«Opérations Rwenzori»: chasse aux traîtres à l’Est de la RDC !

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Les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), se trouvent engagées, depuis quelques semaines, dans une campagne de ratissage des maquis des rebelles ougandais regroupés sous le label ADF-Nalu et dont le point d’ancrage, vieux de 25 ans, est localisé dans le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu. Baptisées « Opérations Rwenzori », du nom de la collectivité et de la montagne du même nom qui séparent la RDC de l’Ouganda, elles paraissent quelque peu perturbées par ce que l’on considère comme des cas de traîtrise, dont les auteurs sont identifiés comme étant des Congolais.

Les rafles se multiplient depuis le début du mois dans les collectivités de Rwenzori, Beni-Mbau et Bashu. Les personnes les plus visées se recruteraient parmi les trafiquants des bois d’œuvre, à en croire l’Association des Dépositaires des Bois d’œuvre, qui ne cesse de se plaindre de la traque de ses membres, qu’elle juge sans fondement. 

            L’une des questions que suscite cette vague d’arrestations est celle de savoir si les suspects sont correctement ciblés et si des indices suffisamment graves de culpabilité sont réunis à leur charge. La seconde concerne l’identité réelle des traîtres : s’agit-il des Congolais de souche ou des éléments à la nationalité douteuse, comme on en rencontre par milliers dans la partie Est du pays ?

            Dans l’hypothèse où il s’agirait des Congolais authentiques, les observateurs seraient curieux de savoir pour quelle raison ils s’adonneraient à un vilain jeu de nature à compromettre tous les efforts de paix entrepris jusque-là. Les autochtones n’auraient-ils pas suffisamment confiance dans les troupes loyalistes et pourquoi ? La pauvreté, l’incertitude du lendemain, l’absence de l’autorité, la faiblesse de l’administration publique pousseraient-elles des compatriotes à poser des actes irréfléchis de dépit ?

            Ces interrogations exigent des réponses appropriées car, en pareilles circonstances, l’amalgame est vite fait entre les vrais et faux traîtres, sur fond des règlements des comptes. Il est à souhaiter que les encadreurs des « Opérations Rwenzori » analysent avec lucidité toutes les informations qu’on leur apporte, de manière à ne pas mêler des innocents aux dossiers de traîtrise avérée.

            Une claire identification des nationaux s’impose dans une contrée où, indique-t-on, le « mixage » des populations, notamment à travers des mariages entre des rebelles ougandais et des Congolaises d’une part, et d’autre part des Congolais et des filles des rebelles ougandais, a produit une catégorie des citoyens dont la nationalité est de plus en plus difficile à définir. Ces Congolo-ougandais ou Ougando-congolais ne devraient pas être traqués sans raison sérieuse justifiant leur stigmatisation. Il est nécessaire que les autorités traditionnelles et les notables soient associés à l’examen des dossier des traîtres ou présumés tels avant de leur appliquer la rigueur de la loi.

            Sinon, les « Opérations Rwenzori » risquent d’être plombées si la méfiance s’installe chez les populations de l’Est, qui seraient alors tentées de pactiser avec les maquisards, pour sauver leur peau face aux rafles aveugles. Encore une fois, la présomption d’innocence des présumés « collaborateurs » des rebelles ADF-Nalu devrait être respectée, tant que leur trahison à la cause de la patrie ne serait pas formellement établie.

                                       Jacques Kimpozo

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