Papy Masamba : ses tueurs, tous des militaires

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Un coin de voile a été levé le week end passé sur l’affaire de l’assassinat crapuleux du jeune cambiste Papy Masamba « Massaro » de Lingwala. C’est l’unité d’élite du Commissariat provincial de la police ville de Kinshasa, le Groupement de recherche et investigations, qui a réalisé des avancées spectaculaires dans son enquête et qui nous permet aujourd’hui de comprendre ce qui s’est réellement passé, à l’abri des regards, dans la nuit du vendredi 20 mai 2016, vers 19 H.

Ainsi aux questions que tous nous nous posons dans la ville de Kinshasa, à savoir, qui a tué le changeur de monnaies Massamba Papy « Massaro Business », c’était comme chercher une aiguille dans une botte de foin, les limiers de la police ont réussi à identifier le chef de bande de ces braqueurs, en la personne de Ngoy Nkulu Dady, 38 ans, caporal de son état. Celui-là même qui fréquentait régulièrement le cambiste Massaro qu’il appelait affectueusement «  Mon vieux ». Chaque fois qu’il se rendait au coin des avenues Kasongo-Lunda et 24 novembre, où Massamba disposait de sa maison de change, le militaire l’entretenait sur le sport et la musique, avant de solliciter quelque aide. Et Massaro, un homme très généreux, ne manquait pas de le
dépanner qui avec dix ou vingt dollars, ou même avec une liasse de francs congolais.

Des sources crédibles ont fait savoir dans la suite de ces investigations que c’est par ces multiples fréquentations que le futur criminel a été suffisamment renseigné sur les activités de sa future victime, le cambiste, ses mouvements de fonds et quelques fois sur ses bénéfices.

Voilà comment le caporal Ngoy a rêvé, un jour de mai 2016, de monter un coup tordu à « son vieux ». Et pour sa réussite, le braquage nécessitait la présence de quatre hommes qu’il choisira parmi ses amis et ses proches. Dans ce commando, il a intégré le sergent Nkake Kenkalite Alain, 41 ans, un bandit patenté, dont un passé récent renseigne qu’il venait de purger une peine d’emprisonnement de 7 ans à la Prison centrale de Makala, et ce,  pour association des malfaiteurs et vol à main armée.  Trois autres hommes en uniforme feront partie de
cette bande.

Le jour des faits, le 20 mai 2016, tous joints au téléphone depuis le matin par le caporal Ngoy Dady, les quatre membres du fameux commando ont tous répondu présents au rendez-vous leur fixé à 17 heures à Lingwala, dans une terrasse.

C’est là qu’il y aura briefing et répartition des tâches lors du braquage. Juste le temps de prendre un verre de bière, les criminels se sont rassurés que la cible était dans le quartier et que tout allait se passer comme prévu. Vers 19 heures, le cambiste avec un sac plein d’argent quitte son domicile et se rend à sa maison de changes.
A la vue de la rue Kasongo-Lunda quelque peu déserte, le commando entre en action.

– Hé, cambiste, arrête-toi !
– Que me voulez-vous ?
– Remets-nous le sac !
– Ca, jamais, vous m’entendez !

Débute alors une dispute acharnée. Accroché fermement à son colis, le cambiste va opposer une résistance farouche aux braqueurs. Un peu en retrait, le caporal Ngoy Dady sent que les choses risquent de traîner en longueur et faire capoter le coup. Il décide de prendre la direction des opérations et s’approche de deux protagonistes en pleine bousculade. Immédiatement, le cambiste le reconnait et l’apostrophe sur un ton de déception.

– Même toi Dady, mon petit, tu ne me défends pas ?

Sans sourciller, Ngoy Nkulu va tirer un premier coup de balle sur l’épaule de son vieux. Blessé, ce dernier lâche prise. Mais conscient qu’ils seront dévoilés, le chef de bande avec un courage de brigand, pointe de nouveau son arme sur la victime et ouvre le feu. Deux balles tirées dans la poitrine, Masamba va lutter en quelques minutes entre la vie et la mort. Une forte hémorragie l’a finalement emporté, quelques temps après. Et ce fut la débandade pour les malfaiteurs.

Dans cette précipitation, ils ont abandonné sur le lieu, pour le bonheur des limiers du GRI, une carte du sergent Amoni Kyomba, un membre de la bande, deux téléphones, une arme Aka et une carte bancaire appartenant au sergent Amoni, ainsi qu’une liste des numéros de téléphone.

De fil en aiguille, les enquêteurs du GRI ont retrouvé le chef de bande, le caporal Ngoy Nkulu Dady, avant d’appréhender Nkake Kenkalite Alain. A partir de l’interrogatoire de deux criminels, la vraie version des faits est tissée. Les investigations se poursuivent pour pouvoir mettre hors d’état de nuire les autres membres de la bande encore en cavale.

Affaire à suivre !

J.R.T.