Oui au dialogue, pour consolider les acquis de la décennie 2001-2011

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carte rdcDe plus en plus des voix s’élèvent à raison, ces derniers jours, appelant à la tenue urgente d’un dialogue national ayant pour effet de décrisper le climat politique actuellement tendu en République Démocratique du Congo. Un climat caractérisé par les suspicions mutuelles entre acteurs politiques, la crise de confiance et l’intolérance verbale au sein de la classe politique.
Il y a près de dix ans plus tôt, soit en 2006, le peuple congolais dont le processus démocratique interrompu depuis des décennies avait fini par lasser plus d’un, savourait à juste titre sa joie d’aller aux premières élections libres et transparentes, jamais organisées dans l’histoire. Des élections qui avaient abouti à la mise sur pied des organes législatifs et exécutifs issus de la volonté populaire. La tenue réussie de ces consultations a eu pour effet de redorer le blason terni de la RDC et de mettre un terme à la crise de légitimité des dirigeants politiques.  Puis, en 2011, soucieuse du respect de délais constitutionnels, et voulant à tout prix satisfaire certains fils du pays qui faisaient pression pour la tenue des élections conformément aux mêmes délais, la CENI organisait des élections législatives et présidentielle. Faute de moyens financiers on n’a pas organisé les provinciales et sénatoriales. L’ajournement de ces scrutins a suscité des contestations en plus de contestations du verdict final de 2011. Et ceci n’est pas particulier à la RDC. A ce jour, le débat politique est encore et toujours focalisé sur la tenue des élections dans les délais constitutionnels. Seulement voilà, il se pose un problème réel : le fichier électoral, sans lequel aucune élection sérieuse ne peut être organisée, est dépassé et tout le monde en convient. Sur ce fichier l’on trouve les noms des personnes déjà décédées ; alors que des jeunes ayant accomplis 18 ans et plus, donc des jeunes majeurs n’y figurent point.
Le dialogue, seule clé de dénouement
Aujourd’hui encore, le même décor semble planté pour un prochain épisode de contestations. Le 12 février dernier la CENI publiait un calendrier dit global des élections pour 2015-2016. Un calendrier réclamé à cor et à cri par des partis politiques d’opposition. Après la publication du calendrier les mêmes acteurs revenaient à la charge, exigeant l’enrôlement avant toute élection des jeunes majeurs qui ont atteints 18 ans et plus. Ce qui paraît tout à fait logique, car comment pourrait-on comprendre que des milliers de jeunes citoyens soient exclus des consultations électorales ? A contrario d’autres forces politiques pensaient qu’on pouvait organiser les arriérés  de 2011 sans tenir compte de nouveaux majeurs, et enrôler ces derniers seulement pour la présidentielle et les législatives.
            Bref, on voit bien que la classe politique congolaise ne parvient pas à harmoniser ses vues concernant l’échelonnement des élections à venir. Considérant le retard qu’accuse le calendrier électoral, les propositions on ne peut plus contradictoires et mêmes parallèles des uns et des autres, ainsi que le défi financier (1.145.408.680 dollars de budget électoral global), il va sans dire que le dialogue entre acteurs politiques et forces vives de la nation est la clé de dénouement de l’impasse actuelle. Le dialogue permettra à la classe politique d’avoir un consensus sur l’organisation des élections dans un délai raisonnable, pour prévenir les contestations, préserver la paix et éviter au pays de retomber dans un chaos dont personne ne sera bénéficiaire, excepté les pyromanes et autres cyniques qui espèrent se hisser au pouvoir par le truchement de telles circonstances alors que la nation toute entière a tout à gagner à consolider les acquis engrangés depuis la décennie 2000. Plus précisément depuis 2001, où remontent nombre de réformes engagées aussi bien au plan politique, économique que social. Des réformes que les dignes fils et filles de ce pays se doivent de consolider.
Acquis à consolider
            La réunification du territoire national après plusieurs années de guerre et de règne des roitelets, la promulgation d’une constitution au terme d’un referendum populaire ; la tenue d’élections démocratiques désormais incontournables; la création d’une commission nationale électorale comme institution d’appui à la démocratie, l’institution d’un pouvoir judiciaire indépendant avec ses trois cours sont autant d’acquis politiques à préserver au terme du dialogue qui s’annonce.
            Au plan économique et financier, les acquis se présentent en termes d’amélioration de la production nationale (PIB 11,97 milliards USD en 2005 à 35,88 milliards en 2014) ; de maîtrise de l’inflation avec pour effet l’amélioration du pouvoir d’achat de la population ; la stabilité du taux de change et des prix intérieurs ; de souci de lutte contre la fraude et la corruption traduit par des textes élaborés ; la restauration du système bancaire ; l’annulation de la dette extérieure ; la réhabilitation et création d’infrastructures de base (réaménagement des routes nationales), la bancarisation de la paie des fonctionnaires de l’Etat ; etc.
            Du point de vue social on peut citer la construction, la réhabilitation ainsi que l’équipement des infrastructures scolaires, la réhabilitation des hôpitaux et centres de santé suivi de la création d’une mutuelle de santé pour les enseignants ; l’aménagement des terrains de jeux communaux de proximité ; l’achat de plusieurs bus pour le transport en commun ; l’implantation de l’usine agro-alimentaire de Bukanga Lonzo sont autant d’acquis que tout Congolais épris de justice ne peut que reconnaître et soutenir. Tant que la vision de celui qui préside aux destinées des Congolais est de voir la population accéder aux meilleures conditions de vie.
            Alors, sans plus tarder allons vite au dialogue. Pour évoquer ensemble les difficultés auxquelles le processus électoral est confronté. Pour dégager en communion d’esprit les pistes de solutions. Enfin, pour parvenir à un consensus national susceptible de rétablir un climat de confiance qui rassure toutes les forces vives de la République en amont de cette période préélectorale et, en aval, qui conduise à l’acceptation des résultats par tous.
Fait à Kinshasa, le 30/10/2015.-
 
ALIGBASIA NGONDO EKOMBO
Chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPOST)
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