Procès Chebeya : un goût d’inachevé, selon le collectif «ABC»

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Composé de plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, le collectif « Action Bazana Chebeya »(ABC) a procédé, le vendredi 8 avril 2011 à Notre-Dame de Fatima, à l’évaluation du procès « Chebeya », lequel tend lentement mais surement vers son dénouement. Procès sortant de l’ordinaire, selon Me Mwila Kayembe, l’affaire « Chebeya » devrait avoir comme objectif, non seulement la condamnation et la réparation des préjudices causés, mais surtout le rétablissement de la vérité. « Concrètement, nous devons savoir qui a fait quoi dans ce complot afin que cela soit connu et ne plus jamais se répéter… » a-t-il clamé. 

En effet, dès le premier jour de l’audience, a rappelé l’avocat, lui et ses collègues avaient clairement précisé que la démarche de ce procès était purement pédagogique. A ce jour, après une vingtaine d’audiences, Me Mwila se dit partiellement satisfait du déroulement de l’examen de cette affaire par la Cour militaire de la Gombe dont les magistrats, bien que limités par moments, ont accordé la parole à toutes les parties au procès. Saluant le travail abattu par la défense des prévenus, le président des « Toges noires » a souligné que ce n’était pas une tâche aisée pour leurs contradicteurs dans la mesure où ils ont eu à soutenir le colonel Daniel Mukalay wa Mateso, reconnu comme  traqueur des défenseurs des droits humains. Dans le même registre, il a tenu à féliciter le travail abattu par les journalistes et les ONG des droits de l’homme qui ont accompagné de bout en bout son évolution.

Cependant, il a dénoncé le silence observé par le parquet alors que des armes de guerre ont été retrouvées auprès des proches du général John Numbi et du colonel Daniel Mukalay. « Il nous semble que c’était une information pour nous, mais pas pour les magistrats. Ainsi, il en ressort que le général Numbi bénéficie d’une immunité de fait… » a-t-il conclu. Rappelant l’attitude de la Cour, très gênée lors de la comparution de l’ancien Inspecteur général de la Police nationale congolaise(PNC), Me Mwila a aussi dénoncé la position du procureur qui n’a donné aucune suite à la plainte de Chebeya contre Mukalay lors de son arrestation avec d’autres activistes des droits de l’homme. « Mais, à notre grande surprise, le même procureur est devenu très actif après le meurtre de notre collègue. Pourquoi cette rétroactivité ? », s’est-il interrogé.

La classe politique indifférente

Alors que des gouvernements étrangers ont proposé des aides multiformes au gouvernement congolais pour mener judicieusement l’enquête sur le double meurtre de Chebeya et Bazana, Me Mwila a exprimé son étonnement face au rejet de l’offre. Pour lui, nous aurions pu bénéficier d’une technologie de pointe développée par des pays amis, soucieux de l’instauration d’une vraie société démocratique en RDC. De même, autant du côté de l’Exécutif national que de celui de la classe politique, les défenseurs de droits de l’homme ont observé une indifférence quasi-totale face aux révélations ressorties de l’instruction de ce procès. « En dehors du dysfonctionnement au sein de la PNC, il a été démontré par exemple que le bataillon Simba, contrôlé exclusivement par le général Numbi existe sans un quelconque document juridique. Tout ce que nous avons appris est qu’il s’agit d’anciens éléments de la Force aérienne mutés avec armes de guerre dans le panier de la police. Malheureusement, cette situation n’a pas retenu l’attention des élus qui n’ont initié aucune interpellation en vue d’une virulente protestation… »

En guise de conclusion, Me Mwila a réaffirmé la soif de ses pairs des droits de l’homme et de l’opinion nationale et internationale de connaitre la vraie identité de l’assassin de Chebeya afin que cela serve de leçon pour la postérité.
Il faudrait noter qu’après cette conférence, une procession a été organiséepar les activistes jusqu’à la rotonde de l’Assanef à Lingwala afin de rendre un dernier hommage à Fidèle Bazana Edadi, membre de l’ONG la « Voix des Sans Voix », récemment déclaré assassiné par la Cour militaire de la Gombe.

Tshieke Bukasa 

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