            Les jours qui viennent seront déterminants sur les complicités et autres agents d’exécution. Dossier à suivre.

 

                        F.M.