PPTE : les bonnes notes de Kengo

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Rigoureux comme magistrat, professeur d’université et homme d’Etat, sous un régime aussi autocratique que celui de Mobutu, où certains amis politiques du précité se croyaient tout permis, Léon Kengo wa Dondo s’était taillé une réputation de redresseur de torts et de casseur du mythe des intouchables. Avare de compliments, monsieur « Rigueur » a étonné plus d’un observateur en consacrant près de la moitié de son discours, lors de la rentrée parlementaire du lundi 15 mars 2010 au Sénat, aux performances économiques et financières de l’équipe gouvernementale conduite par Adolphe Muzito, sous le contrôle du Chef de l’Etat, Joseph Kabila Kabange.

Pour quiconque pensait que la fracture entre le Parlement et le gouvernement, sur fond de l’affaire du projet de Budget 2010 recalé au niveau du Président de la République, allait s’élargir, le démenti est formel. Le président du Sénat est une des rares personnalités politiques congolaises à avoir maîtrisé les arcanes des institutions de Bretton Woods. Et lorsqu’il se risque à jeter des fleurs à l’Exécutif National, comme c’était le cas il y a deux jours, il faut le croire.

L’homme s’est sans doute souvenu avoir été diabolisé par le Comité Central du MPR, pour avoir engagé le pays dans la voie des programmes d’ajustement structurel, entre 1983 et 1986, dans le secret espoir de parvenir à l’effacement de la dette extérieure, gage du retour dans les bonnes grâces des bailleurs de fonds, ces architectes du progrès des nations. En son temps, Mobutu lui avait dit que « le cheval était fatigué ».

Quelque part, Léon Kengo se réjouit de voir Kabila, Muzito et leurs collaborateurs du gouvernement conduire lentement mais sûrement le pays vers le podium du Point d’Achèvement de l’Initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés), qu’il aurait dû fouler il y a 24 ans. « La voie est donc ouverte pour l’annulation de cette dette de près de 10 milliards de dollars américains sur un stock de 12 milliards. Cet allègement permettra d’affecter les ressources dégagées aux secteurs prioritaires de notre économie, en vue de lutter contre la pauvreté », a rappelé le président du Sénat.

Le gouvernement Muzito II n’ignore pas les préalables à remplir pour arracher la dernière décision au jury du FMI et de la Banque Mondiale. Mais, Léon Kengo s’est cru en droit de les rappeler : l’élaboration du DSCRP et sa mise en œuvre ; la stabilité macro-économique ; la bonne utilisation des ressources provenant des allègements obtenus après le point de décision de l’initiative PPTE ; la bonne gestion des finances publiques ; la bonne gouvernance ; l’amélioration de la gestion de la dette ; l’élaboration et la mise en œuvre des stratégies de développement des secteurs prioritaires (éducation, santé, agriculture et développement rural) ; etc.

Kengo a aussi décliné, à l’actif du gouvernement, la réduction sensible du service de la dette  due entre le 1er juillet 2009 et le 30 juin 2012, dont 1,3 milliards Usd ont été annulés sur un total de 2,957 milliards Usd, ce qui s’est traduit par le rééchelonnement de 1,647 milliards Usd. En gros, il a recommandé à l’Exécutif d’accélérer les réformes touchant à la gestion des dépenses publiques et de les faire aboutir, dans l’optique de la gestion sur base caisse.

Les perspectives économiques de 2010 poussent à l’optimisme, selon Kengo, qui partage le souci des gouvernants de chasser la peur chez les investisseurs, par l’assainissement de l’environnement juridique et judiciaire.

Le terrain de l’amélioration du climat des affaires est celui-là même sur lequel travaille inlassablement le Premier ministre, conformément aux recommandations du chef de l’Etat faites le 07 décembre 2009 devant le Parlement réuni en Congrès, et à celles de nos partenaires du Club de Paris.

On croit savoir que le message de Léon Kengo n’est pas tombé dans des oreilles des sourds. Adolphe Muzito notamment se sait désormais porteur des espoirs de tout un peuple dans sa quête d’un Congo nouveau, unifié, pacifié, libéré du poids de la dette extérieure et du service de la dette, en phase avec ses partenaires bi et multilatéraux dans le vaste chantier de sa reconstruction. Le Cinquantenaire n’en serait pas un si les Congolais n’arrivent pas à savourer, au 30 juin 2010, le fruit du Point d’Achèvement de l’Initiative PPTE. Qui accepterait de porter, devant l’histoire, la lourde responsabilité de l’échec ?                                     

Jacques Kimpozo

 

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