Problématique des maladies de rein en RDCongo

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Les maladies rénales chroniques, appelées aussi « insuffisance rénale chronique », constituent en RDCongo comme dans le reste du monde, un véritable problème de santé publique. D’aucuns n’ont pas hésité  à les considérer comme une véritable épidémie silencieuse et meurtrière à grande échelle. Selon des études épidémiologiques réalisées dans la population de Kinshasa, par le Service de Néphrologie des Cliniques Universitaires de Kinshasa, 13% des adultes et 2 % des adolescents souffrent de ce mal. Il est frappant de constater que ces données surtout chez l’adulte, sont tout à fait comparables à celles rapportées dans la population américaine aux USA  et dans bien d’autres pays industrialisés. 

            Ces maladies se caractérisent par une évolution lente et progressive vers un stade avancé qui emmène inexorablement au décès si la dialyse ou greffe rénale n’est pas appliquée. En plus, elles entraînent des effets multiplicateurs sur le risque cardiovasculaire. Autrement dit, le risque, pour un malade donné, de faire un accident vasculaire cérébral (AVC), une crise cardiaque ou une défaillance cardiaque, augmente considérablement en face de l’insuffisance rénale chronique.

            Sur le plan socio-économique, la maladie rénale chronique entraîne un coût énorme aussi bien sur le plan social, en termes de décès prématurés et d’invalidités diverses, soit des pertes absolues en ressources humaines nécessaires au développement, d’autant plus que la maladie frappe dans la tranche d’âge la plus économiquement active, que sur le plan financier. En effet, le coût du traitement de substitution de rein par la dialyse et la transplantation rénale représente une charge énorme à la communauté et surtout pour une population généralement démunie, et dépourvue de toute assurance médicale.

            Une relation directe existe entre le PIB et la capacité pour un pays de recourir à ces types de traitement. Cela explique que 90% de l’ensemble des malades traités par dialyse dans le monde, le sont dans les pays riches.

D’année en année, l’ampleur de la maladie rénale chronique dans le monde ne cesse de croitre. Selon toute vraisemblance, on ne serait qu’au début de cette flambée épidémique. En effet, la survenue de la maladie rénale chronique est corrélée à l’augmentation dans la population, de la prévalence de ses facteurs de risque. Les plus importants de ces facteurs sur le plan épidémiologiques sont l’hypertension artérielle, le diabète sucré, l’obésité, le sida et les atteintes glomérulaires.

            La sinistre triade HTA, diabète et obésité connaît une déferlante certaine dans le monde entier. Selon les projections faites, d’ici l’an 2025, le nombre de personnes souffrant d’HTA va passer de 1 milliard à 1.56 milliards, tandis que pour le diabète sucré, de 240 millions à 380 millions. Mais un fait préoccupant, cet accroissement se fera surtout aux dépens des pays en développement où, en ce qui concerne l’HTA, l’augmentation sera de l’ordre de 80% contre 24% dans les pays développés, et pour le diabète sucré de 50% contre 20% dans les pays développés. La même tendance de hausse sélective au détriment des pays en développement est observée également en ce qui concerne l’obésité.

Dans le cas de la RDCongo, la prévalence de l’HTA est passée de 5.4% en 1976, à 14% en 1986 et enfin à 27% en 2006. Quant au diabète sucré, sa prévalence, qui était de 0.012% en 1960 dans une population hospitalière, s’élevait cette fois-ci dans la population générale à 7% en 2000, et à 12% en 2006.

            Les campagnes antérieures de dépistage et de prévention menées à Kinshasa ont permis d’examiner un total de plus de 15 000 adultes d’au moins 18 ans, soit 3000 en 2007, 5300 en 2008 et 7500 en 2009. Ces dépistages de masse ont révélé qu’au moins 40% des participants sont hypertendus et que 54% d’entre eux ne sont pas au courant de leur maladie. Ces études ont également permis de découvrir que 13% de la population dépistée est porteuse d’obésité, 12% de la protéinurie et 8% de diabète sucré. Les raisons expliquant la flambée de ces maladies non transmissibles tiennent aux modifications des habitudes alimentaires (une alimentation actuelle plus riche en sucre, sel et graisse animale, mais par contre plus pauvre en fibres), et du mode de vie (sédentarisme, tabagisme…). Le vieillissement de la population contribue également à cette flambée.

            Même les maladies transmissibles participent également à l’éclosion des maladies rénales chroniques. Il est bien connu que la malaria et la tuberculose peuvent entraîner des atteintes rénales chroniques. Quant au VIH-Sida, près de 10% des malades présentent une atteinte rénale chronique liée au virus, mais le traitement antiviral lui-même apporte un pourcentage additionnel d’atteinte rénale, soit directement, soit par l’intermédiaire de complications telles que l’obésité, le diabète et l’hypertension artérielle qu’il peut entraîner.

Comme dit plus haut, l’insuffisance rénale chronique avancée entraîne une mort inexorable en dehors de la dialyse ou transplantation, et le coût de ces derniers est prohibitif.

            Aussi, dans la lutte contre les maladies de rein, il serait tout à fait illusoire de tabler essentiellement sur ces types de traitements. Par contre la stratégie la plus réaliste consiste avant tout à agir en amont, à travers l’éducation de la population, la détection précoce et la prévention, afin de réduire le plus possible le nombre de candidats à la dialyse et transplantation. C’est dans ce cadre que le Service de Néphrologie des Cliniques Universitaires de Kinshasa organise depuis 2007, une campagne annuelle de prévention et détection précoce, totalement gratuite, de l’hypertension artérielle, du diabète sucré, de l’obésité, et de l’atteinte rénale.

            Parallèlement à la prévention, il faut définir une politique efficiente de recours à la dialyse et à la greffe rénale. En effet, la greffe rénale a sur la dialyse l’avantage des résultats médicaux bien meilleurs en termes de qualité de vie et de survie, et aussi de coût plus favorable à moyen et long terme. Concernant la dialyse elle-même, selon qu’il s’agisse de la dialyse péritonéale et de l’hémodialyse, le coût peut aller du simple au double dans notre pays. 

            Dans une approche intégrée de management de l’insuffisance rénale chronique terminale, la greffe rénale reste donc le traitement de choix, tandis que la dialyse devrait être considérée comme une rampe de lancement vers la transplantation.

            L’organisation de l’activité de la greffe dans notre pays nécessite la définition de cadre juridique qui servira à rassurer le malade, sa famille et le personnel soignant. En outre, à l’instar d’autres nations du monde, notre pays doit souscrire à la déclaration d’Istanbul interdisant la commercialisation du don d’organe.

            At last, but not at least, les pouvoirs publics et des organisations non gouvernementales doivent œuvrer pour faciliter l’accès de la population à ces traitements coûteux. Il est donc temps, au moment où l’on offre à la population de la RDCongo la disponibilité du traitement par la dialyse, que l’accessibilité financière à ce traitement suive.

 

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