Paola Balangoy : « la puériculture est le soubassement de la jeunesse

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Creche-pomvanilleDéjà à partir de l’âge de neuf mois, certains parents recourent à des garderies où ils confient leurs enfants à des éducatrices maternelles appelées puéricultrices, un métier peu connu du public congolais. L’une d’entre elles est Paola Balangoy, que nous avons rencontrée à l’école « les Saphirs » située sur le boulevard du 30 juin dans la commune de la Gombe. 

Le Phare : Vous exercez un métier peu connu du public congolais. Que faites-vous exactement dans ce travail de puéricultrice ?  

Paola Balangoy : Notre travail consiste en l’encadrement de petits enfants, le plus souvent dans les crèches, dont l’âge varie entre 9 mois et 2 ans, dans le but de leur permettre d’avoir un esprit ouvert, malgré leur jeune âge et faciliter leur épanouissement dans la société. Nous leur apprenons à se familiariser et à connaître les éléments qui composent leur environnement quotidien, à travers les activités exploratrices (par exemple la découverte de la nature), sensorielles (en se basant sur les 5 organes de sens), mathématiques (comptage), etc. Même si à ce stade l’enfant ne parle pas correctement, il arrive quand même à mimer ou à imiter la façon de parler de sa maitresse, ou encore à distinguer les couleurs, etc.

Encadrer les petits enfants n’est certainement pas chose facile. Dans ce cas quelles sont les qualités d’une bonne puéricultrice ? 

Puisque nous recevons diverses catégories d’enfants, une puéricultrice doit exercer son métier avec beaucoup d’amour. Chaque enfant nous arrive avec un comportement propre à lui. Certains sont capricieux, insolents, mal éduqués, ne veulent pas participer aux cours, bref, difficiles à supporter. C’est à l’enseignant de changer cela, de peur qu’il ne contamine les autres. C’est ainsi que si vous n’êtes pas appelé dans ce métier et que vous ne l’exercez pas avec amour, vous allez facilement lâcher prise. Une puéricultrice doit également avoir une bonne diction, sinon les enfants vont mal parler parce qu’ils imitent ce que dit leur maîtresse. Même à la maison quand l’enfant refuse de faire quelque chose, il suffit de lui dire que c’est de la part de sa maîtresse, il va directement obéir.  Elle doit se dire que ce ne sont pas les enfants des autres mais ses enfants à elle.

Rencontrez-vous  des difficultés dans l’exercice de votre métier ? Lesquelles ?

Les difficultés que nous rencontrons sont les plus souvent liées aux comportements et aux tempéraments des enfants. Nous sommes à tout prix obligés de toujours trouver une solution pour remédier à ces genres de situations. Certains petits sont assez têtus et ne collaborent pas. D’autres ne s’expriment pas et refusent de participer aux leçons et aux jeux avec leurs camarades. Il y a même de ceux là qui ne vous aiment pas et d’autres par contre, tiennent à être choyés et gâtés par leur maîtresse comme le font leurs parents à la maison ou en famille. Plus grave encore, on reçoit aussi des enfants qui affichent déjà à cet âge un manque d’amour. Et généralement ils se montrent les plus dangereux. Vous comprenez qu’au regard de toutes ces difficultés, il n’est pas très facile de maîtriser la psychologie d’un enfant.

C’est ainsi que pour arriver à maîtriser et à modeler leurs habitudes, nous recourons à des techniques concrètes en les emmenant petit à petit à aimer leur milieu d’apprentissage et à y trouver un intérêt. Nous nous rabaissons alors à leur niveau pour faire passer le message. Par exemple, lorsqu’un enfant s’asseoie par terre et qu’il refuse de se lever si vous le lui demandez, pour le convaincre de se mettre débout, vous devez vous aussi vous asseoir par terre comme lui afin de le persuader de vous obéir. Et s’il joue avec son sac, vous faites également la même chose. C’est comme ça qu’il comprendra que vous êtes son ami et qu’il ne doit pas avoir peur de vous, ni de ses camarades puisque  vous êtes sa deuxième famille.

Quelle est l’importance de votre métier dans la société ?

Le métier de puéricultrice ou d’éducatrice maternelle est d’une grande importance pour la société. Il est facile de sentir la différence entre un enfant qui a fait la crèche ou l’école maternelle et celui qui ne l’a pas fait. Vous pouvez constater qu’un enfant qui a fait la maternelle matrise tôt et mieux certaines choses telles que les couleurs, le comptage, le chant, la prononciation des mots  ou la manière de tenir le crayon, par rapport à celui qui n’a pas côtoyé la pré-maternelle ou la maternelle. Ceux de la première catégorie ont une longueur d’avance sur les autres. La formation au niveau  maternel les suit toute leur vie.

Nous avons par exemple, des activités de comportement où on apprend aux enfants comment être à la maison avec les parents, avec les grandes personnes et comment vivre en société dès le bas âge. Certains d’entre eux font même des remarques aux adultes sur ce qu’il faut dire et ce qu’il ne faut pas.  Nous leur enseignons également le comportement à adopter vis-à-vis les plantes et des animaux. Choses que certains parents n’ont pas le temps de faire avec leurs enfants. C’est ainsi que vous allez remarquer que l’enfant qui ne fait pas la crèche ou la maternelle, coupe les fleurs, les arrache, déchire ses habits parce qu’on ne lui apprend pas la bonne attitude à adopter.

Certains élèves n’ont pas fait la maternelle mais s’en sortent bien. Est-ce indispensable pour les enfants de passer par cette étape?

A mon avis, ces élèves ont toujours certaines lacunes. Vous pouvez tenter l’expérience avec votre enfant et vous verrez que son enseignant de première année primaire va vite remarquer que son élève n’est pas passé par l’étape précédente à partir de son attitude (difficultés de s’associer aux autres, de s’adapter…). A moins que vous ayez fait le « home schooling » (école des mamans ou des enfants à la maison).

Etes-vous satisfait de votre travail et de son traitement ?

Je suis fière de mon travail puisque je le fais de tout cœur, c’est une vocation pour moi. Mais le traitement qui en résulte, après avoir tant donné, n’est toujours pas satisfaisant. Dans le temps, l’éducation avait une valeur toute autre, et les éducateurs étaient respectés et considérés comme des pasteurs. Mais actuellement, ce n’est plus le cas puisque la plupart des parents pensent que nous sommes tout simplement des nounous qui gardent leurs enfants. Nous avons l’impression que les gens ont tendance à sous-estimer ce métier car ils ne lui accordent pas l’attention et l’intérêt requis. Malgré les ingratitudes du métier, on s’accroche car c’est vraiment merveilleux de voir le bagage important avec lequel un enfant quitte nos mains pour embrasser la seconde étape de sa vie, après qu’il soit venu presque ignorant de tout. Ceci prouve à suffisance qu’il est nécessaire de penser à nous en nous réservant un traitement plus décent et plus significatif comme c’est le cas sous d’autres cieux. Car nous sommes le soubassement de la jeunesse.

Perside DIWAKU et

Myriam IRAGI

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