PPRD : Francis Kalombo quitte le navire

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Screen-Shot-2015-10-14-at-09.31.09Disparu des écrans de l’Assemblée Nationale et de la Majorité Présidentielle depuis près de deux ans, et retranché à Paris, dans un exil qui ne dit pas son nom, Francis Kalombo vient enfin d’abattre ses cartes. Il vient d’annoncer, à partir de la capitale française, sa rupture avec sa famille politique et son « Autorité morale ». Selon la « lettre ouverte » qu’il a fait parvenir à Joseph Kabila, sur fond de démission du PPRD et de la présidence de la Ligue des Jeunes du PPRD, il soutient ne plus se reconnaître dans les faits et actes de ses anciens compagnons politiques, qu’il accuse d’avoir déviés de la ligne de conduite qu’ils s’étaient tracée à la fondation de ce parti. Il déplore, au passage, la prise en otage du Président de la République par une minorité de profiteurs, pendant que le peuple broie du noir. Il interpelle, à l’occasion, l’Autorité morale de la Majorité présidentielle au sujet du grand fossé qui est en train de se creuser entre elle et les masses laborieuses. Ci-dessous, le texte intégral de la missive envoyée par Francis Kalombo à celui qu’il considère désormais comme son ex-camarade de lutte.
Honorable Francis Kalombo Taambwa
Député National
 
Paris, le 23 mai 2016
A Son Excellence Monsieur  Joseph Kabila Kabange
Président de la République et Autorité Morale du Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement, PPRD
à Kinshasa.
Transmis copie pour information :
A Monsieur le Secrétaire Général du Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement, PPRD
A Kinshasa/Gombe.
Monsieur le Président,
Cher Camarade,
Il y a quatorze ans, vous-même et d’autres camarades, parmi lesquels ma modeste personne, avions fondé le Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement, PPRD, dans le but de reconstruire le pays sur de nouvelles bases. A cet effet, notre politique devait reposer sur trois piliers, à savoir : la Démocratie et l’Etat de droit, la bonne gouvernance et le Développement.
C’est ainsi qu’ensemble, dans le cadre de notre parti, nous sommes allés aux négociations qui ont permis de doter le pays d’une Constitution et d’organiser les premières élections libres, démocratiques et transparentes. Ensemble, nous nous sommes battus pour vous voir gagner haut la main les élections. Ensemble, nous avons engagé le pays sur la voie de la reconstruction en adoptant le programme de cinq chantiers. Ensemble encore, nous avons suscité un grand espoir au sein de la population congolaise.
Hélas, au fur et à mesure de la consolidation de notre pouvoir, des cercles concentriques occultes se sont formés autour de vous, rivalisant d’intrigues et de manoeuvres de tous genres  pour s’accaparer de l’appareil d’Etat à leur profit exclusif. Forte de leur proximité avec vous et des privilèges accumulés, cette minorité de camarades vous a éloigné aussi bien du peuple que des objectifs initiaux du PPRD.
Aujourd’hui, ignorant superbement le prescrit de la Constitution et les aspirations du peuple à l’alternance démocratique, la même minorité risque de vous engager dans une voie sans issue de la trahison de votre serment constitutionnel et de la restauration de la dictature.
          Dois-je vous rappeler à ce sujet, Monsieur le Président et Cher Camarade, que la guerre menée en 1996 et 1997 avait comme but premier l’éradication de la dictature en RDCongo. En vous poussant à diriger le pays au gré de leurs intérêts, cette clique cherche à vous isoler aussi bien de vos compatriotes que de la Communauté Internationale.
Hier, nous représentions une nouvelle espérance pour le Congo. Aujourd’hui. nous voilà combattus el rejetés par la plus grande majorité des Congolais. Ainsi, le contrat qui unit le peuple à Vous, Monsieur le Président et Cher camarade, est rompu. Votre entrée dans  l’histoire se décline maintenant en sortie sans triomphe ni gloire.
          Comment ne pas vous dire, Monsieur le Président et Cher camarade, que les massacres à ,’Est du pays qui se poursuivent chaque jour et leur cohorte de morts sont un rappel permanent de notre échec de pouvoir éradiquer totalement l’insécurité? Comment ne pas vous dire, Monsieur le Président, alors que se construisent des éléphants blancs (ex : l’immeuble intelligent du Gouvernement) et édifices somptuaires, que votre peuple continue à croupir dans des conditions de vie épouvantables, les routes impraticables, sans eau ni électricité ni couverture maladie ? Comment ne pas vous dire que les investissements extravagants et rocambolesques décidés au détriment du bien-être des Congolais ont provoqué un sentiment de rejet de notre politique? Comment ne pas vous dire, Monsieur le Président et Cher camarade, que la liberté que nous avons voulue pour tous s’est transformée aujourd’hui en arrestations arbitraires et que les agents de service de sécurité et leurs maîtres ont pris Je dessus sur les politiques appelés à défendre l’idée de la Démocratie, de l’Etat de Droit et de la République fraternelle et solidaire?
          Qu’enfin, la dernière communication du Secrétaire Général do parti en date du 17/05/2016 met en surface la déviation de l’objectif originaire du parti et ne joue pas en votre faveur vis-à-vis de l’opinion nationale en votre qualité d’initiateur du parti.
Dans. les conditions ci-dessus, le Comité exécutif dont je suis membre ne m’offre plus le cadre idéal pour mon combat politique et mon épanouissement en tant que citoyen d’une République qui se veut véritablement démocratique. Je me trouve, par conséquent, Monsieur le Président et Cher Camarade, dans la douloureuse obligation de porter à votre connaissance, ma démission à ce jour du comité exécutif du PPRD en qualité de Président de la Ligue des jeunes du PPRD. Je continuerai, néanmoins, à me battre pour l’émergence de l’Etat de Droit et le développement intégral de notre beau et grand pays.
          Je vous prie d’agréer, Son Excellence Monsieur le Président et Cher Camarade, l’expression de ma très haute considération.
Honorable Francis
KALOMBO TAMBWA
Député national et membre fondateur du PPRD