PALU-MP : une alliance troublante pour les Lumumbistes

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Des participants au séminaire d’échanges entre communicateurs de la majorité présidentielle, tenu 5 au 7/9/2011 à Kinshasa. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

30 septembre 2006 – 30 septembre 2017, l’alliance PALU-MP (AMP), signée avec pompe entre les deux tours de la présidentielle 2006 à l’ex-Grand Hôtel Kinshasa, va totaliser 11 ans jour pour jour. Battant de l’aile depuis plusieurs mois ou quelques années – surtout que
l’arrangement trouvé en 2011 pour la suite du partenariat, contrairement en 2006 où le poste de Premier ministre était réservé au PALU, n’a jamais été rendu public – cette alliance a connu un couac majeur le 28 août. L’ultimatum de trois jours lancé à la MP et la sommant de « réparer l’aventure du Kwilu » à la suite de la défaite de son candidat Floribert Luboto à l’élection des Gouverneurs dans cette province est la goutte d’eau qui a fait déverser le vase.

En attendant l’évaluation de ladite alliance, somme toute désuète et qui aura été compromettante pour le patriarche Antoine Gizenga, les deux alliés ne semblent plus émettre sur la même longueur d’ondes. La MP est préoccupée par un éventuel 3ème mandat du Président Joseph Kabila pour lequel elle multiplie, contrairement à la Constitution, des artifices politiques et juridiques, voire diplomatiques, tandis que le PALU, dont l’élite dirigeante est coupée de plus en plus de la base, est inquiet de son avenir sur l’échiquier politique tant national qu’au niveau du Bandundu, son fief naturel.

« En date du 1er septembre 2017, le chef de l’Etat a répondu
favorablement à la lettre faisant office de l’ultimatum de 3 jours que
le Secrétaire général chef du Parti lui avait adressée. Il a accepté
l’évaluation de l’Alliance avec le PALU en vue de sa révision. Par cet
acte, il y a lieu d’espérer à la construction de la Gauche Congolaise
dans un avenir proche ». Ce bref communiqué signé le jour même par
Gizenga Lugi, Secrétaire permanent du PALU, fait suite à l’ultimatum
de trois jours lancé le dimanche 28 août par ce parti, au travers de
son Secrétaire général et chef du parti, Antoine Gizenga, à la MP, la
menaçant de « réparer l’aventure de Kwilu » au lendemain de la défaite
inattendue, au premier tour, de son candidat Floribert Luboto à
l’élection des gouverneurs dans cette province. Et le chef du PALU de
mettre la MP en demeure : « Si la réponse n’est pas positive,
l’alliance serait remise en cause car elle ne répond plus à l’objectif
que nous nous sommes fixés depuis 2006, qui était de sauvegarder les
acquis de la démocratie par la consolidation de la gauche congolaise
pour la conquête du pouvoir par les socialistes et les lumumbistes ».
Cette menace de l’ancien Premier ministre reflète dans le chef de
celui-ci le niveau de colère mêlée de frustration pour avoir été
floué. Avec raison bien entendu. La veille du scrutin, soit le
vendredi 25 août, il a reçu en tête-à-tête le Président Joseph Kabila
à sa résidence de Mont-Fleury. À l’issue de cet entretien (Jeune
Afrique du 28/09/2017), il a été confié à une assistante de Gizenga
que «Le Kwilu était dans la poche ».
En effet, un rapport venant de Bandundu, capitale de la province,
indiquait que sur les 35 députés siégeant à l’Assemblée provinciale
dont dix-huit du PPRD, vingt-cinq s’étaient engagés à voter en faveur
du ticket Floribert Luboto – Nicolas Bulukungu. Mais, la vérité des
urnes a déjoué tous les pronostics. C’est un véritable séisme dans le
camp du PALU : son candidat est devancé par Michel Palabala, réputé
indépendant. Et le PALU s’estime floué et accuse la MP, singulièrement
son Secrétaire général, Aubin Minaku, d’avoir été à la base de cette
débâcle.
A dire vrai, l’alliance PALU-MP est on ne peut plus désuète. Le PALU
paie-là ce partenariat contre nature qui l’a lié à la famille
politique de Joseph Kabila depuis septembre 2006. Déjà, le Bandundu
l’avait sanctionné aux provinciales couplées au 2ème tour de la
présidentielle en octobre 2006 en lui octroyant 8 députés provinciaux
sur 77 sièges (10 %), alors que 3 mois plus tôt, la même population
lui avait accordé, sous la bannière de l’opposition à Joseph Kabila,
27 députés nationaux sur 57 sièges (44 %). Ce fut une alerte dont
l’élite dirigeante du parti n’a pas tenu compte.

Un accord désuet

Au 1er tour de la présidentielle de 2006, Joseph Kabila réalise 7 590
485 voix  (44,81 %) sur 16 937 534 suffrages exprimés contre 3 392 592
voix (20,03 %) à Jean Pierre Bemba.  Il est contraint au 2ème tour.
Faisant le maximum de ses suffrages à l’Est, soit 6 734 943 suffrages
– ce qui représente 88,7 % du total de ses suffrages gagnés sur
l’ensemble du territoire national – le Président de la République
sortant, avec 505 387 suffrages à l’Ouest contre 2 788 572 pour Jean
Pierre Bemba (222 671 voix à l’Est), se doit d’aller à l’assaut de
l’Ouest, voire le Centre (Kasai), pour garantir sa victoire au 2ème
tour. Et surtout pour se prévaloir d’une assise nationale. Porté à
bouts de bras par l’AMP, Joseph Kabila – tout en se consolidant à
l’Est qui lui est acquis entièrement en s’assurant le soutien de Mbusa
Nyamwisi et celui, au forceps, de Pierre Pay Pay – s’emploie à passer
un pont entre l’Est et l’Ouest. Dans cette perspective, Antoine
Gizenga s’impose comme le passage indiqué. Au regard, bien entendu, de
son poids traduit par ses suffrages dans le Bandundu et à Kinshasa.
Troisième sur le plan national avec 2 211 280 suffrages (13,06 %), il
est 2ème à l’Ouest avec un total de 2 013 203 suffrages, dont 445 364
suffrages dans la capitale et 1 564 814 suffrages dans le Bandundu,
contre 2 788 572 pour le chairman du MLC. Aussi le leader du PALU
pourrait-il aider à consolider la posture du Président de la
République sortant au Centre dans les zones transfrontalières entre le
Bandundu et le Kasaï-Occidental où il compte 126 317 voix.
Autre leader en ligne de mire de Joseph Kabila à l’Ouest, c’est celui
de l’UDEMO, François-Joseph Nzanga Mobutu. Quatrième sur le plan
national avec 808 397 suffrages (4,77 %), il est 3ème à l’Ouest avec
654 689 voix, dont 622 783 acquises essentiellement dans la province
de l’Equateur. Son apport constituerait une porte d’entrée du candidat
de l’AMP dans cette province qui lui est réputée hostile depuis la
chute du maréchal Mobutu, sous la poussée des troupes de l’AFDL
pilotées par son défunt père à qui il a succédé. Dans cette dernière,
Joseph Kabila recueille 37 867 voix au 1er tour.
Des tractations sur fond de garanties diverses débouchent sur des
alliances, sanctionnées par deux protocoles d’accord distincts. Le
premier, liant l’AMP au PALU est signé le 30 septembre 2006 au Grand
Hôtel Kinshasa. Il porte sur la constitution d’une coalition en vue de
la formation de la majorité parlementaire, l’engagement du PALU à
instruire ses militants et sympathisants et à mobiliser tous les
électeurs pour le vote en faveur du candidat Joseph Kabila Kabange au
second tour de l’élection présidentielle et la formation du
gouvernement de coalition dirigé par un Premier ministre issu du PALU.
Par ailleurs, Antoine Gizenga obtient, début octobre avant le 2ème
tour, 400 000 USD de «dommages et intérêts» pour les pillages de ses
biens subis sous la Transition de Mobutu et lors de l’arrivée de
l’AFDL en 1997 (OMASOMBO, J., et KENNES, E., art. cit., in ELIKIA
MBOKOLO, 2010). Il n’y eut cependant aucune expertise ni jugements
officiels, surtout, aucune indemnité versée aux familles des militants
du PALU tués, alors qu’ils étaient venus à son secours.
Le deuxième protocole consacre les justes noces entre l’AMP et
l’UDEMO. Il est signé le 17 octobre 2006 au Grand Hôtel Kinshasa dans
les mêmes termes que le premier. Le poste de Premier ministre revenant
au PALU en cas de victoire de Joseph Kabila, l’UDEMO se verra confier
une place de préséance au Gouvernement.
Le 2ème tour a lieu le 29 octobre 2006. La CENI publie les résultats
provisoires le 15 novembre. Joseph Kabila est proclamé vainqueur avec
9 436 779 voix (58,05 %) contre 6 819 822 suffrages (41,95 %) pour son
challenger, sur un total de 16 256 601 suffrages exprimés. Le 27
novembre, la CSJ confirme ces résultats après avoir déclaré non fondés
les moyens présentés par Jean-Pierre Bemba dans son recours en
annulation des résultats provisoires. Et le 06 décembre 2006, Joseph
Kabila prête serment en comme premier Président élu de la IIIème
République.
Chose dite chose faite. Antoine Gizenga est nommé Premier ministre le
30 décembre 2006. Après plusieurs tractations, le Gouvernement est mis
en place le 05 février 2007. François Joseph Nzanga Mobutu s’en tire
avec le poste de Ministre d’Etat et Ministre de l’Agriculture. Leurs
partisans font aussi leur entrée au Gouvernement. On les retrouve
également dans la territoriale, les entreprises publiques, voire au
sommet de l’administration. Après deux ans d’exercice, le PALU Adolphe
Muzito succède au chef de son parti, visiblement fatigué par le poids
de l’âge et dont la prestation n’a pas été à la hauteur des attentes
et de son mythe.
Après la législature 2006-2011, l’alliance PALU-MP devait, en
principe, cesser d’opérer ou être renouvelée. En effet, l’objectif
était de confier la primature au PALU en cas de victoire de Joseph
Kabila au 2ème tour en 2006 – ce qui a été fait – et non de
sauvegarder les acquis de la démocratie par la consolidation de la
gauche congolaise pour la conquête du pouvoir par les socialistes et
les lumumbistes. L’arrangement trouvé en 2011 pour la suite du
partenariat n’a jamais été rendu public. L’on ne sait sur quelles
bases repose-t-il. C’aura été un secret. Même alors, quels sont les
acquis convenus entre le PALU et la MP pour la sauvegarde de la
démocratie par la consolidation de la gauche congolaise pour la
conquête du pouvoir par les socialistes et les lumumbistes ? Par
ailleurs, de quel bilan peuvent se prévaloir le PALU et la MP après 10
ans de cohabitation pour susciter une fois de plus l’adhésion du
peuple à leur projet de société, lequel peuple aspire à l’alternance
sur le plan politique ?
A tout le moins, ladite alliance est dépassée. Et le PALU paraît
même, ainsi que nous allons le voir, un allié encombrant pour la MP.

La vague Gizenza n’avait pas déferlé sur Kabila en 2006

En vue de passer le pont entre l’Est et l’Ouest, l’AMP (MP) avait
misé sur le report des suffrages réalisés par le leader du PALU aussi
bien à Kinshasa que dans le Bandundu, ainsi que ceux récoltés par
celui de l’UDEMO à l’Equateur sur son candidat, à savoir Joseph
Kabila. En réalité, ce report n’a pas été automatique tant sur le plan
de suffrages que celui des circonscriptions électorales. Le ralliement
des précités au Président sortant a eu un impact limité.
A l’issue du 2ème tour, en effet, Joseph Kabila a vu son score
s’améliorer dans le Bandundu avec 571 840 suffrages contre 51 642 au
1er tour. Ses points ont sans doute décuplé, mais ils représentent
cependant le tiers des voix du leader du PALU au 1er tour dans cette
province (1 564 814 voix). Sur 16 circonscriptions remportées par
celui-ci au 1er tour, cinq seulement tombent dans la corbeille de son
allié au second tour. Celui-ci en gagne au total six sur les 20 que
compte la province en ajoutant une, Yumbi, qu’il avait gagnée au 1er
tour. A l’inverse, son challenger Jean Pierre Bemba passe de 188 164 à
877 560 voix, soit 689 396 voix de plus et l’emporte dans 14
circonscriptions. A Kinshasa également, la moisson semble modeste pour
le candidat de l’AMP. Il passe de 298 368 à 528 045 voix. Avec 229 677
de plus – ce qui représente la moitié de voix obtenues par Antoine
Gizenga au 1er tour, il réalise quasiment le double de ses voix par
rapport au 1er tour. Il ne gagne, par contre, aucune circonscription
électorale dans la capitale ; toutes les quatre, y compris Tshangu
gagnée par son allié au 1er tour, sont raflées par Jean Pierre Bemba.
Celui-ci obtient 1 122 231 voix contre 993 770 au 1er tour, soit 126
461 voix de plus. Le leader du MLC ne progresse pas non plus de façon
remarquable dans la capitale, même s’il réalise le double de voix de
son adversaire, confirmant ainsi l’ancrage de Kinshasa à l’opposition.
Le recul du taux moyen de participation par rapport au 1er tour
explique-t-il à lui seul cette posture ? Difficile à dire.
La situation est pire à l’Equateur pour Joseph Kabila. La
quasi-totalité des voix sont empochées par Jean Pierre Bemba, soit 2
372 326 voix (97,2 %). Sur 2 441 889 suffrages exprimés, en effet, le
Président de la République sortant ne recueille que 69 563 voix contre
37 274 voix au 1er tour. Soit un report de 32 489 voix contre 622 783
gagnées par François-Joseph Nzanga Mobutu au 1er tour dans cette
province. Soit 77,2 % de ses voix recueillies sur toute la République.
Point de doute, la vague Gizenga n’a pas déferlé sur Joseph Kabila à
Kinshasa et dans le Bandundu. Pour cause, les électeurs semblent avoir
été perplexes face au revirement de leurs leaders, cela après une rude
campagne du premier tour stigmatisant le Président Kabila. Les moyens
financiers ont également fait défaut pour le second tour : Gizenga
n’aurait pas eu les fonds promis pour battre campagne (Idem). Et Léon
de Saint Moulin de souligner que la population a fait preuve de
maturité plus que les politiciens.
Bob Kabamba, Geoffroy Matagne et Pierre Verjans arrivent à la même
conclusion en auscultant les résultats du 2ème tour de l’élection
présidentielle et ceux des provinciales, organisées le même jour. Ils
soulignent que les « partis provinciaux » dont les leaders ont apporté
leur soutien à Joseph Kabila ont plutôt reculé. Le PALU obtient 8
sièges sur les 77 en jeu dans le Bandundu, soit seulement 10 %, 44 %
des sièges obtenus dans la même province pour la députation nationale.
De la même façon, l’UDEMO récolte 3 sièges sur 100 dans l’Équateur en
octobre, tandis qu’il avait obtenu 14 % des sièges dans la province en
juillet pour l’Assemblée  nationale (KABAMBA, B., MATAGNE, G., &
VERJANS, P, mars 2015).

En 2011, Joseph Kabila manœuvre avec la Constitution et change le
mode de scrutin de la présidentielle qui passe des deux tours en 2006
à un seul tour. Foulant ainsi aux pieds la majorité absolue préconisée
par la Constitution afin de consolider la légitimité du Président de
la République. Cette trouvaille était une nécessité pour sa
réélection. Dans la mesure où le front Est, qui avait contribué
énormément à sa victoire en 2006, était désormais lézardé avec la
désaffection des provinces des Nord et Sud-Kivu à sa cause. A la base,
notamment,  l’entrée en lice d’un de ses anciens bras droits, en
l’occurrence Vital Kamerhe. Et dans une certaine mesure l’entrée en
dissidence de Mbusa Nyamwuisi.
Au terme d’une campagne électorale sur fond de violences et qui s’est
terminée dans le sang, particulièrement à Kinshasa, l’élection
présidentielle, couplée aux législatives nationales, s’est tenue le 28
novembre. Joseph Kabila est proclamé vainqueur le 09 décembre par la
CENI. Il réalise 8 880 944 voix (48,95 %) sur 18 143 104 suffrages
exprimés  pour un total de 32 024 640 électeurs inscrits. Il est
talonné par E. Tshisekedi avec 5 864 775 voix (32,33 %). Vital Kamerhe
et Léon Kengo wa Dondo se classent troisième  et quatrième avec
respectivement 1 403 372 voix (7,7 %) et 898 362 voix (4,95%).
Ces résultats provisoires sont  confirmés par la CSJ dans son arrêt
RE 007 rendu en date du 16 décembre 2011. Et quatre jours après, soit
le 20 décembre, Joseph Kabila prête serment à la Cité de l’UA.
Par rapport à 2006, Joseph Kabila recule de 10 %, alors que le nombre
d’électeurs avait augmenté, passant de 25 420 199 à 32.024.640.
Contrairement aussi à 2006, le nombre des provinces qui le portent en
triomphe décroit de 5 (Katanga, Province Orientale, Nord-Kivu,
Sud-Kivu) à 3 (Katanga, Province Orientale et Bandundu) ; le Maniema
n’étant pas important démographiquement. Il réalise dans le Katanga,
la Province Orientale, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu 2 823 234 voix (90
%), 1 279 912 (62,3 %), 712 317 suffrages (38,8 %), 599 825 (44,74 %)
contre respectivement 2 424 975 voix (93,8%), 1 574 552 voix (76 %), 1
888 975 voix (96 %),1 340 854 voix (98 %) au 2ème tour en 2006. Vital
Kamerhe le tire vers le bas dans le Kivu en réalisant 423 376 (23,20
%) au Nord-Kivu et 558 564 (41,67 %) au Sud-Kivu. Etienne Tshisekedi
n’est pas non plus en marge. Il obtient respectivement 394 350
suffrages (21,20 %) et 132 826 suffrages (9,91 %) dans les Nord et
Sud-Kivu. Les percées de Vital Kamerhe et d’Etienne Tshisekedi sont
une indication, à n’en point douter, que le Kivu cesse d’être le
bastion de Joseph Kabila.
En revanche, Joseph Kabila met le Bandundu dans son escarcelle et y
gagne avec panache. Il y décroche 1 419 619 (73,4 %) sur 1 934 198
suffrages valables, presque l’équivalent du score réalisé par Antoine
Gizenga au 1er tour en 2006. Mais, Léon de Saint Moulin émet des
doutes sur lesdits résultats. Dans la mesure où la seule alliance
MP-PALU ne suffit pas pour mobiliser tout le Bandundu au profit du
Président de la République sortant. L’analyse croisée des résultats
des législatives nationales et de la présidentielle – élections du
reste couplées – semble expliquer la préoccupation du Jésuite. Il
résulte un paradoxe dans le chef des militants et sympathisants du
PALU : ceux-ci se sont mobilisés pour voter massivement pour Joseph
Kabila comme candidat Président de la République et, à la fois, priver
leur parti de plus de sièges à l’Assemblée nationale afin de ne pas
peser dans la future coalition parlementaire. Les observateurs de
l’Union européenne abondent dans le même sens. Ils soulignent que
cette progression s’est faite dans un contexte où le PALU, qui
participe au Gouvernement depuis 5 ans, apparaissait traversé par de
graves divisions entre des cadres ayant largement profité de leur
proximité avec le pouvoir et des militants déçus par le maigre bilan
des Premiers ministres du PALU. Et d’ajouter : «Les scores réalisés
par le Président sortant atteignent des sommets dans une province où
les cadres du régime ont le plus souvent fait leur campagne
législative en évitant d’apparaître sous la bannière du PPRD »
(Rapport de la MOEU 2011». Non sans compter que le candidat Joseph
Kabila y a mené une campagne électorale discrète, plutôt morne. Et de
soutenir, en comparant les scores réalisés par Joseph Kabila en 2006
et en 2011, que «Le Président sortant réalise des progressions
fulgurantes que l’analyse politique rationnelle a quelque mal à
expliquer»(Idem).

Une alliance compromettante pour le PALU

En dehors des gains matériels en faveur de certains cadres qui ont
profité de leur proximité avec le pouvoir, le PALU n’a pas engrangé
des dividendes politiques pour se consolider sur l’échiquier politique
national. Bien au contraire, il a entamé une liquéfaction qui rend de
plus en plus lâche le lien entre la base et l’élite dirigeante au
point de se voir privé davantage des suffrages.
Le PALU a payé un prix fort dans son bastion de Bandundu aux
provinciales couplées au 2ème tour de la présidentielle en 2006, en y
obtenant 8 députés sur 77 sièges (10 %) alors qu’il y avait réalisé un
exploit sous la bannière de l’opposition aux législatives nationales
couplées au 1er tour de la présidentielle.
En effet, sur 500 sièges de l’Assemblée nationale en 2006, le PALU
gagne au total 34 sièges, dont 27 dans le Bandundu sur les 57 sièges
de la province. Il est ainsi la troisième force politique du pays
après le PPRD (111 députés) et le MLC (64 députés). Les législatives
nationales étant plus laborieuses que les provinciales au vu de
l’étendue des circonscriptions électorales et du quotient électoral
entre ces deux scrutins, rien d’autre ne peut expliquer la déroute du
PALU aux provinciales que la désaffection des militants dans son
bastion naturel. Pour s’en convaincre, le parti continue sur la courbe
déclinatoire en 2011 : il obtient 19 sièges sur toute la République,
dont 11 dans le Bandundu sur 55 sièges que compte la province, alors
que le Gouvernement central était sous sa direction pendant près de 5
ans, avec tour à tour Antoine Gizenga et Adolphe Muzito comme Premier
ministre. Par contre, et c’est le paradoxe, Joseph Kabila s’est vu
gratifier de 1 419 619 suffrages. Comme pour dire, Le PALU s’est
sacrifié au profit du Président de la République !
De 34 à 19 sièges sur le plan national et de 27 sièges à 11 sur le
plan provincial, le PALU connait une érosion en termes de sièges entre
2006 et 2011 : soit respectivement 44 % sur le plan national et 60 %
sur le plan provincial. Ce recul est révélateur d’une déclinaison du
PALU sur l’échiquier politique aussi bien national que provincial qui
le relègue au cours de la législature 2011-2016 à la 6ème place dans
la hiérarchie des forces politiques du pays. Ceci derrière le PPRD
avec 62 députés, l’UDPS avec 41 députés, le PPPD avec 29 députés, le
MSR avec 27 députés et le MLC avec 22 députés.
Pour mémoire, le PPPD, avec comme leader le Prof. Ngoma Binda,
disparu depuis lors sur la scène politique nationale et désormais
ministre dans le gouvernement provincial au Kongo Central, est un des
multiples partis obscurs créés à la pelle à la veille de l’élection
par Adolphe Lumanu, alors Vice-Premier ministre et ministre de
l’Intérieur. La stratégie était simple pour  le PPRD et la MP : avec
un bilan pour le moins scabreux, certains dignitaires désertent la
famille politique de Joseph Kabila pour recouvrer la virginité
politique afin d’avoir la chance de se faire élire, la proportionnelle
aidant.
Et le comble : le PALU assume ce bilan on ne peut plus catastrophique
sur les deux mandats de Joseph Kabila. Il n’a jamais porté une
critique sur l’absence de la justice distributive, la violation grave
de la Constitution avec notamment des arrêts controversés de la Cour
constitutionnelle et des droits de l’homme, la corruption, la
prédation, la paupérisation à outrance de la population,
l’instrumentalisation de la police, de l’armée, de la justice et de
l’administration publique, etc. Pis encore, comme c’est le cas
présentement, le PALU n’a jamais soutenu la masse travailleuse dans
ses revendications sociales avec les preuves qui pullulent. Tout comme
il n’a pipé mot sur le glissement du mandat présidentiel. Somme toute,
des antivaleurs contre lesquelles Patrice-Emery Lumumba s’est battu.
De quelles valeurs alors se prévaut le parti d’Antoine Gizenga et au
nom desquelles il prétend construire la gauche congolaise ? Il s’est
révélé fossoyeur des valeurs lumumbistes, plutôt que leur gardien.
A la limite, le PALU paraît ne plus avoir d’ambition comme parti
politique. Il a perdu non seulement de sa superbe, mais aussi toute
liberté de pensée. C’est un parti en extinction et à la traîne du
PPRD. Il doit son existence désormais à la seule volonté du Président
Kabila. La récente élection des gouverneurs dans la province du Kwilu
en est une illustration.
Avec un parti qui n’existe, vraisemblablement, que de nom et, dans
une certaine mesure, du « mythe » de son leader, le PALU devient un
allié encombrant pour la MP. Localisé à Kinshasa où il recule, dans
une partie de l’ancien Bandundu, le Kwilu, et dans la bande
transfrontalière entre le Kwilu et l’actuelle province du Kasai, ainsi
que le traduisent les résultats de son chef en 2006 dont 96,6 % de
suffrages  proviennent des contrées précitées, le PALU n’est plus ce
cheval que rêve d’enfourcher la MP pour la poursuite de son aventure.
Par Moïse Musangana
(Correspondance
particulière)

1 COMMENT

  1. bonjour mes amis juste pour vs dire,d'être les amis de Dieu quand vs faites ce qu'il dit. Blandine Cibwabwa Désire Fille Bénie Jeannette Ngalula Gand Chef Kamuina Nsapu Edmond Inge Kasonga Anny Misumba Mukadi Alain Ray Muamba Sophiane Nzoloshi Richa Kalala Tâyzôñê Biduaya Lala Nontsikelelo Motshidisi Cia Manotsi Park Jimin Celine Kanumanyi La Joie Jollianho Ntumba

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