Des parcelles transformées en porcheries

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Après avoir expérimenté avec bonheur les petits jardins familiaux, les  Kinois se sont tournés ces dernières années vers l’élevage domestique, plus précisément la petite porcherie. Fonctionnaires, chômeurs, étudiants, s’adonnent à cette activité pour arrondir leurs fins des mois. Ce qui leur permet de nourrir leurs familles, subvenir aux frais des études et pour  divers besoins.

         Il n’est pas rare de voir un enseignant, après avoir donné cours le matin, s’adonner tout l’après-midi à l’élevage de ses quatre, cinq ou même une dizaine des porcs. La quasi-totalité de ces éleveurs  de fortune réservent une partie de leurs parcelles pour l’élevage des porcs. Ayant donc  appris ce métier d’éleveur sur le tas, très peu d’entre eux recourent aux services des médecins vétérinaires et autres agents sanitaires maitrisant les soins à administrer aux porcs.  Ils s’adressent donc aux « aînés » pour « construire » leurs porcheries et soigner et nourrir leurs bêtes.

         Moyennant parfois un forfait, certains éleveurs cèdent leurs bêtes femelles aux collègues qui en ont besoin. La période de rut terminée, les « prêteurs » récupèrent leurs femelles. Ces opérations sont parfois à l’origine des disputes. Car, Il arrive parfois où les femelles cédées meurent faute des soins appropriés.

         Mais le plus grand problème auquel doit faire face l’éleveur  est celui de l’hygiène. Erigées dans des cités dortoirs, particulièrement à Ndjili, Kimbanseke, Masina, Binza, ces porcheries ne répondent pas aux normes sanitaires requises par la loi. Les voisins se plaignent souvent des odeurs dégagées par le mauvais entretien des porcheries disséminées à travers les communes de la capitale.

         «Si nous déposons des plaintes à charge de ces éleveurs auprès des instances judiciaires, l’on nous taxera des jaloux. Car, ces gens se débrouillent pour nourrir leurs familles. Nous ne savons pas que faire», entend-on souvent dire des Kinois qui supportent difficilement ces désagréments. Il se pose aussi un problème d’espace et des moyens. Dépourvus des moyens conséquents, les petits éleveurs de Ndjili, Kimbanseke, Masina, Binza ne disposent pas des infrastructures dignes de ce nom. En fait, nettoyer régulièrement les espaces réservés au bétail, administrer des produits appropriés aux porcs tout en prenant soin de leur assurer une alimentation appropriée, prévenir la peste porcine… n’est pas une sinécure. Le brave père de famille, l’étudiant ou le chômeur reconverti en éleveur, doit en principe disposer d’une équipe restreinte des collaborateurs pour lui permettre de mieux s’en sortir. Comme ce travail est pénible, les jeunes gens rechignent à prêter main forte à leurs géniteurs.

         C’est surtout à la veille des fêtes de fin d’année que certains éleveurs abattent leurs bêtes. Un porc bien engraissé, pesant plusieurs kilos  peut rapporter 300, 400 dollars ou même plus. Le prix d’un kilo  étant légèrement supérieur à celui d’un poulet congelé, la vente au détail  des porcs s’effectue soit au marché soit chez des connaissances, amis et pourquoi pas les voisins.

         Loin de nous l’idée de décourager ou de s’en prendre aux petits éleveurs, les pouvoirs publics devraient accorder des crédits aux éleveurs pour les aider à soutenir les factures des soins chez les vétérinaires et pour se doter des fermes pour accroitre leur production.

                            Jean- Pierre Nkutu

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