Procès Chebeya et Bazana : les veuves réclament une indemnisation de 60 millions USD !

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C’est absolument le lundi 11 avril prochain que les parties civiles (les familles Chebeya, Bazana et les ONG des droits de l’homme) vont achever sa plaidoirie dans l’affaire concernant l’assassinat des deux activistes des droits humains, Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, tous deux défunts membres de la Voix des Sans Voix(VSV). Au cours de l’audience d’hier jeudi 7 avril 2011 à la Prison Centrale de Makala, les avocats de la partie civile se sont longuement appesantis sur les responsabilités de l’Etat dans ce crime perpétré par ses auxiliaires, en l’occurrence des agents de la Police nationale congolaise (PNC), réclamant en conséquence une réparation financière importante.

En effet, pour avoir rendu orphelines des familles entières (biologiques et professionnelles), traumatisé les foyers, livrés en spectacle la nudité d’un homme respectable comme Chebeya, ainsi que tant d’autres raisons, l’accusation a exigé des réparations de divers ordres (pécuniaires, psychique, matériels etc.). 

En somme, a indiqué Me Régine Sesep, les personnes reconnues coupables de ce double meurtre doivent verser la somme de 30 millions de dollars américains à chaque veuve (Chebeya et Bazana) à titre de compensation pour les préjudices subis. Pour les enfants de ces deux familles orphelines, elle a demandé la somme de 25 millions USD pour chacun d’eux. Et aussi, 20 millions USD pour les frères et sœurs des victimes. Tous ces montants, a-t-on précisé, sont payables en Francs congolais et au meilleur taux du jour.

Pour leur part, les ONG des droits de l’homme (VSV et Renadhoc), personnes morales et partie civile dans cette affaire, ont déclaré avoir été victimes d’un comportement criminel qui leur a fait perdre une expertise avérée de plus de 30 ans que détenait Floribert Chebeya. D’où l’exigence d’une réparation de l’ordre de 11 millions USD pour chacune des organisations. Cette modique somme, affirment les défenseurs de droits de l’homme, est calculée en fonction d’1 million USD pour chacune des provinces du pays, elles aussi orpheline des services énormes que leurs  rendait Chebeya.

Plaidoirie pour un mode alternatif de réparation

Les réparations  pécuniaires ne suffisant pas, Me Guylain Malere est revenu sur d’autres modes prévus par des instruments internationaux. Alors qu’il appuie des sanctions pénales et civiles, cet avocat a fait noter qu’il faut des réparations morales, psychiques voire matérielles dans cette affaire où l’on a voulu faire accréditer la thèse d’un crime passionnel. « Il faut rétablir la vérité et infliger des sanctions exemplaires aux personnes reconnues coupables, afin de panser les frustrations… » a-t-il clamé, tout en proposant d’autres pistes comme l’érection d’un monument, l’établissement d’un jour férié, etc.
Par ailleurs, plaidant pour des garanties de non répétition du forfait, Me Malere a expliqué qu’il s’agit non seulement d’une reconnaissance de la vérité, mais, surtout de faire des recommandations afin que le dysfonctionnement observé dans les services de l’Etat, particulièrement la PNC, soit corrigé dans le but de ne plus voir se répéter des actes similaires vécus par Chebeya et son compagnon. Concrètement, il exhorte les pouvoirs publics à mettre fin au traitement de faveur dont jouissent certains officiers, lesquels se permettent de se soustraire de l’obéissance leurs hiérarchies. A titre exemplatif, Me Malere a rappelé la protection spéciale dont jouissait le colonel Mukalay Daniel de la part du général John Numbi.

Autre recommandation : que l’on mette fin aux initiatives autonomes de certains officiers entreprises pour étouffer des enquêtes officielles(le cas de Daniel Mukalayi et Georges Kitungwa qui ont créé des commissions pour interférer dans les investigations menées sur Chebeya). Par ailleurs, Me Malere a exhorté les autorités à veiller à ce que des officiers ne puissent pas élire domicile  en dehors des bâtiments officiels, au risque d’être incontrôlables. Aussi, il faut éviter à l’avenir que des unités entières des forces combattantes(FARDC) soient versées à la police nationale. « Ce sont des structures criminogènes… » a-t-il conclu.
Il faudrait souligner qu’après la reconnaissance de l’assassinat de Fidèle Bazana, chauffeur et membre de la VSV, la famille a décrété un deuil de deux jours, vendredi 8 et samedi 9 avril 2011 à la rotonde de l’ASSANEF à Lingwala.

Tshieke Bukasa 

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