Papy Tex ressuscite Empire Bakuba

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papy texLes amoureux et passionnés de la bonne musique de Kinshasa ont célébré, d’une manière particulière, la Saint Valentin le samedi 13 février 2016 à Kabinda Center à Lingwala. Au menu : un concert live de l’orchestre Empire Bakuba conduit par l’un de ses anciens ténors, Jean Matolu Dode Mbisi dit Papy Tex. Fraichement rentré de France où il résidait depuis près de 15 ans, l’artiste et ses collaborateurs ont présenté au public une gamme d’œuvres d’anthologie produites par Empire Bakuba durant toute son existence. Dans le lot, ils ont exécuté « Botika nga », « Adjatou », « Zabolo », « Divisé par deux », « Nazoki », « Aby », etc.

Plus encore, les nostalgiques de ce groupe qui a fait la pluie et le beau temps dans l’histoire de la musique congolaise ont été replongés dans des anciennes danses à succès comme « Sous-marin », « Masasi calculé », « Kwassa Kwassa », etc. De nouveaux pas de danse appelés « Simba tika » ont été exécutés et même vite adoptés par le public présent mais nostalgique du célèbre  trio « KADIMA » (préfixes de KAbasele, DIlu et MAtolu qui formaient l’attaque chant de la belle époque). Les veuves Jean-Baptiste Kabasele Yampanya « Pépé Kallé », Pauline Ndekani, Matondo Mateya « Sans Souci », Mumbata « Djo Poster », etc.

            Cerise sur le gâteau, un des fils de l’inoubliable Pépé Kallé, Fiston Kabasele, est monté sur le podium pour chanter « Michou », une œuvre de son défunt père, sous l’œil admiratif de son autre père, Papy Tex.

            Spectacle rendu possible par la volonté de Liman Evénementiel, son principal manager, André Gabriel Liwa Mandalu, a fait noter son désir d’offrir au public congolais une musique de bonne facture.

            « Le talent de Matolu Dode Papy Tex n’est plus à démontrer. Homme très sociable, il a aujourd’hui encore démontré que son leadership reste intact. Il a rassemblé autour de lui tous les grands symboles de ce qu’a été l’Empire Bakuba. Les membres du trio «Kadima», je le rappelle, s’aimaient, savaient se supporter et se pardonner mutuellement. La preuve est que ses trois personnalités ont réussi contre vents et marées à maintenir l’orchestre en activité pendant 26 ans. Un record dans l’histoire de la musique congolaise où les orchestres sont habitués à se disloquer au gré du vent… », a témoigné André Liwa.

            En effet, l’histoire rapporte que, déjà en 1970, Yampanya wa ba Mulanga et Papy Tex avaient franchi une étape de leur carrière en intégrant l’orchestre Myosotis de la commune de Dendale, aujourd’hui Kasa-Vubu. Au courant de la même année, ce groupe décidait de participer au concours de musique des orchestres de jeunes organisé par le guitariste Dewayon Ebengo. Myosotis remporta le prix de meilleur orchestre. A cette occasion, Pépé Kallé épata les professionnels de la musique présents à la cérémonie de proclamation des résultats. Le drummer de l’Afrisa International, Seskain Molenga, fit alors appel aux talents des deux vedettes pour mieux les encadrer et renforcer l’attaque-chant d’un orchestre qu’il venait de créér. L’accompagnateur Lokasa avait aussi recommandé à Seskain Molenga, Dilu Dilumona, chanteur de l’orchestre Révélation de la commune de Kintambo. Ainsi naquit le trio «Kadima» (Kabasele « L’éléphant de la musique congolaise », Dilu et Matolu).

            Après avoir abattu un travail de titan avec ses poulains, Seskain Molenga conduisit son groupe, en le baptisant du nom de Bakuba, au studio mobile Vévé, sur la rue Eyala, dans la commune de Kasa-Vubu, pour l’enregistrement à succès des chansons cultes telles que Nazoki, Nakobelela, Libaku mabe, Kanu, Nazangi tata, etc… Ces opus attirèrent l’attention de Kiamwangana Mateta Verkys, président directeur général de l’écurie Vévé, et propriétaire du studio mobile du même nom, qui décida de s’occuper également de l’édition, la distribution et la commercialisation de ces œuvres. Succès sans précédent, aussitôt après leur lancement sur le marché ! Seskain Molenga voyagea par la suite avec l’orchestre Afrisa International pour Paris pour tenir en haleine l’exigeant public de la mythique salle de l’Olympia de Bruno Coquatrix.

            La gloire subite amena le trio «Kadima» à signer un contrat d’édition avec l’écurie Vévé. Kiamwangana mettra alors à sa disposition un équipement de musique pimpant neuf de marque Rangers. Peu après, se référant à l’existence historique de l’Empire Bakuba, dont on situe de nos jours les limites et les descendants dans le territoire de Mweka, dans l’ancienne province du Kasaï Occidental, le trio «Kadima» décida d’ajouter au nom déjà existant de Bakuba celui d’Empire. L’Empire Bakuba venait ainsi de naître, cette fois-ci dans le domaine musical, prêt à occuper les meilleures places de différents hit-parades tant nationaux qu’internationaux durant plus de vingt-cinq ans.

            Le trio «Kadima» (Kabasele Yampanya, Matolu Dode, Dilu Dilumona) organisa son premier concert le 7 mars 1973 au dancing bar Vis-à-Vis, rond-point Victoire, dans la commune de Kalamu. Devenu une réalité pour les mélomanes, l’Empire Bakuba vola de succès en succès durant sa longue carrière. Le groupe reçut plusieurs récompenses. Le titre de champion d’Afrique et des Caraïbes, décerné à l’Empire Bakuba grâce au succès récolté par l’album «Poum Moun Paka Bougé», consacra l’universalité de la musique de cet orchestre.

Tshieke Bukasa