Immondices à Kinshasa : une source de revenus et une opportunité d’emplois

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DSC_6230Les droits humains ont un point commun depuis 1995, sous le slogan « Les droits de l’humain partout, pour tous et tout le temps ». C’est ce qui motive l’ONG « Environnement Sain Sans Frontière » (ESSF), qui défend les droits de l’humain et de son environnement, à mettre à la disposition des Congolais et des peuples du reste du monde qui veulent voir la RDC avancer dans la bonne direction, une réflexion interpellant non seulement les autorités politiques, mais aussi les hommes d’affaires.

Les Congolais, dans l’ensemble, et les Kinois en particulier, avaient applaudi l’initiative louable de l’Union Européenne de gérer durablement les déchets domestiques à Kinshasa. Il s’agit du Projet d’Appui à la Réhabilitation et l’Assainissement Urbain (PARAU), lancé en 2007, et qui a pris fin au mois d’août de cette année 2015. Le timing était bien connu de toutes les autorités du pays, car les responsables de ce projet ne cessaient de rappeler la fin imminente de cette initiative, à l’exemple du communiqué du jeudi 11 juin, relayé par plusieurs médias. Ce communiqué était destiné premièrement aux autorités, car pour l’Union Européenne, ce projet n’était que pilote. Il consistait à éveiller les consciences de ceux qui ont la responsabilité et le devoir de garantir un environnement sain à tous les Congolais, comme écrit dans notre Constitution en son article 53. « Toute personne a droit à un environnement sain et propice à sa santé. Elle a le droit de le défendre. L’Etat veille à la protection de l’environnement et à la santé des populations ».

L’ONG ESSF veut, à travers ces lignes, interpeller les autorités provinciales afin qu’elles prennent contact avec les privés spécialisés dans la gestion des déchets, afin de mettre en place une société mixte qui pourrait travailler avec les équipements laissés par l’UE, qui sont encore utilisables, en les renforçant progressivement
avec de nouvelles acquisitions.

Pour donner une idée des services que ce projet rendait aux 9 des 24 communes de la ville de Kinshasa (Barumbu, Kinshasa, Lingwala, Kintambo, Kalamu, Ngaliema, Ngiri-Ngiri, Kasa-Vubu et Gombe), qu’il avait aménagé 42 stations de récupération des déchets. Par la suite, ces déchets  domestiques étaient déversés à Mpasa, dans la périphérie Est de Kinshasa, où un espace de 30 hectares servait de centre d’enfouissement technique, selon les normes environnementales.

Ces 42 stations étaient tenues chacune par 5 ouvriers, chargés de remplir des camions ayant pour mission d’aller décharger les ordures à Mpasa. Chaque jour, le centre d’enfouissement de Mpasa recevait entre 1500 et 1700 mètres cubes d’immondices, selon les statistiques de l’ingénieur commis à la gestion de ce centre. Par semaine, chaque dépotoir recevait autour de 9 tonnes d’immondices, qu’on estimait à 11.000 mètres cubes de déchets ménagère, selon la déclaration faite il y a 4 mois de la directrice de la coopération de l’UE pour
l’Afrique centrale et de l’Ouest, Clara Montesi.

Celle-ci ne cachait pas son scepticisme quant à la capacité des Congolais de prendre le relais du PARAU. « Demain, si le projet s’arrête, ça signifie qu’il y aura cumul de déchets aux stations et centrales de déchets. Et, il faut noter qu’il y a en tout 42 stations opérationnelles de déchets qui vont se retrouver submergées avec toutes les conséquences sanitaires que cela va provoquer», avait-elle prévenu. Alors que ces paroles sont encore fraiches dans nos mémoires, le temps semble lui donner raison. Car partout, à travers les 42 stations, les immondices ont débordé les bancs et les déchets de tout genre sont étalés sur le sol, exposant ainsi des enfants et des adultes aux maladies et épidémies liées à l’insalubrité.

L’Environnement Sain Sans Frontière ne peut qu’alerter les hommes et femmes de bonne volonté de pouvoir interpeller les autorités de la ville de Kinshasa ou du pays pour qu’elles s’investissent dans la recherche des solutions durables pour éviter à Kinshasa ce qui est arrivé au Liban il y a quelques semaines, où tous les habitants de la capitale, Beyrouth, ont manifesté pendant plusieurs jours pour obliger
le gouvernement à dégager les immondices qui inondaient la villeet qui
menaçaient la paix et la sécurité de celle-ci.
L’ONG demande aux autorités de la ville de penser à étendre le modèle
PARAU aux 24 communes, qui produisent en moyenne 24.000 tonnes
d’immondices. Celles-ci sont très mal gérées, car chaque famille se
débrouille avec des moyens de bord. Cette situation d’insalubrité
permanente est à la base de plusieurs maladies évitables
(fièvre-typhoïde, paludisme, diarrhées) dans la ville de Kinshasa.
L’ONG ESSF rappelle que cette sonnette d’alarme a toute sa place
aujourd’hui où le monde est en plein combat contre la pollution. C’est
la raison d’être de la 21ème Conférence des Parties signataires de la
Convention-cadre des Nations Unies sur les Changement Climatiques (COP
21). Elle voudrait rappeler les conclusions d’un rapport de l’USAID
publié en 2010 et qui faisait état de 465.000 décès/an en RDC dus aux
maladies évitables. Cette étude était fondée, car les preuves sont là.
A travers toutes les 97 villes de la RDC, il n’y a pas de politique
suivie de gestion des déchets. Pourtant, si elle existait, elle
pouvait générer énormément d’emplois. Rien que pour les 9 communes de
Kinshasa par exemple, l’UE employait 140 personnes, qui touchaient
chacune un salaire décent, sans parler des journaliers). Le coût total
de cette prise en charge par mois était de 1.000.000 de dollars
américains, un chiffre inférieur aux 1.400.000 de dollars que le
gouvernement central débloque pour ceux qui ballaient les rues de 5
communes seulement.
Des entreprises pareilles peuvent faire entrer dans la caisse de
l’Etat des milliards de francs congolais chaque année. Car aucun homme
n’est exempté dans la production des déchets et tous ont l’obligation
de payer une taxe pour la gestion durable de ces déchets. La mise en
place des sociétés qui devraient gérer les déchets et la collecte des
taxes peuvent être réalisées par l’Etat ou les privés ou les deux,
comme cela se fait dans plusieurs pays.
Les emplois ne peuvent pas être créées seulement en politique, comme
il est de coutume dans notre pays. Ailleurs, c’est ce qui se fait,
surtout que la loi de la décentralisation n’est pas énervée par cette
initiative. L’ONG exhorte les autorités de la Ville de Kinshasa et
celles de l’Exécutif national à ne pas considérer les déchets comme un
problème car ceux-ci représentent une opportunité pour la création
d’emplois durables et une source d’entrée de fonds dans la caisse de
l’Etat, en termes de millions de dollars par an. « Apprenons à vivre
ensemble, sinon nous allons mourir comme des mouches », ne cessait de
répéter Martin Luther King Junior, quelques temps avant sa mort.

Pour l’Environnement Sain Sans Frontière
ALAIN BOTOKO, président Exécutif