Plusieurs services se battent pour la gestion de la politique extérieure au détriment des Affaires étrangères(Par l’Ambassadeur Mindia Monga

0
36

Traditionnellement, le ministère des Affaires étrangères est la seule voie officielle par laquelle doivent passer, au regard des Conventions de Vienne sur les Relations diplomatiques et consulaires, tous les rapports entre Etats et entre Etats et Organisations internationales. A ce titre et en tant que principal organe du gouvernement chargé de la politique extérieure, il lui revient d’en assurer la coordination. Toutefois, les autres ministères et Services techniques doivent passer par son canal munis de pleins pouvoirs afin d’engager valablement la République à l’Extérieur.

 Cependant, il n’est pas rare de noter que de nombreuses négociations se déroulent ou se tiennent sans la participation du ministère des Affaires étrangères qui joue le rôle d’interface avec les partenaires étrangers. Pour mettre un terme aux abus qui se commettent lors de ces négociations, l’on devrait recourir à l’expertise du ministère pour la coordination des travaux, l’élaboration des textes, les négociations et la signature des accords dans le strict respect du principe de la souveraineté et de la réciprocité qui se trouve être la règle d’or dans les relations internationales.

 Pour rappel, la gestion et la coordination de la politique extérieure impliquent une série de tâches à accomplir à savoir : la mise à jour des traités signés par la RDC avec les pays étrangers et les Organisations internationales, le classement de tous les accords conclus par le gouvernement, l’établissement des « Pleins Pouvoirs », lesquels émanent de l’autorité compétente de l’Etat et désignent une ou plusieurs personnes pour négocier, adopter le texte d’un traité et pour exprimer le consentement de l’Etat à être lié par le traité. Cela permet au ministère des Affaires étrangères d’évaluer le niveau de notre politique extérieure, sur le plan bilatéral et multilatéral.
 Mais, étant donné la multiplicité des centres de décisions dans la gestion de la politique étrangère et les interférences d’autres ministères et services techniques, le ministère des Affaires étrangères ne joue plus aujourd’hui le rôle qui est le sien. C’est à peine s’il participe à l’élaboration des textes de traités, des instruments de ratification, d’adhésion ou d’acceptation, à l’examen des projets d’accords de siège ou à des consultations qui intéressent le droit international de manière générale.
 Ce faisant, le ministère des Affaires étrangères a perdu le contrôle des Commissions mixtes au profit du ministère de la Coopération Internationale et Régionale et ne dispose plus d’un répertoire fiable des Accords signés par le gouvernement congolais dont une grande partie est gardée par ce ministère. Il en est de même d’autres ministères et services techniques qui signent des accords sans pour autant transmettre les originaux aux Affaires étrangères pour leur classement et consultation.
 Dans le même ordre d’idées, les nombreux centres de décisions dans la gestation de la politique extérieure du pays ne permettent pas au ministère des Affaires étrangères de procéder librement au rappel des Ambassadeurs fin mandat, parce que fortement soutenus par ceux qui les ont fait nommer à ces fonctions. La RDC est donc le seul pays au monde qui laisse ses représentants pendant plus de 20 ans en postes diplomatiques sans discontinuité. Ce qui viole les conventions internationales et la pratique diplomatique des pays hôtes. D’où la présence prolongée de ces chefs de Mission (Ambassadeurs, Chargés d’Affaires) crée un malaise dans les relations diplomatiques.
 Pour mettre  fin à cet imbroglio, il faudrait réhabiliter le Quai d’Orsay congolais en lui conférant, comme sous d’autres cieux, le monopole de la politique étrangère pour plus d’efficacité et de visibilité.

 

LEAVE A REPLY

*