Opposition – Muzito : que va-t-il se passer ?

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L’opposition parlementaire a réussi à réunir, avec le concours de 36 « frondeurs » de l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP), 126 signatures sur les 125 requises pour rendre valide la motion de censure articulée contre le Premier ministre Adolphe Muzito. Selon le dispositif arrêté jusque-là, le chef du gouvernement est attendu ce mercredi 19 mai 2010 à la tribune de l’Assemblée Nationale, au Palais du peuple. La grande interrogation de l’heure est celle de savoir comment va se terminer, pour le successeur d’Antoine Gizenga, un exercice que d’aucuns estiment de tous les dangers.

 

 Le suspense s’est amplifié depuis que le nombre des signataires de la motion de censure a dépassé la barre de 125. Le « front commun » formé du MLC (Mouvement de Libération du Congo) de François Muamba, de la CD (Chrétiens Démocrates) de Gilbert Kiakwama et de l’ODR (Ordre des Démocrates Républicains ) de Roger Lumbala est impressionnant. Il traduit leur détermination à obtenir la tête d’Adolphe Muzito, après l’avoir sérieusement bousculé le 28 avril 2010, dans le cadre de la question orale lui adressée par Jean-Lucien Bussa.
 Pendant tout le week-end, ils ont multiplié les réunions pour resserrer davantage leurs rangs. Au sortir de la dernière, hier soir, ils ont laissé entendre qu’ils quitteraient l’hémicycle de Lingwala si la motion de censure contre Muzito n’était pas inscrite à l’ordre du jour. Et dans ce cas, ils se mettraient aussitôt à récolter des signatures pour une motion de défiance contre Evariste Boshab et consorts.
 Hormis les questions contenues dans la motion de censure, dit-on, d’autres flèches empoisonnées seraient gardées au frais, prêtes à être larguées dans la foulée du débat général.
La fronde constatée dans les rangs de la majorité parlementaire s’inscrirait dans la même logique du « changement » de chef du gouvernement. Certains y lisent le souci de nombreux élus de l’AMP de s’émanciper en prévision des rendez-vous électoraux de 2011. Ceux-ci feraient chorus avec l’opposition parlementaire pour ne pas hypothéquer leurs futurs mandats politiques.

Consigne de « l’autorité morale » : oui ou non ?

 L’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) fonctionne, face aux grands enjeux politiques et aux votes parlementaires, au rythme des consignes de son « autorité morale ». Hormis la « défaite » inattendue de She Okitundu face à Léon Kengo wa Dondo dans la course à la présidence du Bureau du Sénat, la plate-forme n’a pas encore enregistré une autre surprise. S’agissant du cas d’Adolphe Muzito, on se souvient qu’il avait échappé à la trappe, lors de la motion de défiance de Clément Kanku, l’année dernière, grâce à une contre-motion incidentielle de Pius Muabilu, ficelée certainement dans le « laboratoire » de cette plate-forme.
 S’agissant de la nouvelle épreuve imposée au chef du gouvernement, la consigne serait de nouveau au soutien au Premier ministre, en dépit des remous que susciterait l’option. Aussi, les observateurs préfèrent-ils d’abord prendre la température des débats de ce mercredi avant de suivre attentivement les résultats des urnes. Seuls en effet les résultats du scrutin seraient en mesure de confirmer l’existence ou non de la consigne et son respect ou non. Car, la procédure du vote à bulletin secret est capable de déjouer la discipline de groupe la plus hermétique.

Muzito dans l’étonnement

 A en croire les sources proches du cabinet du Premier ministre, celui-ci serait fort étonné à la lecture du contenu de la motion de censure. Sa surprise tient au fait qu’il y retrouve les préoccupations auxquelles il avait déjà apporté des éléments de réponse lors de sa réplique à la question orale de Jean-Lucien Bussa, le 28 avril 2010. D’où, il ne comprendrait pas le sens d’une démarche qui risque de l’entraîner dans des redites, les questions soulevées ayant déjà été vidées.
 On pense ici qu’au delà au chef du gouvernement, la motion viserait en réalité le Chef de l’Etat, notamment en créant une situation qui rendrait le pays  ingouvernable. Car, affirment les mêmes milieux, constituer une nouvelle majorité parlementaire, après la rupture de la coalition Palu-AMP et fatalement Palu-Udemo ne serait pas chose aisée à une année de la fin de la législature en cours.
 Qu’à cela ne tienne. Dans l’hypothèse de l’adoption de la motion de censure, l’article 147 de la Constitution dispose ce qui suit : « Lorsque l’Assemblée Nationale adopte une motion de censure, le Gouvernement est réputé démissionnaire. Dans ce cas, le Premier ministre remet la démission du Gouvernement au Président de la République dans les vingt quatre heures ».
   Jacques Kimpozo

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