Priorités : résoudre les problèmes des paysans et désenclaver l’arrière-pays

0
49

Nouvelle donne qui bouleverse tous les calculs et déséquilibre tous les programmes agricoles, le changement climatique a entraîné avec lui, des pluies torrentielles et probablement la résurgence des maladies et des épidémies jadis éradiquées pouvant décimer des élevages. L’Afrique subsaharienne encore à l’abri des conséquences de ce changement climatique, continue cependant, à ployer sous le poids de ses problèmes de développement. Il y en a tellement trop aujourd’hui que les réflexions développées presque partout, privilégient des solutions de proximité, au lieu des solutions sorties de laboratoire et déconnectées des réalités sur le terrain. Entre autres.

Les jeunes de l’arrière-pays cherchant un mieux-être se sont exilés dans les grandes villes, sans espoir de retour. Les vieux solidement attachés à la culture de subsistance et à leurs terres, utilisent encore les méthodes artisanales. Ils connaissent de nombreuses difficultés pour l’accès au crédit. Les routes de desserte agricole non entretenues ont enclavé les zones de production, au point que l’excédent destiné à la vente, ne trouve pas de débouchées. Faute d’installations appropriées pour le stockage des produits, en vue de leur conservation, certains produits périssent et sont jetés. La bancarisation est toujours absente dans certains centres de production dans des coins reculés, au point que l’accès au crédit est hypothétique pour la population paysanne et compromet toutes les chances d’investissement dans le domaine et de l’accroissement de la production agricole.
Aujourd’hui, le monde en général et l’Afrique, en particulier, sont  préoccupés par le développement de l’agriculture. Des colloques se tiennent, les centres de recherche mettent au point de nouvelles techniques et de nouveaux produits. Des études menées par-ci, par-là, tentent d’expliquer les causes des déséquilibres de la production, mais proposent des thérapeutiques aux maux qui gangrènent à l’interne et à l’externe, le marché des produits agricoles africains.

Après la 5ème Jasan, la RDC devrait capitaliser les recommandations des experts

Kinshasa abrite d’ailleurs la 5 ème Journée africaine de la sécurité alimentaire et de la nutrition, une rencontre qui réunit des leaders africains, des membres de la société civile, des experts ainsi que des représentants des partenaires techniques et financiers de pays africains.
Une fois de plus, les problèmes de l’agriculture africaine sont abordés et décortiqués avec pertinence, et l’on croit savoir que de ces assises appuyées par l’Union africaine et la Fao et d’autres organisations internationales, sortiront des recommandations qui si elles sont mises en œuvre, on pourra sortir l’agriculture africaine de son état de parent pauvre de qui on attend tout et à qui on ne donne pas assez. Il n’y a qu’à voir le budget alloué à ce domaine par chaque pays africain, un budget dérisoire, alors que certains secteurs accaparent une grande part des allocations budgétaires.
Comment attendre des miracles aujourd’hui, si dans le passé, rien n’a été fait pour sortir l’agriculture de l’ornière ? Comment attendre une production croissante, si l’agriculture n’a pas bénéficié des innovations technologiques ou de nouvelles méthodes de travail, tels que les tracteurs, les semences améliorées, et les machines pour la transformation des produits agricoles ?
Dans notre pays, on peut rappeler à l’occasion quelques expériences malheureuses dans le domaine agricole qui jadis, était érigé en priorité des priorités. Le projet de relance de l’agriculture dans les villages avec la distribution des tracteurs et des camions de marque Nissan du temps de Mobutu, aux dignitaires du régime, a été un échec lamentable. La plupart de ces engins revendus à Kinshasa, n’ont jamais effectué le déplacement de l’intérieur. Si les crédits obtenus auprès de la Banque de crédit agricole n’ont jamais été remboursés, cet établissement bancaire a été mis en liquidation et ses archives égarées. Une façon de jeter dans le panier des pertes et profits, les millions de dollars distribués aux compatriotes qui n’avaient ni la vocation, ni des ambitions dans le domaine. Aujourd’hui, on a effacé ce passé, sans que les bénéficiaires des crédits encore redevables à la Banque de crédit agricole et
d’autres institutions financières, rendent compte.

Urgence : rendre compte des crédits obtenus
Il n’y a pas longtemps, une autre expérience a vu le jour à la Vice-primature chargée de l’Agriculture et des Besoins sociaux de base, où l’on avait procédé au financement de milliers de petits paysans agricoles à Kinshasa et dans quelques provinces. Aujourd’hui, aucune évaluation n’a été menée pour réaliser le bilan de cette action gouvernementale.
En 2013 et en 2014, d’autres projets similaires ont été entrepris à l’intérieur du pays par le ministère de l’Agriculture et du Développement rural, par les prédécesseurs de l’actuel titulaire de ce ministère. A chaque fois, passé le temps de distribution des crédits, aucune structure n’a été chargée d’en assurer le contrôle, ni de dresser le bilan. Pas d’audit ni de l’Inspection générale des finances, ni de la Cour des comptes. Les fonds de l’Etat ont été saignés comme des biens sans maîtres.
Aujourd’hui, l’expérience du projet de Bukanga Lonzo semble sortir l’agriculture du carcan de ses pesanteurs d’antan. Mais il faudrait une volonté politique ferme pour remettre effectivement l’agriculture sur les rails, la prioriser pour mieux lutter contre la pauvreté, en développant les centres de production et en privilégiant les produits locaux pour mieux assurer la sécurité alimentaire. Parmi ces produits, on parle de l’arachide, de la banane, de la manque, du maïs, des chenilles, des courges et tant d’autres.
Pendant que se tient la 5 ème Jasan, les populations africaines attendent donc de cette rencontre importante,  pour le décollage de l’agriculture, non seulement de beaux discours avec des promesses mielleuses, mais des solutions pratiques pour répondre aux attentes des producteurs locaux et des paysans démunis qui attendent tout de l’Etat, notamment l’outil rudimentaire comme des houes, des semences améliorées, la vaccination pour les oiseaux de basse-cour, le petit et le grand bétail.
J.R.T.

LEAVE A REPLY

*