Plaidoyer de la CENCO auprès du président Lungu de Zambie

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Des évêques membres de la CENCO lors de l’ouverture du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 08/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Des évêques membres de la CENCO lors de l’ouverture du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 08/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

« Parrains naturels» de l’Accord de la Saint Sylvestre, signé le 31 décembre 2016 par les forces politiques et sociales parties prenantes au processus électoral en cours, les Evêques catholiques congolais ont rencontré, le week-end dernier, le président Edgar Lungu de Zambie, en sa qualité de «chairman» de la SADC en matière de Politique, Sécurité
et Défense. C’était pour lui confier leurs espoirs et inquiétudes au sujet du processus électoral.

A cet effet, ils ont noté comme avancées la renonciation de l’actuel Chef de l’Etat à un troisième mandat, l’audit, bien que contesté, du fichier électoral, la publication des listes provisoires des candidats à la présidentielle ainsi qu’aux législatives nationales et
provinciales.

Cependant, les notes noires telles que la machine à voter, l’applicvation sélective des mesures de décrispation politique, l’exclusion de plusieurs acteurs politiques du processus électoral, l’interdiction et la répression des manifestations publiques pacifiques empoisonnant terriblement le climat politique social.

D’où l’appel pressant lancé à la SADC pour désamorcer la bombe sociale
et politique avant qu’elle n’éclate et ne fasse des dégâts dans la
sous-région des Grands Lacs.
Bref, Edgar Lungu a été approché pour qu’il prenne à coeur son rôle de
«sapeur-pompiers»
INTRODUCTION

Nous, Evêques membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo
(CENCO), en tant que parrains de I’Accord de la Saint-sylvestre
(Accord du 31 décembre 2016), sommes préoccupés par l’état actuel du
processus électoral de notre pays.
Nous sommes convaincus que, seules les élections crédibles,
transparentes, inclusives et apaisées constituent la solution et
I’unique voie de sortie pacifique de la crise socio-politique que
traverse notre pays depuis 2016.
Considérant l’importance et le rôle de la SADC dans la sous-région,
nous voulons partager avec vous, en tant que Chairman de la TroÏka de
la SADEC sur la Politique, la Sécurité et la Défense, nos
préoccupations concernant l’évaluation du processus électoral en
République Démocratique du Congo dans la conviction qu’avec vos
collègues de la SADC, vous pouvez aider le Peuple congolais à sortir
de cette crise et à gagner le pari de I’organisation des bonnes
élections crédibles, transparentes, inclusives et apaisées, le 23
décembre 2018.

I. POINTS POSITIFS
1. L’existence d’un fichier électoral audité;
2. Le respect des dates clé du calendrier électoral ;
3. La publication des listes provisoires des candidats à l’élection
des députés provinciaux;
4. La publication des listes provisoires des candidats à l’élection
des députés nationaux ;
5, La publication des listes provisoires des candidats à l’élection
présidentielle;
6. La désignation du candidat du Front commun pour !e congo (Fcc),
plateforme électorale du président de la République en fonction;
7. Le financement progressif du processus électoral par le
Gouvernement congolais
8. Le début d’affichage des listes électorales provisoires.

II. INQUIETUDES
1. L’existence d’environ 6 millions d’électeurs enregistrés dans le
fichier électoral sans empreintes digitales, ledit enregistrement
étant biométrique ;
2. La détermination de la CENI à utiliser la machine à voter malgré
I’absence d’un consensus des parties prenantes ;
3. La tension croissante du climat socio-politique:
1) faible mise en æuvre des mesures de décrispation de I’espace
politique (cas emblématiques: prisonniers et exilés politiques);
2) les dénonciations par quelques parties prenantes de la manipulation
de la CENl et des cours et rribunaux par le pouvoir en place ;
3) I’exclusion du processus électoral des quelques acteurs
majeurs de I’opposition ;
4) les interdictions, les dispersions, les répressions des marches et
manifestations publiques organisées par les partis et regroupements
politiques de l’opposition et les mouvements
citoyens ;
5) la confiscation des médias publics au profit du pouvoir en place ;
La persistance de I’insécurité, notamment à I’Est de la République
Démocratique du Congo ;
Le retard d’inviter les missions internationales d’observation
électorale. Pour gagner en transparence et en crédibilité, l’élection
requiert le regard de tous ;
L’éventualité de rejeter des élections biaisées par beaucoup de
Congolais et par la communauté internationale

III. RECOMMANDATIONS
La CENCO recommande à la SADC d’accompagner le peuple congolais et le
processus électoral particulièrement sur les points
suivants .
1. Que Son Excellence Monsieur le Président de la Zambie et Chairman
de la Troïka de la SADC sur la Politique, la Sécurité et
la Défense, puisse peser de tout son poids pour convaincre le
Gouvernement congolais à parachever la mise en æuvre des
mesures de décrispation politique selon I’Accord de la Saint Sylvestre
et pour la tenue d’élections inclusives et apaisées;
2. lmpliquer les parties prenantes à trouver le consensus sur la
machine à voter/ou à recourir aux bulletins papiers, le cas échéant,
comme c’est prévu dans les tlgnes 38, 39 et 40 du
calendrier électoral;
3. Appeler la CENI à la clarification des cas des personnes
enregistrées dans le fichier électoral sans empreintes digitales ;
4. Appuyer I’accréditation des Observateurs électoraux tant nationaux
qu’internationaux : du 08 novembre 2018 au 10 décembre 2019 (ligne 42
du calendrier électoral);
5. Appeler la CENl à faire connaître à la MONUSCO et aux paftenaires
de la République Démocratique du Congo les besoins logistiques pour
contribuer au déploiement des kits électoraux sur terrain;
6. Appeler toutes les parties prenantes à la tenue effective
d’élections crédibles, transparentes, inclusives et apaisées, le 23
décembre 2018.

CONCLUSION
Si les questions soulevées ci-dessus ne trouvent pas des bonnes
réponses, nous risquons, soit de ne pas avoir les élections le 23
décembre 2018, soit d’avoir des élections biaisées. Dans l’un ou
l’autre
cas, faute d’élections crédibles, inclusives et apaisées, la
République Démocratique du Congo risque de basculer dans la violence,
voire dans le chaos qui peut embraser toute la sous-région des
Grands-Lacs.

Kinshasa,
le 07 SEPTEMBRE 2018

Mgr  Fridolin  AMBONGO
Archevêque Coadjuteur de Kinshasa
Vice-Président de la CENGO

Mgr Marcel UTEMBI TAPA
Archevêque de Kisangani
Président de la CENCO