Pétition contre Minaku : nouvelle distraction

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Ouverte il y a plus d’un mois, à savoir le 15 septembre 2017, la session en cours des deux chambres du Parlement n’a pas encore abordé les deux matières qui devraient être traitées en urgence, à savoir le budget 2018 et plus singulièrement l’enveloppe à consacrer aux
opérations préélectorales et la loi sur la répartition des sièges. On aurait pu se focaliser également sur la loi organique du CNSA (Conseil National de Suivi de l’Accord du 31 décembre 2017) mais la majorité au pouvoir est en train de démontrer à tous que cette institution transitoire peut fonctionner sans texte.

Le samedi 21 octobre 2017, une nouvelle pièce de théâtre s’est jouée au Palais du Peuple, heureusement en circuit fermé, au terme de laquelle la pétition diligentée contre Aubin Minaku, président de l’Assemblée Nationale, a connu un sort prévisible, à savoir son rejet
par les députés de sa famille politique. Les députés de l’Opposition pourraient pleurnicher sans fin sur le non respect de leur règlement d’ordre intérieur, qui interdit à un membre du bureau visé par une motion ou une pétition de siéger pour traiter de sa propre cause, les
choses restent en l’état. Car, même si la plénière avait été pilotée par quelque d’autre, le résultat aurait été le même, compte tenu de la stratégie d’étouffement de l’Opposition adoptée par la Majorité Présidentielle depuis 2006. Ils auront beau évoquer l’Arrêt de la Cour
Constitutionnelle faisant état de l’inexistence constitutionnelle de
la motion incidentielle, la démocratie du plus fort veut que les Avis
de cette haute juridiction soient inopérants face à leur logique de
victoire.
On ne le dira jamais assez, l’option des députés de l’opposition de
prétendre lutter de l’intérieur au sein d’une institution dont nombre
de mandats avaient été acquis sur fond de fraudes électorales en 2011,
est en train de montrer ses limites. La recette du boycott temporaire
des plénières, on ne le sait que trop bien, n’a jamais perturbé la
famille politique du Chef de l’Etat, convaincue que les « rebelles »
sont condamnés à les accompagner et légaliser leurs actes jusqu’au
bout, la politique du ventre oblige.
Au regard de la méthodologique de travail qu’elle est en train de
suivre jusque-là, l’Assemblée Nationale donne l’impression d’avoir
choisi la voie de la distraction. En effet, en lieu et place de
traiter des matières de haute portée politique inscrites à son
calendrier, elle est occupée à perdre un temps fou dans les motions de
défiance et incidencielles, les pétitions, les questions orales et
écrites. Le peuple congolais, impatient d’aller aux urnes, assiste à
un spectacle de mauvais goût dont les épilogues se suivent et se
rassemblent, à savoir les victoires mécaniques de la Majorité
Présidentielle contre les initiatives des députés de l’Opposition.
Par conséquent, s’il y a, dans le chef des députés de l’opposition,
la volonté de faire bouger les lignes sur la voie des élections, ils
devraient eux aussi cesser de distraire les gens avec des motions et
pétitions sans lendemain et exiger, toutes affaires cessantes,
l’examen de la Loi des finances 2018, avec des crédits conséquents
pour le financement du processus électoral, ainsi que la loi portant
répartition des sièges pour les circonscriptions électorales.
Persister à actionner des motions, des questions orales et écrites
ainsi que des pétitions sans la moindre incidence négative sur le
gouvernement ou l’Assemblée Nationale, d’autant que le moindre débat
n’est pas possible pour sanctionner, ne serait-ce que moralement les
personnes visées, c’est faire le jeu de la Majorité Présidentielle,
qui a hâte de voir la session en cours boucler la boucle sans avoir
traité des matières relatives aux contraintes politiques, financières
et techniques sur lesquelles se fonde la CENI pour faire « glisser »
les élections au-delà de 2019, sinon 2020.                        Kimp