Pillages à répétition

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Le territoire de Kole à feu et à sang ». Le titre était à la une du quotidien de l’avenue Lukusa le lundi 22 février. Le Phare qui a livré la nouvelle en primeur dans sa livraison de lundi explique comment, au départ d’une simple arrestation, toute une zone peut basculer dans l’horreur. Les armes crépitent. Un prévenu a les jambes fracassées par des balles. Une vendetta d’un autre âge débouche à son tour sur la mort d’un policier et puis, c’est l’engrenage… Des localités entières sont pillées par les policiers envoyés pour rétablir l’ordre et la population civile trouve son salut dans la fuite dans la forêt.

Ce qui vient de se passer à Kole ne surprend personne. C’est du déjà vu. Récemment comme dans le temps. Et s’il faut effectivement remonter dans le temps, chacun se souviendra de ces images terribles, accablantes, qui avaient fait le tour du monde entier il y a de cela vingt ans.

A l’époque, on s’en souvient, on a vu des bérets verts sortant du Rwanda voisin, portant sur les épaules ou la tête des cartons remplis de produits pillés. Ces bérets verts étaient le fer de lance de l’armée de Mobutu envoyés à la rescousse de Juvénal Habyarimana qui régnait alors sur les collines voisines du Kivu. Victime des assauts répétés du FPR de Paul Kagame qui utilisait le clavier réservé aux soldats supplétifs de l’ougandais Yoweri Museveni, le président rwandais ne pouvait résister qu’à la faveur du soutien de son grand frère le « Léopard » de l’ex-Zaïre. Sur le terrain, Kagame et ses hommes furent défaits par le général Mahele et ses commandos mais la victoire  apporta, au plan de la communication, un tel déshonneur aux ex-Faz, prises en flagrant délit de pillages en territoire étranger, que celles-ci furent gênées de répéter l’opération en 1994 lorsqu’il fut établi, avant même la rencontre fatidique d’Arusha, que Kigali était l’objet d’une militarisation incontrôlée. Et que le régime Habyarimana, qui avait commis la fatale erreur de laisser le FPR transformer le siège du parlement rwandais en forteresse, s’était lui-même mis en danger de mort, en plein Kigali.

Ce spectacle désolant n’était, malheureusement, que le début d’une malheureuse série organisée et planifiée, cette fois, par le commandant suprême des Forces armées. C’est en effet à l’instigation du Maréchal Mobutu lui-même, las d’entendre ses anciens collaborateurs vociférer contre lui à la Conférence nationale souveraine, que les pillages de septembre 1991 et janvier 1993 eurent lieu. Le célèbre Maréchal voulait, dans le brouhaha général des dénonciations dont il était l’objet, apporter la preuve qu’il demeurait « l’homme seul », capable de commander les militaires et d’être obéi par eux. Il avait tout prévu, à la virgule près, sauf que les pillages pouvaient le déborder et le mettre en difficulté. Placé brutalement devant cette dernière alternative, il n’a pas eu le courage d’indiquer la bonne direction aux militaires, commettant la faute mortelle d’en faire tous des millionnaires sans prendre en considération l’effet d’entraînement que cette décision irréfléchie allait avoir sur les autres secteurs de la vie nationale.

En organisant les pillages, Mobutu croyait dur comme fer que la destruction des infrastructures économiques, financières et industrielles constituaient la seule façon de mâter les forces de changement. D’autre part, il espérait récupérer la situation pour démontrer à l’Occident qu’il demeurait le seul maître pouvant rétablir l’ordre public et la sécurité des personnes et de leurs biens. Ce calcul cynique et machiavélique se retourna malheureusement contre son initiateur qui ne parvint pas à contrôler la situation et voilà comment les équilibres macro-économiques de ce pays ont été rompus. Et l’on rappelle que lors d’une adresse aux éléments ex-FAZ sur le tarmac de l’aéroport international de Ndjili au lendemain des pillages de 1991, inconsciemment ou non, Mobutu se retrouva en train de faire un aveu d’impuissance et de complicité à travers un exemple qui scandalisa la majorité des familles zaïro-congolaises. Le fils de Madeleine YEMO proclama haut et fort qu’il ne pouvait pas répudier une femme qui le trompe pour la première fois. Une logique considérée comme immorale par toutes les tribus congolaises et particulièrement l’Eglise catholique dont le Haut Clergé ne tarda pas à émettre des protestations sévères à ce sujet.

Cette faute, Mobutu la paiera très cher plus tard quand il s’avérera que ses militaires ne portaient plus l’uniforme que pour piller, une tare qui continue d’enfanter des monstres jusqu’à ce jour, les petits fils ayant opté pour le mauvais héritage.

Quelle thérapeutique faut-il appliquer ?

Un adage populaire proclame qu’il n’y a pas de mauvaises troupes mais bien des mauvais chefs. Avant qu’un autre ne souligne que le poisson pourrit par la tête. Ces deux adages devraient inspirer le haut commandement militaire de la République pour préparer une véritable réforme des forces armées et de la sécurité publique. Cette réforme devrait s’articuler autour des idées forces qui sont la discipline et la sanction. Car, si les pillages se sont répétés plusieurs fois, c’est parce que l’impunité est publiquement tolérée car érigée en forme de gestion de la chose publique. L’enrichissement illicite et sans cause des officiers supérieurs caractérisé par l’acquisition en un temps record des biens meubles et immeubles, la corruption et les détournements des fonds mis à la disposition des FARDC, ne sont pas de nature à favoriser la bonne tenue de la troupe.

D’autre part, l’absence des casernes et cantines pour les hommes des troupes,  l’abandon et le délabrement fort avancé des centres de formation militaires pourtant très nombreux et dispersés à travers tout le territoire national et où des éléments des armées étrangères africaines tels le Tchad, le Rwanda, le Burundi, la RCA, etc. avaient été formés ou participaient à des manœuvres militaires de grande envergure, ne contribue pas à l’amélioration du niveau des soldats. Qui se rappelle encore que l’OTAN a toujours négocié la réfection des bases militaires de Kamina, Kitona, Buta, Gombari et Rumangabo pour lui faciliter la surveillance des Etats que l’ancien président américain Georges W BUSH traitait de voyous car protégeant les groupes terroristes islamistes ?

L’histoire de ce pays renseigne que les éléments de la Force Publique pendant la Première Guerre Mondiale ont laissé une empreinte indélébile à Saïo, Tabora, etc. contre les Allemands et cela du seul fait qu’ils étaient animés d’une discipline de fer à l’instar des Spartiates de l’époque de la Grèce Antique. Les exploits de la Force publique congolaise sont des  exemples à suivre pour les jeunes générations, car à côté des officiers de valeur, elle disposait d’éléments très disciplinés qui ont décimé sur le champ de bataille des multiples bataillons ennemis dans toutes les colonies africaines et au Moyen Orient où elle était engagée. La RDC peut relever ce défi, la balle se trouve dans le camp du haut Commandement Militaire.

F.M.    

 

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