Opération mains propres : Undji : Victime ou présumé coupable ?

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L’opinion nationale reste encore perplexe, éberluée et même décontenancée, au sujet du dossier du ministre du Développement rural, récemment démis de ses fonctions à la suite d’une ordonnance présidentielle signée dernièrement par Joseph Kabila. L’intéressé qui a eu l’occasion de lâcher quelques bribes de déclarations à la presse, que ce soit le jour où il a été notifié de cette mesure extrême prise en son encontre par le président de la république, ou de sa comparution au Parquet général de la république ou de sa sortie de cet office du ministère public au terme d’une audition de près de deux heures, l’homme continue à clamer son innocence avec un calme olympien.

       «Je ne connais rien, mais rien du tout», devait-il marteler, avant de s’étonner que même l’ordonnance présidentielle est demeurée muette quant aux griefs portés contre lui et pouvant lui valoir cette sanction du chef de l’Etat. Comme pour s’en convaincre, il s’est présenté libre de tous ses mouvements au Parquet général de la république sans en être contraint par un mandat d’amener ou une escorte policière. On l’a vu esquisser un sourire et afficher une confiance en lui-même à toute épreuve. De quoi bouleverser toutes les bonnes consciences, surtout l’opinion nationale soulagée de constater que les dernières interpellations judiciaires et mesures présidentielles, viennent enfin de lubrifier les engrenages de l’opération «  Mains propres » dite Tolérance Zéro deuxième phase.

 La machine judiciaire va-t-elle tourner cette fois à fond ou est-ce que
c’est un simple vrombissement du moteur ? La question est sur toutes les lèvres.
       Aussi le dossier du ministre du Développement rural  peut être considéré à maints égards comme un véritable test de crédibilité pour les instances judiciaires congolaises auxquelles Undji attend d’être confronté pour connaître la nature de sa mauvaise gestion de son ministère. C’est donc le lieu de mener des investigations sérieuses pour convaincre le présumé coupable, des charges qui ont pu justifier la décision du chef de l’Etat de lui retirer sa confiance et de mettre à faux, la coalition gouvernementale.
       Des observateurs s’interrogent tout de même sur cette affaire de mauvaise gouvernance au ministère du Développement rural. Ou Undji dit la vérité et apparaît aux yeux de l’opinion nationale comme victime d’une machination diabolique ourdie contre sa personne par ses détracteurs. De ce fait, il mérite que la justice puisse établir son innocence et le réhabiliter moralement, avant la réhabilitation politique.
       Ou qu’il est conscient de ce qu’on lui reproche, et n’entend pas faire amende honorable en gardant silence, auquel cas la justice devrait crédibiliser l’opération Tolérance Zéro.
       Aujourd’hui, l’opinion nationale à qui l’on avait promis de voir les portes de la prison s’ouvrir grandement pour les « Kuluna en cravate», s’est rendu compte que les mauvais gestionnaires continuent à trôner à la tête des entreprises de l’Etat et d’économie mixte, pillant les quelques ressources qui entrent au compte-gouttes, ainsi que le patrimoine de ces sociétés.  Ils installent et s’installent, renouvelant grosses cylindrées et le harem de leurs conquêtes. Loin d’être des extraterrestres venus d’autres planètes, ils sont parmi nous, affichant un luxe insolent qui révolte leurs travailleurs à qui ils n’osent pas payer le salaire mensuel, ni même le remboursement des frais médicaux.
       Voilà pourquoi bien des observateurs souhaitent que l’opération Tolérance Zéro ne soit pas engluée dans des considérations politiciennes. Il s’agit ici, pour la justice congolaise, de lancer un signal fort qui va inexorablement dans le sens de la moralisation de la vie politique. Car, auparavant,  n’avons-nous pas tous salué le lancement de la campagne de l’éthique de gestion du bien public?
       Faute d’un coup de pied dans la fourmilière, on a vu ces mauvais gestionnaires se servir au lieu de servir sous le slogan : «  c’est notre tour de nous renflouer les poches ! Que les autres attendent leur tour ! »  Au nom de ce principe, ils ont mis les entreprises de l’Etat à genoux, détruit le système de santé, désarticulé le système éducatif, paralysé le fonctionnement normal de certains ministères et services publics. Et tutti quanti.
       Est-ce alors la fin de la délation générale, autrement la fin de la récréation ?
       Il est plus que temps de réhabiliter la fonction publique de gestion de notre pays. Ce qui permettrait de fournir de gages pour un départ réellement nouveau dans la gestion des sociétés de l’Etat.
       De ce point de vue, le dossier Undji mérite clarification. Les autorités judiciaires doivent communiquer, afin de ne pas donner l’impression de vouloir  précipiter les interpellations sans détenir des charges solides contre les présumés innocents. Ce qui pourrait s’apparenter à un règlement de comptes. L’opinion veut être fixée sur cette affaire qui fait couler déjà beaucoup d’encre et de salive.

                 J.R.T.

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