Le patron de la Sté Ghadeer, Khwaja Dilawarhusen Alihusen, mis en cause pour torture

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Retrouvé gisant au sol dans une chambre sans lumière, un Indien de 37 ans, Amin Noorali, souffrant de multiples blessures, fractures et brûlures, a été séquestré et torturé pendant plus de deux mois dans une concession à Limete/Kingabwa. La communauté indienne toujours sous le choc a unanimement élevé la voix pour dénoncer et condamner cette double pratique de séquestration et torture qui se perpétue allégrement à Kinshasa et dans le Congo profond grâce à certains de ses notables, nostalgiques d’une culture d’une autre époque
 
En effet, c’est une affaire de séquestration et d’actes de torture hors norme qu’ont sur les bras depuis le mois février dernier, les limiers du Parquet général de la Gombe. Sont mis en cause comme auteurs intellectuels : Khwaja Dilawarhusen Alihusen, patron de la société Ghadeer ; Khwaja Mahmadmunir Zulfikar, numéro 2 de cette entreprise ; Khwaja Tofikhusen Zulfikar considéré comme troisième personnalité de Ghadeer ; Bharvani Shabbirmrhndi Gulanraza ; et Khoja Gulamali Anvarali.
            A en croire la victime, Amin Noorali, les actes de barbarie lui ont été infligés par les dénommés Gulam Ali et Mutuza Mike, tous deux travailleurs indiens de la société GHADEER SARL, actuellement CONGO PLUS implantée sur toute l’étendue de la RD Congo.
            « Mon calvaire a commencé depuis mon engagement au sein de la société GHADEER en 2012. Tout tournait autour des termes flous de mon contrat de travail, à peine, verbal. Mon enfer a pris une toute autre tournure, le dimanche 30 Octobre 2016, autour de 19 heures, lorsqu’après un inventaire, l’on a constaté un manquant de 20 cartons de piles Tiger qui se trouveraient dans un de nos dépôts à Kikwit où je prestais en qualité de gérant d’un dépôt de cette société… », a expliqué d’entrée de jeu la victime au Phare.
Pour lui, toutes ces machinations avaient pour principal but de lui faire payer son péché : le choix d’avoir pris pour épouse une Congolaise avec qui ils ont eu un enfant. « Depuis un certain temps, j’étais filé par un autre indien  Abbas qui me soupçonnait de voler l’argent de la société pour subvenir aux besoins de mon fils et de mon épouse. J’étais harcelé, humilié, injurié, frappé par ces derniers. Pour sauver ma peau, j’ai trouvé refuge auprès de ma belle famille et quelqu’un m’a conseillé de saisir l’autorité compétente pour solutionner tous ces problèmes »
 Démarche qu’il avait entreprise, cependant, les autres travailleurs indiens vont demander au représentant de l’Etat de surseoir la procédure car « il s’agit d’un conflit entre indiens », lequel sera réglé à l’arrivée de messieurs GULAM ALI et MURTUZA MIKE, les propriétaires de la Société GHADEER SARL ainsi que HAIDAR, son remplaçant à Kikwit.
            Malheureusement, lorsqu’ils ont débarqué, ces personnages ont d’abord pris l’option de confisquer ses téléphones portables pour lui couper tout contact avec le monde extérieur, particulièrement sa grande famille en Inde et son épouse à Kikwit. « Ils confisquèrent également tous mes vêtements ; je suis alors menacé de mort ainsi que ma famille ;  mes patrons, véritables bourreaux en réalité, vont me coffrer pendant 2 jours dans un de nos dépôts de Kikwit. Ils vont tenter de me faire signer, en vain, un document dont j’ignorais le contenu. C’est à peine la somme de l’ordre de 100 OOO dollars que j’avais déchiffrée ; Mon refus fera décider à  mes bourreaux  de  m’embarquer en date du 02 novembre 2016 dans une jeep pour Kinshasa où nous sommes arrivés à 23 heures. Dès l’arrivée, ils me présentent le même document pour que j’y appose ma signature, je suis resté constant. J’ai refusé de le signer. C’est alors que je serai déshabillé, rasé, battu à coups de pied, de bâtons et autres instruments non identifiés. J’ai été torturé à mort. Pour sortir de cette fournaise, j’ai pris, dans la douleur, l’engagement de signer ledit document. Ils vont me conduire vers 3 heures du matin, coffré dans la jeep, jusqu’à leur résidence à Kingabwa non loin du centre hospitalier VIXAM » a-t-il relaté.
            Puis d’ajouter : « Enfermé dans une toilette pendant 2 jours depuis le 02 Novembre 2016, SHABIB, un indien qui me surveillait, va décider de partir de la RD Congo, craignant ainsi d’être la prochaine proie. Comme si cela ne suffisait pas, le 04 Novembre 2016, vers 19 heures, GULAM ALI et MURTUZA MIKE, m’embarquèrent dans le coffre de la jeep et m’obligèrent de signer un autre document. Profitant d’un moment d’inattention de ces derniers, j’ai réussi à m’enfuir. C’est au cri de « Kanga Muyibi, Muyibiééééééééé( Attrapez le voleur !) », que je serai appréhendé par un policier en  garde dans une parcelle.  Craignant un lynchage de la foule, je lui ai expliqué sommairement les faits et il me conduisit au poste de police où je serai longuement entendu jusqu’à l’interférence d’un officier de la Police Nationale Congolaise, un certain Jules qui me rend à mes bourreaux, GULAM ALI, SHABIR et MOHAMED, lesquels se faisaient accompagner de leur avocat, Me Jean-Marie Michel. Je serai alors transféré du 04 au 09 Novembre 2016 dans une nouvelle cellule, la cuisine où je vivais à peine de pain et d’eau, dans un endroit très insalubre », a-t-il rapporté les larmes aux yeux.
            Tombé gravement malade, c’est en vain qu’il a sollicité un transfert pour un hôpital pour des soins appropriés. « Je devais me contenter de quelques produits qu’ils m’administraient. SANAWED, le gérant de l’un des dépôts de la société à Kinshasa, situé à Kingabwa,  avait reçu l’ordre de me surveiller, de me bastonner, de m’humilier… ».
            Inquiète, sa famille contactera l’ambassade de l’Inde en République Démocratique du Congo. « Invités à deux reprises, mes bourreaux m’obligèrent d’accepter que j’avais effectivement volé l’argent de la société sous peine de représailles. J’ai malheureusement confirmé leur propos pour échapper au supplice. Mes fausses déclarations n’ont rien changé. Je continuais de vivre le calvaire et c’est le 08 Janvier 2017 que tout va basculer, lorsqu’un travailleur congolais réussit à me donner un téléphone à l’insu de mes bourreaux. Grâce à mon appel, ma femme a réussi à alerter les agents de renseignement lesquels feront une descente capitale pour ma vie. Lorsqu’ils me repèrent dans une des chambres, qu’on appelait la cellule, ils y ont pénétré en prenant des photos et des vidéos. C’est seulement en date du 10 Janvier 2017 que je recouvrais ma liberté », a-t-il conclu.
 
Les auteurs activement recherchés
 
            Aux dernières nouvelles, 4 sujets indiens ont été interpellés. Après leur audition aux services de renseignement, le dossier a été transféré au parquet général de la Gombe. Deux de ses geôliers sont actuellement à la prison centrale de Makala, Chatula Shannawaz Husenali alias « Jamaica » et Sameer Khoja. Aux arrêts depuis le 25 février 2017, ils sont accusés d’enlèvement, arrestation arbitraire et détention illégale, extorsion et torture.
            « A ce jour, le dossier traine encore au parquet. Les commanditaires des actes de torture sur moi sont encore en liberté et ne sont pas du tout inquiétés, alors que je galère. Mon fils ne peut se rendre à l’école faute des moyens, ma femme attend famille. C’est le même enfer qui continue en nouvelle version », s’est plaint la victime.
            Notons que suite à ces révélations d’Amin Noraali, de nombreuses voix se sont élevées dans cette communauté indienne de Kinshasa pour confirmer que c’est une pratique enracinée chez Khwaja Dilawarhusen Alihusen, le patron de la société Ghadeer. Cet homme d’affaires, avons-nous appris, affiche un comportement de super homme, bafouant les lois et la Constitution de la République Démocratique du Congo. C’est ici que le pouvoir judiciaire est interpellé pour faire régner l’équité et le droit.
 
Tshieke Bukasa