Pouvoir-Opposition : c’est la guerre des nerfs !

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kabila-tshisekediDepuis le dernier week-end, la température est montée dangereusement à Kinshasa où le thermomètre indique déjà quarante degrés de fièvre.  Il a suffi que l’Opposition politique congolaise se réunisse à Bruxelles pendant quarante-huit heures pour que la peau des politiciens devienne très brûlante.  Dans les états-majors de la majorité, personne ne parvient encore à digérer la pilule venue de la capitale belge et qui indique à l’opinion tant nationale qu’internationale la nouvelle ligne Maginot destinée à protéger le système démocratique dans notre pays.

Pour les Opposants réunis à Bruxelles,  on le sait, la majorité au pouvoir « a planifié la crise multiforme qui secoue le pays, et tente de mettre la nation devant un fait accompli, dans l’objectif de réaliser un coup d’Etat constitutionnel ».  Et c’est pour conjurer ce « chaos programmé »  que les Opposants ont décidé de se rassembler, parce que seule l’union fait la force. Ils ont rejeté toute idée de référendum destiné à déverrouiller l’article 220 de la Constitution et rappelé les prescrits de la loi fondamentale du pays en ce qui concerne les délais constitutionnels et la durée impérative des mandats. Ils ont, enfin,  levé l’option de ne participer qu’au seul dialogue conforme à la Résolution 2277 du Conseil de Sécurité des Nations Unies et qui doit être présidé par le facilitateur international désigné, mais avec l’accompagnement d’un panel des représentants des Nations-Unies, de l’Union Européenne, de l’Union Africaine, de l’OIF et des Etats-Unis d’Amérique.

Face à ce pavé de l’Opposition, la Majorité présidentielle a répondu par la bouche d’Aubin Minaku, son Secrétaire Général. A l’accusation de « planification d’un coup d’Etat constitutionnel » portée contre la plate-forme politique qu’il coordonne, Minaku répond par le même grief : « c’est l’Opposition qui prépare un coup d’Etat ».  Et comme s’il avait été dans les couloirs du Château du Lac, à Genval, il affirme « tout savoir sur ce qui s’y est mijoté ». Il dénonce et fustige ainsi « toute approche insurrectionnelle  tendant au renversement des institutions démocratiquement élues en violation des dispositions pertinentes de la Constitution comme attentatoire à la démocratie ».

Pour sa part, Lambert Mende Omalanga, porte-parole du gouvernement de la République, a débusqué dans les travées du Conclave de l’Opposition à Bruxelles une main noire, la même qui aurait orchestré la mort de Patrice Emery Lumumba en janvier 1960 et celle de Laurent-Désiré Kabila en janvier 2001.  La révélation du Ministre est intéressante, parce qu’elle devrait logiquement conduire à une instruction judiciaire à charge des vrais assassins de nos héros nationaux et à la libération des personnes peut-être incriminées à tort dans la mort de Kabila père et qui croupissent depuis quinze ans à la prison centrale de Makala.

Mais à la lecture de ce débat par communiqués interposés, on est cependant en droit de se poser la question de savoir si la vérité constitutionnelle peut être plurielle ? La loi fondamentale d’un pays peut-elle dire une chose et son contraire ? Sans nécessairement être juriste, chacun peut répondre à ces deux questions. Il y a, dans cette
affaire, manifestement  la vérité d’un côté, et la mauvaise foi de l’autre.

Pour permettre à nos lecteurs de mieux saisir la portée des passes d’armes qui se déroulent sous leurs yeux, il y a lieu de rappeler que le pays se trouve dans une année électorale déterminante. Parce qu’il s’agit non seulement de renouveler le mandat du Chef de l’Etat dont la fin est impérativement fixée au 19 décembre par la Constitution,  mais aussi d’élire les députés nationaux et provinciaux ainsi que les sénateurs. A la date d’aujourd’hui, aucun préparatif sérieux n’a été mis en route par la Commission électorale nationale indépendante. En place depuis 2012, celle-ci n’a mené aucune action d’envergure pouvant mettre en déroute la résistance organisée des opposants à l’organisation des élections. La Ceni apparaît ainsi comme une simple structure d’accompagnement des planificateurs du report des élections au lieu de remplir la mission pour laquelle elle a été mise en place.

Ce refus d’organiser les élections a naturellement des conséquences
sur le plan politique. Depuis plusieurs mois, les politiciens le
disent à haute voix et réclament des mesures correctives. C’est le
même discours qui a été répété par les Opposants à Bruxelles mais dans
des termes conformes à leur qualité. Les mots choisis peuvent ne pas
être du goût de tout le monde mais ils reflètent bien la fracture qui
règne au pays et traduisent avec éloquence l’effet du miroir national
brisé autour duquel chacun doit fournir un effort pour en ramasser les
morceaux et les rassembler dans le cadre d’un dialogue qui continue de
faire débat.

Putsch à gauche ou à droite ? Le débat actuellement en cours nous
rappelle celui qui s’est déroulé dans ce pays autour de la Conférence
Constitutionnelle et la Conférence Nationale Souveraine. La première
était convoquée pour conforter le défunt Maréchal dans ses certitudes.
Plusieurs de ses défenseurs sont encore aujourd’hui membres des
institutions nationales. Ils peuvent expliquer comment leur initiative
fut rejetée par un concert de casseroles en décembre 1991 sur
l’ensemble du territoire national. Au point de pousser l’Aigle de
Kawele qui avait, malgré tout, un feeling politique aiguisé, à se
plier à l’exigence populaire d’une Conférence Nationale Souveraine.

En choisissant la CNS, les Congolais voulaient échapper au diktat
d’une seule personne pour privilégier la primauté du droit.  Il
s’agissait de s’assurer qu’une rencontre voulue par tous ne se
transforme en coquille vide. Et que ses décisions, même si elles ne
rencontrent pas l’assentiment de tous, disposent d’une marge
d’applicabilité. Cette préoccupation a de sens au regard du sort qui a
été réservé aux résolutions des Concertations nationales. Plus
personne n’en parle alors qu’elles étaient destinées à mettre fin à la
crise politique à la faveur de la mise sur pied d’un gouvernement dit
d’union nationale.

Face à ce passé récent et aux événements ayant présidé à
l’organisation de la Cns, force est de constater que l’histoire se
répète. Le pays tourne en rond alors qu’il dispose des intelligences
suffisantes pouvant le mettre sur l’orbite du développement. Aussi, le
moment nous paraît indiqué de poser la seule question qui en vaille la
peine : « La conquête ou la conservation du pouvoir peut-elle nous
empêcher de réfléchir autour des principes de droit pour sauver la
RDCongo comme espace géographique et les sept ou huit dizaines des
millions de ses habitants ? ». Alors, pourquoi cette guerre des nerfs
?