Prix du carburant réajustés : un exercice à hauts risques

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l_carburant-baisse-6-centimesCe que les opérateurs économiques des secteurs autres que celui du pétrole ainsi que les consommateurs redoutaient voici plusieurs mois, s’est finalement produit le vendredi 11 juillet 2014. Après avoir tenté de bloquer la profession pétrolière depuis le mois de février dernier, le gouvernement a fini par se résoudre à abdiquer devant la « vérité des prix ». Le manque à gagner des sociétés pétrolières, apprend-on, se chiffre à plus de cinq millions de dollars américains, que l’exécutif national s’est engagé à payer.

Par conséquent, la révision à la hausse des étiquettes du litre d’essence à la pompe était inévitable, soit 1.475 FC congolais dans la partie Ouest, contre 1.400 Fc auparavant, et 1.590 Fc contre 1.525 dans la partie Est.

A en croire le ministère de l’Economie, ce réajustement des prix du carburant repose sur des causes lointaines, à savoir les conflits armés au Moyen-Orient et surtout la fermeture de plusieurs raffineries tout au long du mois de novembre 2013. Au finish, le prix moyen frontières a enregistré une hausse de 14 %.

La valse des surchauffes et baisses

L’on pense que le gouvernement congolais a préféré jouer, une fois de plus, la carte du libéralisme économique, au lieu de s’enfermer dans un protectionnisme figé, aux conséquences catastrophiques en cas de dérapage brutal du prix du baril du pétrole sur les marchés mondiaux. Les incertitudes qui continuent de planer sur la situation sécuritaire dans des Etats tels que l’Irak et la Libye, voire le Nigeria, incitent à la prudence face au cahier de charges de la profession pétrolière.

Relevons qu’en ce qui concerne le marché international, les prix du baril du pétrole sont marqués tantôt par des surchauffes, tantôt des baisses. Mais, il y a longtemps que l’on a vécu des cauchemars du genre du « choc pétrolier » de 1973. Pour ne prendre que les dernières statistiques, l’on note une relative stabilité, avec des variations  allant de 108, 12 dollars le baril en janvier 2014 à 111,80 Usd en juin. Selon les milieux pétroliers internationaux, une légère baisse est déjà constatée en ce mois de juillet. Elle pourrait se consolider si les livraisons pétrolières de Libye, redevenues régulières, prennent de l’ascenseur. Par ailleurs, la Chine, seconde importatrice mondiale du pétrole, a tempéré ses demandes. Bref, le scepticisme des milieux pétroliers est en train de céder le pas à l’optimisme. D’où, l’on penche à croire que les inquiétudes exprimées par certains experts pétroliers seraient un peu excessives. Dans  ce cas, si les surchauffes que l’on craignait tant, ne se produisent pas, la profession pétrolière risque de réaliser des bénéfices indus sur le dos des consommateurs. Aussi, il serait du devoir du gouvernement d’assurer un suivi de près de l’évolution des cours mondiaux de manière à permettre, le cas échéant, aux consommateurs congolais de profiter d’une éventuelle baisse des prix des produits pétroliers.

Il est toutefois utile de souligner que la « vérité des prix » ne réussit pas toujours à tous les coups, car elle a aussi ses limites. Ce qu’il y a lieu de craindre le plus, dans un Etat comme la République Démocratique du Congo, ce sont les effets d’entraînement que pourrait provoquer la nouvelle augmentation des prix de vente du carburant. S’il est vrai que son impact sur les transports en commun est nul pour l’instant, l’on ne peut dire autant pour d’autres volets du transport, notamment la desserte des villes en produits locaux ou manufacturés par camions, bateaux, trains ou avions.

L’alerte des brasseurs

Forcément, l’on risque d’assister à l’emballement des étiquettes du ciment, des vivres frais importés (chinchards, poulets, croupions de dinde, viande), des tôles, des médicaments, des vêtements, du sel, de la purée de tomate, des boîtes de conserve, du lait, du sucre, de l’huile végétale, de la farine de froment… mais aussi du manioc, du maïs, de l’oignon, de la patate douce, du haricots, de la pomme de terre, de l’arachide, du piment, des légumes, du poisson frais, du poisson fumé, de la courge, etc.

Les consommateurs de la bière ont constaté que dans ce créneau, les brasseurs ont fait de l’anticipation, en réajustant les prix de vente en gros dans une fourchette proche de 14% au début de la semaine écoulée. Il est sûr et certain, que si le gouvernement ne prend pas des mesures d’accompagnement réalistes et efficaces, les autres opérateurs économiques et les marchands au détail ne vont pas tarder à s’engouffrer dans la brèche ouverte par les producteurs locaux de la bière.

Le gouvernement congolais est appelé à faire très attention aux effets d’entraînement de la hausse qui vient toucher le prix du carburant à la pompe. Tout en préservant les intérêts de la profession pétrolière, il ferait œuvre utile en arrêtant les mesures d’encadrement des prix requises pour éviter que les consommateurs congolais soient seuls à payer la lourde facture d’une situation venue d’ailleurs.                                                     Kimp

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