Pillages sélectifs à Kinshasa

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Les Kinois ont vécu des journées folles la semaine dernière. Comme en 1991 et en 1993, la colère a déferlé sur la ville, plusieurs millions de personnes ayant décidé d’exprimer leur rejet  de l’initiative maladroite de l’Assemblée nationale de modifier les règles du jeu alors que nous nous trouvons déjà dans une année électorale. Il y a quatre ans, une initiative de même type avait été imposée au peuple dans l’indifférence générale. Mais cette fois, le vase a débordé, suscitant indignation et colère qui ont été déversées dans la rue sur un ton qui n’admettait aucune réplique.

Au sénat, les sages ont su lire les signes. Ils ont décortiqué le message de la rue qui leur a rappelé le passé, lorsqu’ils étaient eux-mêmes maîtres du pays aux côtés de leur dieu Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Zabanga «Pili-Pili ya mobesu». Ils se sont souvenus que malgré le Snip, la garde civile, la Dsp et le Sarm, ils n’ont pu arrêter le cours des événements. «Nous étions comme vous cad tout puissants, mais vous savez ce qui est finalement arrivé», ont-ils dit, sous forme de conseils, aux représentants du gouvernement et de l’Onip présents dans la salle.

Les événements auxquels les orateurs se référaient étaient les échauffourées qui opposaient aux quatre coins de la ville les manifestants aux forces de l’ordre, aux incendies signalés ici et là à travers la capitale, et aux pillages sélectifs visant les expatriés chinois et des biens appartenant à certaines personnalités proches du pouvoir. C’est surtout le mercredi 21 janvier 2014 que ce pillage sélectif a été le plus visible.   Les objets pillés s’écoulaient à vil prix.  Plusieurs personnes à qui on a proposé ces marchandises pillées faisaient la moue.

Ne pouvant faire face aux pilleurs, les éléments de police qui ont tenté de sécuriser les magasins des Chinois ont dû déclarer forfait. Néanmoins, ils ont réussi à les exfiltrer et les amener en lieu sûr.

 

Eglises, postes de police et magasins des Chinois saccagés à Lemba et Ngaba

 

Plus rien ne reste des magasins exploités il y  a peu par des sujets Chinois. Du magasin situé au marché de Mbanza Lemba, non loin du Home 30 des étudiants de l’Université de Kinshasa, au rond point Ezo, en passant par les communes de Ngaba et Makala, le spectacle est désolant. Les manifestants ont emporté tous les articles qui s’y trouvaient. Même les étagères ont été emportées par cette population en colère. Il ne reste plus que des débris des vitres et des cartons vides.

Même spectacle désolant pour ce qui est des sous-commissariats de la Police installés le long de l’avenue de l’Université, détruits après la fuite des éléments de la police nationale congolaise débordés par des foules en furie. Ces manifestants n’ont pas hésité d’incendier tout ce qu’ils ont trouvé sur leur passage avant de poursuivre leur mouvement de contestation.

A l’Assemblée Chrétienne de Rhigini qui servait de lieu de culte et actuellement utilisé pour certains programmes de cette communauté Brahnamiste  après la construction d’un nouvel édifice pour la tenue des cultes, les manifestants ont saccagé et emporté certains biens trouvés sur le lieu. Ce qui met actuellement les fidèles en difficulté pour leur culte. Grâce à une intervention plus musclée des forces de l’ordre, d’autres drames ont pu être évités.

 

Yves Kadima &

 Jean- Pierre Nkutu