Pétrole congolais : priorités floues

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Les études de prospection sont formelles : le territoire congolais est assis sur d’importants gisements pétroliers. L’on n’est donc pas surpris d’apprendre que le sous-sol du Parc de Virunga regorge de l’or noir. Ce qui intrigue par contre, c’est la précipitation avec laquelle une société pétrolière étrangère s’active pour arracher à l’Etat congolais le visa devant lui permettre de passer rapidement à l’étape de la production industrielle. Soco Internationale, pour ne pas la citer, revendique un espace qui représente 7.000 Km2, ce qui correspondrait à la superficie du Bloc 5 du Rift Albertine lui attribué en juin 2010 par ordonnance présidentielle. Concrètement, il s’agit d’une large bande longeant le lac Edouard et allant de Rumangabo à Kasindi, dans le territoire de Beni.

Une telle initiative ne pouvait que susciter des mécontentements, notamment dans les rangs des responsables de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) et des autochtones regroupés au sein des Ong locales. Ici, on estime que lancer une exploitation pétrolière dans cette partie du territoire national serait signer l’arrêt de mort de plusieurs dizaines d’espèces animales et végétales et partant celui du Parc de Virunga, certifié « aire protégée » et « patrimoine mondial ».

La question à se poser à ce stade est celle de savoir si le gouvernement congolais a clairement défini ses priorités en matière de mise en valeur de ses gisements pétroliers. En effet, tout le monde sait que l’attention des citoyens congolais est focalisée sur les dossiers brûlants du littoral de l’Océan Atlantique, où l’Angola pompe le pétrolier sur la nappe commune depuis des années, et du lac Albert, où l’Ouganda a pris une avance considérable sur la RDC en matière d’exploitation, une fois de plus, au niveau de la nappe pétrolière commune.

En principe, l’Etat congolais devrait concentrer toutes ses énergies sur ses gisements pétroliers déjà spoliés ou en passe d’être spoliés par les Angolais et les Ougandais. On sait que dans un cas comme dans l’autre, la RDC est victime de la voracité et du manque de patriotisme de certains de ses fils et filles appelés à défendre les « bijoux de famille » mais qui privilégient leurs intérêts égoïstes. La mise à l’index du Parc de Virunga est suspecte, même si des richesses dorment dans son sous-sol.

Le bon sens devrait commander aux décideurs congolais se porter en priorité là où il y a péril en la demeure, à savoir sur le Plateau Continental et du côté du Lac Albert, plutôt que de chercher à perturber la quiétude des gorilles de montagne, des okapis, des hippopotames, des lions, des léopards, des rhinocéros blancs et d’autres spécimens rares menacés de disparition suite à leur mise à mort planifiée par des seigneurs de guerre et des braconniers.

Une autre priorité pour la République aurait dû être l’exploitation du gaz méthane du lac Kivu, où le Rwanda a déjà commencé à engranger de juteux dividendes, pendant que les Congolais se perdent dans des disputes autour des contrats, souvent léonins et des commissions.

Jacques Kimpozo

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