Oralité primaire : la littérature tambourinaire des Mongo décodée par un fils du terroir

0
32

 

Ayant mis la main sur un ouvrage relatif à   la littérature tambourinaire en Afrique noire, plus précisément chez les Mongo, le Centre Wallonie Bruxelles «CWB», de commun accord avec Wufela l’auteur,   a programmé la présentation de ce livre le mardi 12 février 2013. Cet ouvrage édité au Japon, il y a plusieurs années, garde toujours sa valeur intrinsèque, a fait remarquer le présentateur Malubungi.

            Le langage tambouriné est une forme littéraire qui fait ressortir l’oralité dans son stade primaire. Ici, on a affaire à des textes télé communiqués.  Et avec comme supports de communication : le lokole, le tambour, le cordophone….. Les Ashanti ( Ghana), les Ewe (Togo), les peuplades du Kasai, les Ne Kongo… utilisaient jadis le tambour comme moyen de communication.

            Le langage télé communiqué était en usage en Afrique Centrale, Occidentale et même Orientale. Les 13 chapitres du livre sont répartis en trois partis, a précisé Malubungi.  Le chercheur Albert Wufela,  un fils du terroir,  parle de l’histoire, de la pensée philosophique des Mongo. Il s’attarde sur la fabrication des supports de communication, de la transmission et du décodage des messages.  

            Complétant le premier intervenant, l’auteur a dit  que ses ancêtres utilisaient le lokole portable comme instrument de musique  pour agrémenter certaines soirées et un autre plus grand pour transmettre des messages à qui de droit.

            Quand par exemple les villageois esquissaient les pas de la danse bofenia, les gens étaient disposés en cercle et se passaient le lokole pour désigner par exemple le meilleur danseur de la soirée.

            Les messages envoyés dépassaient parfois les frontières du clan et s’adressaient même aux ethnies voisines. Ils se rapportaient aux naissances, décès des notables, voyages, mariages et autres activités de la vie quotidienne.

            Dans le message, il y a  trois parties, à savoir, l’introduction, le corps et la conclusion. On retient ceci : il y avait des mélodies tonales, des tons hauts et bas. Quand on avait affaire à des tons composés, les artistes savaient s’y prendre pour transmettre le message. Seuls, les initiés étaient en mesure de saisir le sens des textes.

            Albert  Wufela s’est saisi de deux bâtons pour jouer au lokole et  montrer  comment  communiquer  un cas de décès et préciser même  l’identité du défunt. Ou encore comment battre les mesures pour annoncer les naissances des jumeaux. Le lokole a servi et même desservi l’autorité coloniale.

            Pour éloigner momentanément des villageois non en règle de l’impôt ,  le chef pouvait,  grâce au lokole, leur annoncer la venue imminente  dans leur village des blancs commis en la matière.  Et un  chef zélé de ratisser large et ordonner à ses sujets d’amener d’énormes quantités des vivres à ces blancs.

            Répondant aux questions de l’assistance, il a relevé que le matin et la nuit étaient les moments indiqués pour transmettre les messages. Et la colline le lieu approprié.

Il y a eu des missionnaires  intéressés au décodage des messages. Cela est possible si on maîtrise le lexique d’une langue.  

Enracinement

            Au moment où l’internet et la téléphonie mobile régentent nos vies, est-il nécessaire de mener des études sur la littérature tambourinaire ?

L’auteur du livre a répondu par l’affirmative. Car, à l’en croire, on ne peut pas  parler de mondialisation sans songer à s’enraciner. «Le langage tambouriné nous permet de saisir la réalité sociale», a-t-il ajouté.

            Dans l’armée, on peut par exemple se servir de ce genre de littérature. Et ceci au cas où deux armées des pays voisins s’affrontent non loin de leurs frontières communes. Comme les populations transfrontalières utilisent le même dialecte, les spécialistes de la littérature tambourinaire,  a-t-il précisé,  peuvent alors entrer en danse pour des raisons évidentes.                                                             Jean- Pierre Nkutu

LEAVE A REPLY

*