Ouattara donne «sa leçon» de démocratie à l’Afrique

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L’assistance s’attendait à tout sauf à cette bombe que le chef de l’Etat ivoirien a lancée avant-hier devant les membres du nouveau parti dénommé le Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix ou RHDP. Le lieu, la date et la qualité des membres ne prédisposaient pas à un tel discours surtout en ce moment où tous les
regards sont tournés vers des négociations difficiles entre Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara, qui sont les deux chefs de file des principaux partis politiques qui dirigent la Côte d’Ivoire depuis l’an 2010, à l’issue de la triste fin du régime dirigé par
Laurent Gbagbo, celui-là même qui avait été d’une témérité sans égal
pour affronter feu le président Félix Houphouët-Boigny à l’époque des
partis uniques.

Profitant de cette assemblée générale constitutive du prochain parti
unifié ou RHDP, l’actuel chef de l’Etat a pris son courage entre ses
mains et le taureau par les cornes pour balancer sa bombe. Personne ne
s’attendait à une telle position. Dans la salle, l’on a dénombré les
principales têtes d’affiche de ces deux ou trois partis politiques qui
sont appelées à créer ce nouveau parti que l’on voudrait voir
perpétuer la mémoire de feu Félix Houphouët-Boigny. Alassane Ouattarra
connait toutes ces têtes couronnées dont la majeure partie l’a
fréquenté durant sa présence à la primature sous Félix
Houphouët-Boigny, durant sa traversée du désert et depuis son retour
fracassant à la tête de la République de Côte d’Ivoire en 2010.
Etaient présents et bien visibles dans cette salle tous les ministres
du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire ou le PDCI d’Henri Konan Bédié
ainsi que les présidents des  institutions  issues de cette formation
comme Charles Koffi Diby du Conseil Economique et Social, Jeannot
Ahoussou-Kouadio du Sénat, Théophile Ahoua N’Doli de l’Inspection
Générale d’Etat et Daniel Kablan Ducan, vice-président de la
République.
Au cours d’une allocution très attendue, Alassane Dramane Ouattarra a
déclaré de manière transparente « qu’il n’envisageait pas de briguer
un troisième mandat à la tête de la République. Le RHDP est né de la
vision clairvoyante de chacun d’entre nous, bien plus importante que
nos ambitions personnelles et celles des partis. Cette alliance,
a-t-il souligné, durera, elle vivra. Nous devons y travailler main
dans la main, le président Bédié et moi-même pour transférer le
pouvoir à une nouvelle génération en 2020 ».
Alassane Ouattara a reconnu la main sur le cœur que le monde a changé
avec l’émergence d’une nouvelle classe des dirigeants plus jeunes. Le
Président Emmanuel Macron de France, le Premier Ministre Charles
Michel du Royaume de Belgique affichent 40 ans et celui d’Autriche 31
ans d’âge, s’est exclamé Alassane Ouattarra. «Le dialogue avec le
président Henri Konan Bédié, mon allié depuis 2005 doit se
poursuivre», a-t-il relevé sous les applaudissements nourris de
l’assistance.
Leçon de démocratie et pied de nez à Sassou, Kagame, Biya,
Gnassingbe, Nkurunziza, Museveni, Ali Ben Bongo et d’autres
Il va sans dire que ce discours n’a pas du tout plu aux chefs d’Etat
africains qui ont modifié les constitutions de leurs pays pour
échapper à la limite de leurs mandats ou ceux qui rêvent de trouver
des échappatoires pour se soustraire au principe sacro-saint de
l’alternance à la tête de l’Etat.
On imagine mal Paul Kagame, Yoweri Museveni, Ali Ben Bongo, Denis
Sassou-Nguesso, Paul Biya, Gnasingbe  Eyadema, Nkurunzinza, prononcer
des discours semblables à celui de cet homme hors du commun. Pour non
seulement prendre la décision de ne plus briguer un troisième mandat,
mais mieux se positionner comme futur président du nouveau parti en
gestation aux côtés d’anciens chefs d’Etat ivoiriens comme présidents
d’honneur. Cela ne leur ressemble pas du tout. Pourquoi ? Que se
reprochent-ils ? Des crimes de guerre, économiques, financiers ou
contre l’humanité ? Sinon pour quelles raisons craignent-ils de se
retrouver demain citoyens libres à l’instar de Jerry Rawlings du
Ghana, Dos Santos de l’Angola, Thabo Mbeki et Jacob Zuma de l’Afrique
du Sud, Abdoulaye Wade et Abdou Diouf du Sénégal, Pierre Buyoya du
Burundi, Massire du Botswana Chissano du Mozambique pendant deux ou
quatre mandats avant de céder la main aux autres compatriotes et
continuer à vivre en paix et en hommes libres dans leurs pays.
Cette nouvelle leçon de démocratie dispensée par Alassane Dramane
Ouattarra devrait encourager d’autres dirigeants africains à prendre
en compte le fait qu’il existe une vie après les turbulences et
incertitudes vécues durant tout le temps qu’ils auront passé à la tête
de leurs pays.
Une autre belle leçon administrée par l’ivoirien Alassane Ouattara
aura été ce courage de dire tout haut et en public qu’à partir de
2020, il va se placer à la tête du parti dénommé le RHDP aux côtés
d’autres anciens chefs d’Etat, même au cas où son prédécesseur,
Laurent Gbagbo, venait d’être acquitté par la Cour Pénale
Internationale à l’instar du congolais Jean-Pierre Bemba.

F.M.