Pour ou contre le départ de la Monuc ?

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La nouvelle défraye la chronique à Kinshasa. On en parle dans les sphères officielles, dans les milieux politiques et intellectuels. Un débat passionné est engagé sur les chaînes de télévision locales, entre les accusateurs de la Monuc et ses défenseurs. Ses accusateurs estiment que la Monuc a échoué dans sa mission et qu’elle devrait tout simplement plier bagages. Ils lui reprochent d’être demeurée indifférente devant les massacres des populations et les exactions auxquelles se livraient les rebelles dont ceux des FDLR, à l’Est du pays. Ses défenseurs pensent que la Monuc devrait rester en RDC jusqu’aux élections de 2011, pour des raisons évidentes. Ils rétorquent que la sécurisation des personnes et des biens est exclusivement du ressort du gouvernement et pas du tout de la Monuc. En d’autres termes, sur ce chapitre l’échec est du côté du gouvernement. C’est l’essentiel des arguments des uns et des autres. 

 

             Logiquement, il faut dépassionner le débat et analyser cette question froidement. Malgré la présence de la Monuc depuis environ une dizaine d’années, le gouvernement a du mal à restaurer la paix et à la consolider sur l’ensemble du territoire national à cause de la multiplicité des mouvements des maquis surtout à l’Est. Que se passerait-il après les adieux des forces de l’ONU ? Il est vrai que la Monuc ne devrait pas s’éterniser en RDC. Mais, il faut se demander si l’on est déjà suffisamment outillé et préparé pour être demain à l’abri des aventures militaires génératrices de l’insécurité. En applaudissant au départ de la Monuc dans les circonstances actuelles, ne risque-t-on pas de tomber dans le panneau? Des ingrédients du cocktail explosif sont si réunis à l’Est qu’il faut y regarder de près. Des vagues des réfugiés déferlent sur les territoires de Masisi et de Rutshuru, au Nord-Kivu, évalués à des milliers de personnes. La présence des représentants des FDLR dans des pays d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord est indéniable. Des affinités entre les multinationales et les rebelles des FDLR dans le trafic des minerais via le Rwanda et le Burundi sont établies. La Monuc est peut-être un mal nécessaire pour un temps.

            Pour comprendre la nature de la mission de la Monuc dont on dit qu’elle n’a pas abouti, il faut remonter à la transition de la formule 1 + 4 de 2003 à 2006. Il y avait ce qu’on appelait un Comité international d’Accompagnement de la Transition. Coiffé par le patron de la Monuc, William Lacy Swing, ce comité était composé des ambassadeurs des pays occidentaux basés à Kinshasa. Il avait pour mission : 1/ garantir la bonne mise en œuvre de l’Accord global et inclusif, 2/ soutenir le programme de la transition, 3/ apporter son soutien actif à la sécurisation des institutions de la transition issues du dialogue intercongolais, 4/ et à l’application effective des dispositions du Chapitre 8.2.2. de l’Annexe a de l’Accord de Lusaka concernant notamment la neutralisation et le rapatriement des groupes armés opérant sur le territoire de la RDC, 5/ trancher tout désaccord pouvant survenir entre les parties signataires de l’Accord global et inclusif… Ce comité international et la Monuc ne faisaient qu’un.

 

 Répercussion d’une transition ratée 

            La Monuc s’était-elle bien acquittée de cette mission ? Etait-elle objective ? C’est à partir de la transition jusqu’au dépouillement et à la publication des résultats des élections que sa mission pouvait être considérée soit comme un échec, soit comme une réussite. On sait comment elle s’était comportée pendant toute cette période avec le concours de l’Eufor, troupes de l’Union européenne dépêchées à sa rescousse. Les accusateurs de la Monuc, aujourd’hui chauds partisans de son départ, étaient alors persuadés qu’elle avait bien accompli sa mission. Mais ses défenseurs qui se montrent opposés à son départ avant 2011 ont de bonnes raisons pour situer son échec à cette époque-là. On sait le rôle que le Comité international et la Monuc ont activement joué dans la transition et le processus électoral.

            La Monuc connaît mieux que quiconque les méandres de ce qui se passe à l’Est. Elle connaît tous les groupes armés, de même que leurs positions, leurs armements et leurs objectifs vrais ou faux. Elle en connaît aussi les tireurs de ficelles, et leurs réseaux extérieurs. Elle a encouragé le brassage et suivi le processus de son exécution de près. Elle a participé aux opérations Kimia I et Kimia II. Mais elle a confirmé, par ses fonctionnaires interposés, le rapport de Human Rights Watch dénonçant le massacre de la population civile par les FARDC. Le rapport des experts indépendants de l’Onu a abondé dans le même sens, provoquant la colère du gouvernement. L’Est est devenu un terrain miné. La situation n’y est pas décantée et maîtrisée alors que la Monuc est omniprésente.

            L’apparition d’une situation du genre de troisième larron n’est pas improbable. Elle peut se produire sous l’influence des tireurs de ficelles habitués à troubler l’eau pour bien y pêcher. La Monuc évacuée, ce serait peut-être le déclenchement de la détonation du mélange d’ingrédients longtemps mis au point, pour embarrasser le gouvernement de la RDC. Car, c’est à partir de la transition qu’on avait amorcé en douce le processus d’affaiblissement du pays. Le Comité international  d’accompagnement de la transition n’avait pas fait tout ce qui était en son pouvoir pour amener les dirigeants intérimaires attachés à leurs milices de maquis, à concrétiser les objectifs fondamentaux qui leur étaient assignés, à savoir notamment 1/ la pacification du pays et le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national, 2/ la réconciliation nationale, 3/ la formation d’une armée nationale restructurée et intégrée, 4/ l’organisation d’élections réellement libres et transparentes. L’échec, c’était à partir de la non réalisation de ces objectifs essentiels pour déblayer le terrain. Ce qui se passe au Kivu est la conséquence logique de cet échec. Le pays a été conduit graduellement vers cet état d’impuissance où il se trouve aujourd’hui avant le départ attendu des forces de l’Onu. Et après ce départ ? Un gros point d’interrogation.

Jean N’Saka wa N’Saka

Journaliste indépendant

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