LA PASSION SOUVERAINISTE POUR LE CONGO EST CONGENITALE

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Le mot passion présente deux acceptions d’une même réalité violente. L’une signifie l’affection violente qui nuit au jugement en faveur d’une position irraisonnée et l’autre traduit une obsession violente pour la possession d’un bien matériel, quelle que soit la souffrance à endurer. De toutes les façons, les deux acceptions relèvent du « pathos », c’est-à-dire de la pathologie ou de la perturbation morale.

La passion se distingue de l’émotion en ce que la passion est un comportement affirmatif et agressif par rapport à ce que l’on veut mais l’émotion est un comportement expressif interne de joie ou de tristesse face à un événement. Si la passion donne lieu à un
comportement obsessionnel qui dure dans le temps, l’émotion est un comportement passager d’un homme affligé ou déprimé à la suite d’un événement. A choisir entre le comportement passionnel et celui émotionnel, le moindre mal est le dernier parce que le temps d’irrationalité est passager.

Malheureusement, depuis l’Etat Indépendant du Congo, les dirigeants
ont toujours manifesté la plus grande passion souverainiste pour le
Congo au premier sens du terme.
L’Etat Indépendant du Congo instauré par le Roi Léopold II le 29 mai
1885 et consacré le 1er Août 1885 au Congrès de Berlin réunissant les
puissances coloniales de l’époque, initialement appelé les «Etats
Libres du Congo» ou «Free States of Congo» se voulait une
confédération des tribus d’hommes libres, dont le Roi Léopold II en
était le propriétaire.
Le mode de gestion de cet Etat Indépendant du Congo était celui d’une
monarchie absolue, sans représentation des peuples et sans exécutif
autre que le Roi lui-même, détenteur de tous les pouvoirs
d’organisation, d’administration et de force publique dans ce nouvel
Etat.
La passion souverainiste du Roi Léoplod II fit du Congo, l’un des
Etats parmi les plus fermés du monde, alors que le Congrès de Berlin
reconnaissait à toutes les puissances signataires le droit de libre
commerce sur le bassin du Congo recouvrant la grande étendue de l’Etat
indépendant du Congo.
La passion du Roi Léopold II pour le Congo fut d’une telle violence
qu’il instaura les travaux forcés pour ses administrés, allant jusqu’à
l’amputation des membres pour les plus insoumis ou les récalcitrants.
Il s’ensuivit de massives violations des droits humains, lesquelles
furent systématiquement condamnées par la communauté internationale, à
l’indifférence totale d’un Roi aveuglé par la passion souverainiste
pour le Congo.
Pour mieux marquer sa grande passion pour le Congo, il fut institué
le 1er juillet 1885 un régime foncier, par lequel les vastes terres
non occupées par les indigènes étaient considérées comme les terres
vacantes appartenant à l’Etat, donc entrant dans la propriété privée
de Roi Léopold II.
En décembre 1886, il fut introduit le principe de sociétés à charge
sous contrat public-privé avec le pouvoir d’occuper et de mettre en
valeur les terres vacantes qui leur étaient concédées en vertu des
conventions spéciales conclu avec l’Etat, c’est-à-dire le Roi Léopold
II.
Il appartenait à ces sociétés à charte de faire louer à leur tour ou
concéder aux tiers ces terrains pour l’exploitation des forêts
domaniales et les gisements miniers avec droit de percevoir des
redevances sur ces concessions. L’Etat Indépendant du Congo devint
l’Etat le plus privatisé de ce siècle, car même la douane relevait du
pouvoir royal.
Le passage de l’Etat Indépendant du Congo à la Colonie belge en 1908
n’introduisit que le seul changement du statut d’un Etat indépendant
privatisé par le Roi Léopold II au statut d’une colonie de la
puissance publique belge.
A l’indépendance du Congo en juin 1960, la passion souverainiste du
Président Joseph Kasa-Vubu pour le Congo se manifesta par son rejet de
toute intervention des pays communistes contre l’occupation belge de
toutes les grandes garnisons militaires du Congo. Il se montra
également réticent à l’intervention des Forces de l’ONU au Congo
contre les mouvements sécessionnistes du Sud-Katanga et du Sud-Kasai.
C’est cette passion souverainiste contre l’intervention des experts
russes et de l’ONU contre l’occupation belge qui constitua le point
crucial de son opposition à son Premier ministre Patrice Emery
Lumumba, ayant pris position pour l’intervention des Forces des
Nations Unies. C’est la toile de fond de la plus grande crise de
légitimité, ayant exposé le pays à la propagation de mouvements
insurrectionnels et à la succession ininterrompue de plusieurs
gouvernements d’union nationale fragiles, jusqu’au coup d’Etat du 24
avril 1965.
Le nouveau pouvoir du Président Joseph Désiré Mobutu, à l’épreuve de
la dette coloniale et à celle du contentieux sur les sociétés à
charte, se mit à cultiver la passion souverainiste contre la Belgique
jusqu’à déclencher les nationalisations des sociétés belges en 1966,
la débaptisation des prénoms chrétiens en 1971 et la zaïrianisation de
toutes les entreprises étrangères en 1973.
La passion souverainiste pour le Congo poussa le Président Mobutu à
inventer sa doctrine du mobutisme fondé sur le concept de recours à
l’authenticité. Personne n’y a cru. Et aucun d’indice de développement
ne fut enregistré.
C’est dans la dégradation totale de ce régime souverainiste et
autoritaire qu’un mouvement insurrectionnel surgit en 1996, suivi du
renversement du pouvoir de Mobutu en mai 1997.
Comme pour un recommencement de l’histoire, le nouveau régime de
l’AFDL s’inscrivit dans la même logique souverainiste d’auto-prise en
charge du peuple congolais. Trois années suffirent pour faire tourner
la passion souverainiste en un véritable enfermement
politico-idéologique et isolement diplomatique. La suite tragique de
l’assassinat du Président Laurent Désiré Kabila en 2001 se passa à la
grande indifférence de la communauté internationale.
L’arrivée au pouvoir du Président Joseph Kabila est marquée par la
volonté de se réconcilier avec les mouvements insurrectionnels et les
pays voisins jusqu’alors hostiles à l’establishment politique et
militaire congolais. L’accord de Sun City ouvre la voie à une
transition avec un gouvernement composite du Président en place et de
quatre Vice-Présidents représentant respectivement les deux principaux
mouvements insurrectionnels, l’opposition politique et un proche de
l’ancien pouvoir de Laurent Désiré Kabila.
La transition se termine avec l’organisation de premières élections
présentielle, législatives, provinciales et provinciales en 2006. Le
premier mandat du Président Joseph Kabila est marqué par le clivage à
gauche, avec les cinq chantiers de reconstruction, en partenariat avec
la Chine. L’impact des résultats sur l’économie et le social des
Congolais fait un feu de paille ou un éclat d’annonce sans emprise
réelle, avec tout l’air d’un raccommodage d’infrastructures et d’un
émoussement de croissance économique.
Le second mandat présidentiel souffre de trois pésentateurs majeurs :
le contentieux électoral mettant en cause la vérité des urnes et le
non achèvement du processus électoral au niveau municipal, provincial
et sénatorial, ainsi que la décote des prix des matières premières,
lesquels plombent le programme de la révolution de la modernité. A
tous ces gâchis s’ajoute le durcissement autoritaire du régime avec
les indélicatesses en matière des droits humains, une diplomatie
brancarde et un regain du discours officiel épris de la passion
souverainiste.
Le tout commence avec un simple agacement sur le dossier du processus
électoral face à l’insistance de la communauté internationale pour le
respect des échéances électorales suivant les dispositions
constitutionnelles.
Ensuite, ça se gâte avec la répression violente des manifestions
pacifiques de septembre 2016 et décembre 2017 contre la non tenues des
élections à termes échus. Le discours avec passion souverainiste monte
du côté du pouvoir et des reparties musclées du côté de la communauté
internationale.
Enfin, il se déclenche des tirs croisés contre un nouveau mandat
présidentiel de la part de nombreuses organisations de la communauté
internationale, particulièrement l’Union Européenne, les Nations
Unies, l’Union Africaine, la CIRGL, la SADC, ponctués de déclarations
hostiles des Etats Unis, de la Belgique, de la France.
Si la passion souverainiste pour le Congo vient en réponse à ce décor
fort abîmé, alors il faut jouer la partition du quitte ou double. Ou
on gagne la mise de durcissement de la position souverainiste, quitte
à se tailler à la sauvette au bon moment, ou on joue au sacré perdant
et on se soumet au verdict des puissants.
Par Jean Marie Kashama Nkoy