Ouverture d’une enquête en Belgique : Lumumba, crime de guerre ?

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L’assassinat du tout premier chef du gouvernement congolais, Patrice Emery Lumumba, pourrait bientôt intégrer le registre des crimes de guerre. C’est là en tout cas l’avis de la Chambre des mises en accusation de Bruxelles, qui s’est prononcée mardi sur la plainte déposée au Parquet fédéral de Belgique par les enfants de l’illustre victime, avec constitution de partie civile, contre une douzaine d’auteurs et co-auteurs du crime encore vivants en territoire belge. On compte, dans le lot, des fonctionnaires, des personnalités politiques et des policiers.

Selon la Chambre des mises en accusation de Bruxelles, l’élimination physique de Patrice Emery Lumumba était intervenue en janvier 1961, dans un Etat (Congo) confronté à un conflit armé (sécessions katangaise et sud-kasaïenne contre le pouvoir central installé à Léopoldville).

Le Parquet fédéral de Belgique a décidé de se saisir du dossier et pourrait ouvrir incessamment une enquête en s’appuyant sur la « Loi de la compétence universelle de 1993, laquelle reconnaît à la justice belge le droit d’engager des poursuites judiciaires contre les auteurs des crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou crimes de génocide commis hors du territoire. Cette démarche doit toutefois répondre à une autre conditionnalité : les prévenus ou les plaignants doivent avoir un lien avec la Belgique.

Dans le cas sous examen, les plaignants (héritiers de Lumumba) et les prévenus (fonctionnaires, policiers et politiciens belges) ont effectivement des attaches avec le Royaume de Belgique.

Dans l’immédiat, des noms des suspects belges encore en vie sont cités : Jacques Brassine (diplomate belge au Katanga en 1961), Etienne Davignono (jeune diplomate dans les années ’60), Charles Huyghe (chef de cabinet du ministre de la Défense de l’Etat sécessionniste du Katanga).

Côté congolais, les deux suspects survivants les plus connus sont Justin-Marie Bomboko (ministre des Affaires Etrangères du gouvernement congolais) et Jonas Mukamba ( l’un des convoyeurs du « colis » vers le Katanga). Parmi les suspects congolais décédés figurent Joseph-Désiré Mobutu (chef-d’état major de l’armée), Victor Nendaka (chef de la sécurité), Godefroid Munongo (ministre de l’Intérieur de l’Etat du Katanga), Moïse Tshombe (président de l’Etat du Katanga), etc.

De nombreux Congolais, Belges, Américains, Français, Britanniques et autres survivants ayant opéré dans l’ombre pourraient, dans l’hypothèse de la confirmation du caractère imprescriptible de l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, être interpellés par le Parquet fédéral de Belgique. L’on devrait s’attendre à une longue liste de prévenus et témoins capables de jeter un large pan de lumière sur la disparition tragique du héros national congolais. L’histoire va-t-elle finalement rattraper des individus qui se croyaient à jamais hors d’atteinte de la justice ? Dans l’affirmative, il faudrait cesser de croire en l’impunité de certains types de crimes.

Jacques Kimpozo

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