Ports privés de Kingabwa : des agents irréguliers excellent en tracasseries administratives et en extorsions

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Débarquer d’une baleinière dans un port privé de Kingabwa, à Kinshasa, après un voyage parsemé des risques de naufrage sur le fleuve Congo et le calvaire des piqûres des moustiques, relève d’un véritable parcours de combattant.

Marcel Bowane, commerçant navigant de son état, en a fait la triste expérience la semaine passée. Ses paniers de poissons fumés bien fagotés, et ses sacs de manioc et de courges empilés les uns sur les autres, il espérait réaliser une belle affaire dans les marchés de Kinshasa. La baleinière au moteur fatigué, qui tanguait dangereusement dans les vagues, est finalement arrivée à Kinshasa, le jeudi 30 juillet 2015, au port de Ndolo Libongo.
Il était 13 heures. Et à peine, l’embarcation venait d’accoster pour attacher les amarres sur les barges immobilisées aux quais, qu’une meute d’agents en tenues civiles sans macaron ni badge d’identification, sautaient par dessus bord, en ciblant les marchandises embarquées. On dirait une invasion des pirates. Ils étaient si nombreux, raconte aujourd’hui Bowane traumatisé, qu’il craignait le pillage systématique de ses colis. Cherchait-on des armes ou des produits prohibés ? Tel était le prétexte brandi par ces agents qui ne se présentent pas, ni ne révèlent leur service, mais s’intéressent aux colis et autres marchandises entassés dans la baleinière. «On doit fouiller partout pour chercher des armes qui entrent clandestinement à Kinshasa», a prétendu l’un d’eux.  
La fouille sommaire terminée à la va-vite, des agents irréguliers en sont venus au contrôle des marchandises. «On doit d’abord payer les taxes, sinon les colis ne sortent pas», telle est la menace proférée par un autre fonctionnaire visiblement ivre. Marcel Bowane n’en croyent pas ses yeux. Pour embarquer ses marchandises au port de Bandundu, il se rappelle avoir payé des taxes à l’embarquement. Mais il sera surpris qu’au débarquement à Kinshasa, on lui exige encore d’honorer d’autres taxes. Et bien qu’il s’en soit acquitté, il a demandé aux porteurs de sortir ses marchandises hors du port. Là-bas, d’autres agents arrêtent les charriots transportant ses marchandises, avant de réclamer les preuves de paiement de taxes. Les tracasseries se multiplient, au point que pour s’en débarrasser, il doit céder quelques paniers de poissons fumés, un sac de manioc et un sac de courges.
Des extorsions perpétrées en dehors des ports et loin des regards
Aux ports Nogueira, Celco, Madail et autres de Kingabwa, une meute de faux agents s’annoncent à chaque arrivée des bateaux et des baleinières pour tracasser les voyageurs, ainsi que les commerçants navigants. Sous prétexte d’opérer des vérifications des taxes payées, ils contrôlent les marchandises et ne repartent qu’après avoir arraché quelques produits agricoles et de la chasse ou de la pêche.
Pélagie Mboyo, également commerçante, se rappelle encore, non sans pincement au cœur, les tracasseries dont elle a été l’objet le mois passé au port Nogueira, à Kingabwa. Ses marchandises chargées dans un charriot, la voilà qui d’un pas sûr quitte le port pour aller chercher un bus à l’arrêt. Grande sera sa surprise de se voir aussitôt entourée par des agents de l’Etat. Elle a beau expliquer que les taxes ont été payées, mais sans preuve, Pélagie Mboyo était obligée de céder aux menaces et de désintéresser les agents de ses quelques poissons et une viande faisandée de gibier.
Ce constat malheureux qui révolte plus d’un est presque général dans la plupart des ports privés où on constate la montée des tracasseries policières et administratives, après le rappel des mesures de suppression des antennes des services publics y opérant. Le Premier ministre avait déploré en son temps, la présence d’une vingtaine de services de l’Etat non autorisés et qui s’étaient improvisés dans les ports privés, pour y procéder aux contrôles de factice et y percevoir une série des taxes illégales. On se rappellera que cette affaire avait fait grand bruit, mais aussi tâche d’huile, surtout quand notre pays était épinglé pour le climat des affaires qui n’attirait pas des investisseurs à la suite de nombreuses tracasseries policières et administratives.
Les observateurs relèvent qu’il revient aux services de l’Etat chargés du contrôle, de la bonne gouvernance, du respect des engagements de l’Etat pour l’amélioration du climat des affaires et de la promotion du tourisme, de veiller à la stricte application de la décision présidentielle limitant à quatre les services devant opérer dans les ports et aéroports, aussi bien publics que privés. Car, il a été démontré que ces multiples tracasseries et la perception des taxes illégales ont un impact négatif sur la hausse des prix des produits agricoles provenant de l’arrière-pays, et sur le climat des affaires. Une chose est de prendre des mesures, mais une autre est de veiller à ce que leurs violations soient sanctionnées sévèrement pour éviter l’impunité.
                                                                                                          J.R.T.