Plus de 200 morts en Ituri : aveu d’impuissance de l’Etat !

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Une semaine après l’engloutissement sous terre du village Tara et ses occupants, au bord du Lac Albert, dans la province de l’Ituri, à la suite d’un éboulement de terres mêlées aux pierres, les secours sont officiellement suspendus. La décision a été annoncée le mardi 22 août 2017 par le vice-gouverneur de cette entité, Pacifique Ketha. L’option découle non pas d’une mobilisation maximale d’interventions mais plutôt des difficultés d’accès au site et de l’insuffisance criante des moyens logistiques, sanitaires, financiers et autres. Le principal
obstacle à l’accès au site sinistré n’était autre que le manque de routes.

Du 18 août, date de la survenance de la catastrophe naturelle,
jusqu’au 22 août, date de l’arrêt des secours, des millions de
compatriotes ont suivi, avec un pincement au cœur, sur les chaînes
satellitaires des images insoutenables de villageois occupés à
rechercher des cadavres et d’éventuels survivants à l’aide de houes
rudimentaires ou carrément à mains nues. Ce sont des piroguiers qui se
chargeaient de transportaient les secouristes vers le lieu de la
tragédie.
Quant aux rares officiels, membres du gouvernement provincial, qui
ont pu se présenter à Tara les mains vides, ils étaient pris en charge
par la Monusco. Les rescapés, abandonnés à leur triste sort, ne
pouvaient rien attendre d’eux.
Sur plus de 200 morts, seuls quarante corps ont pu être retrouvés.
L’hécatombe qui vient de frapper un village congolais en Ituri traduit
l’aveu d’impuissance de tout Etat. En principe, au moins neuf
ministres auraient dû se précipiter vers Tara, à savoir ceux de
l’Intérieur, de Solidarité et Actions Humanitaires, de la Santé, des
Affaires Sociales, de l’Aménagement du Territoire, des Transports et
Voies de Communications, du Développement Rural et des Affaires
Coutumières, compte tenu de leur implication dans une tragédie
multidimensionnelle en rapport avec l’administration et la sécurité du
territoire, l’assistance humanitaire, la prise en charge médicale des
rescapés et des morts, la prévention des épidémies, les voies de
communications, etc.
En plus, l’armée et la police, avec leurs moyens logistiques,
auraient dû participer au secours et aux recherches sur le terrain. Ce
qui choque davantage les esprits, c’est l’absence de la moindre
autorité nationale à Tara. Alors que le pays est endeuillé avec plus
de 200 de ses citoyens disparus, on n’a enregistré, jusque-là, aucune
visite de reconfort d’un membre du gouvernement, ni même message de
compassion à partir de Kinshasa, la capitale.
Plus grave, alors que la Nation tout entière attend que soit décrété
un deuil national, c’est le mutisme total du côté des décideurs
politiques. Les morts de Tara vont-ils finalement être ignorés ou
va-t-on se réveiller sur le tard pour leur rendre hommage ?
Des patriotes qui ont cru que des décideurs politiques présents à
plusieurs conférences et manifestations publiques au pays comme à
l’étranger allaient solliciter l’observation d’une « minute de silence
» symbolique en mémoire des victimes de l’Ituri ont vite déchanté.
Pour ne prendre que le cas de l’attentat de Barcelone, on a vu même
des stars de football arborer des brassards noirs en hommage aux
martyrs du terrorisme.
L’abandon total des morts et sinistrés de Tara vient de rappeler à
tous, si besoin est, que le pays a encore du chemin à faire dans la
voie de son administration et de son désenclavement. Clamés depuis
2006, les « Cinq chantiers de la République » ainsi que la «
Révolution de la modernité » demeurent encore des slogans creux en
provinces. En dépit des discours que débitent les hommes au pouvoir au
sujet de la modernisation des infrastructures routières, portuaires,
aéroportuaires et ferroviaires, l’arrière-pays vit encore à l’ère de
la pierre taillée. Totalement enclavés, les provinces et les
territoires peinent toujours à communiquer entre elles. Si les colons
belges faisaient une visite-surprise dans leur ex-colonie, ils
seraient étonnés de constater qu’il n’est plus possible de faire le
tour du pays en « VW », comme c’était le cas dans les années’60. Tout
ceci arrive parce qu’au lieu de « bâtir un pays plus beau qu’avant »,
les différents gouvernants qui se succèdent à la tête du pays semblent
plus préoccupés par la conservation du pouvoir que par son
développement.
Kimp