Politique : le grand malaise !

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Le discrédit de l’opposition après le raté de la motion de défiance contre le gouvernement  Muzito et la fracture de la majorité pour la relance de la même motion par l’Alliance Libérale des Patriotes,  sont autant d’indicateurs du malaise découlant d’une mauvaise recomposition de l’espace politique congolais après les élections de 2006 et d’une mauvaise conditionnalité de l’exercice démocratique en République Démocratique du congo. 

L’Opposition regroupant les partis socio-libéraux (MLC-ODR) et sociaux-chrétiens (CDC) a fondé sa motion sur la mauvaise gouvernance du Gouvernement Muzito. Elle a elle-même rencontré des difficultés pour la gestion de 125 signatures destinées à valider une motion appuyée par certains Membres de la Majorité (36).

La majorité de l’AMP se disloque au sujet de la même motion par manque de cohésion idéologique  ou sur base de distorsion des  options idéologiques entre d’une part les libéraux (ARC-PDC-UDEMO-MSR-PANU) qui se disent patriotes au sens de la promotion d’une économie congolaise forte c’est-à-dire bien débarrassée de dicktat étranger ou des Institutions de Bretton Woods et d’autre part les socio-démocrates (PPRD-PALU-MAI/MAI) sous l’embarras des pressions croisées de la mondialisation et de la recherche des capitaux,  se déclarant confusément nationalistes unitaristes, héritiers du Lumumbisme et du Kabilisme, sans oublier les alliés fondamentalistes fédéralistes (UNAFEC-UNADEF-RCD/KML).

La large marge des Indépendants de et de non-inscrits soit 24% de l’Assemblée Nationale marque la zone d’indifférence au profit de l’opposition ou de la majorité selon les enjeux de positionnement ou de rentes attendues.

Le Gouvernement central est pris d’assaut par les intérêts apparemment divergents entre les libéraux, les socio-démocrates, les fédéralistes et certains Indépendants en ce qui concerne les priorités de croissance accélérée pour les libéraux et les besoins de partage social ou d’équilibre entre croissance et durabilité sociale ou encore de la nécessité de mise en œuvre d’une décentralisation effective. Le Premier Ministre et ses proches socio-démocrates au gouvernement sont accusés d’abuser du pouvoir de l’Etat par leurs alliés libéraux de la majorité au pouvoir. A la veille des échéances électorales, les libéraux veulent se départir d’une responsabilité collective de la mauvaise gouvernance déclarée surtout à la suite de la motion de l’opposition et les fédéralistes pour la non-mise en œuvre de la décentralisation après le délai constitutionnel.

Aujourd’hui plus que demain, cette impasse gouvernementale devra trouver une issue à l’avantage de la Démocratie et de la République pour évacuer les zones d’ombre.

Ainsi donc, sur le plan strictement politique, l’opposition est le  regroupement le plus cohérent et le plus consensuel dans la poursuite des objectifs politique communs, quoique soufrant d’une carence de Leadership. Tandis que la majorité au pouvoir est un regroupement hétéroclite idéologiquement et bigarré politiquement soumis aux tiraillements d’options idéologiques et d’opérationnalité politique pour un programme gouvernemental commun.

Sur le plan économique, l’orientation politique pour l’établissement des priorités entre la mise en œuvre de cinq Chantiers (Infrastructures, Emploi, Education, Eau et Electricité) et l’engagement des ressources à cet effet ne répond pas à la logique du marché et paraît trop proche d’une économie dirigiste, planifiée ou orientée à l’avantage du capital social tel que prôné par les socio-démocrates et au détriment du capital reproductif de profit.

Sur le plan social, dans le programme gouvernemental, le coût de transformation sociale pèse davantage sur le capital destiné à l’investissement issu du financement extérieur que sur la reproduction de la richesse intérieure. Celle-ci est  encore minée par la distorsion dans la répartition du  revenu national entre les riches et les pauvres, due essentiellement à l’enrichissement illicite de gouvernants et leurs dépendants à la suite de détournement de deniers publics, du bradage du patrimoine national par des contrats léonins, de la spéculation entretenue sur les valeurs mobilières et immobilières, de la complicité manifeste dans le blanchiment d’argent à grande échelle et de la faible absorption des capitaux en faveur de l’emploi. Et au sein du gouvernement, les libéraux font porter la responsabilité de toutes ces dérives aux socio-démocrates accusés de détenir le pouvoir réel ou parallèle.

Sur le plan de la répartition des ressources entre les entités décentralisées et le pouvoir central, il apparaît que ce dernier ne détient  ou n’a mis en place aucun dispositif de contrôle et de suivi des ressources financières rétrocédées. Aussi, les libéraux de la majorité au pouvoir accusent les socio-démocrates du gouvernement d’en être responsables et de favoriser l’enrichissement illicite et les détournements organisés par leurs alliés au sein des exécutifs provinciaux pour des besoins électoralistes et pour des motifs clientélistes (opérations- retour).

C’est dans ce climat de vive tension et d’intensions suspectes entre les libéraux et les socio-démocrates ou entre ces derniers et les fédéralistes que la majorité au pouvoir se trouve empêtrée et confrontée à l’incertitude du choix multiple, dont celui de la recomposition de l’espace politique avec un nouveau Premier Ministre issu du PPRD ou d’un allié proche du PPRD. A l’état actuel des choses, le Gouvernement de ce dernier serait en partage équilibré de pouvoir avec les alliés de l’AMP, en attendant de nouvelles alternatives pré-électorales.

Mais installer le pouvoir institutionnel dans un tel climat de complot ne pourra déboucher que sur la destruction de son architecture dans le sens d’une cohabitation précaire à la veille des échéances électorales prochaines ; et au pire des cas, sur un coup de force institutionnel. Ce n’est pas une fiction, car le PALU l’a démontré dernièrement lors de la motion contre le Gouvernement, en refusant que le Premier Ministre, membre du Palu, soit entendu à l’Assemblée Nationale. Il s’en est suivi une escalade de bousculade ayant même touché le Président de l’Assemblée Nationale, symbole de la représentation nationale.

Pour mémoire, la révolution française, en dépit de tous les griefs portées contre le  système politique de l’époque, s’est déclenchée à partir du moment où Bailly, Président élu de l’Assemblée de Tiers, fut bousculé dans la salle du Jeu de Pomme, le 20 juin 1789.

En effet, lors de la prestation de serment de nouveaux Députés du Tiers Etat dans cette salle et sur  instigation présumée des hommes de Necker, homme-fort du Royaume et Ministre des Finances, le Duc d’Orléans, proche du Roi Louis XVI, qui avait jadis financé la campagne pour les libertés politiques, se désolidarisa de Monsieur Necker, pour se rallier à la nouvelle Assemblée des Tiers Etat, jadis boudée par les deux autres ordres des Etats Généraux, à savoir les Nobles et le Haut Clergé.

Le 11 juillet 1789, Louis XVI, pressé par son entourage, renvoie Necker tenu pour responsable du désordre.

Au Palais Royal, propriété du Duc d’Orléans où la police ne pouvait pénétrer, des orateurs agitaient les Parisiens par des harangues enflammées en ces termes :  «Aux armes, … M. Necker est renvoyé. Ce renvoi est le tocsin d’une St Barthélemy des patriotes …courrons aux armes ! Prenons tous des cocardes vertes, couleur de l’espérance …».

Ainsi se déchaina la révolution française de 1791 ! Faites toujours attention à la mémoire de l’histoire. Et n’oubliez surtout pas celle du Gouverneur Pétillon à la veille de 4 janvier 1959.

Professeur Banyaku Luape Epotu

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