Opération « Kin-propre » : quid des fous en divagation ?

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L’actualité dans la capitale continue d’être dominée, depuis plus de deux semaines, par la campagne contre l’insalubrité déclenchée par l’Hôtel de Ville de Kinshsa, à la demande du gouvernement central. Baptisée « Opération Kin-propre », elle est au centre d’une vivre controverse à la suite de nombreux dérapages enregistrés dans le chef des équipes de policiers chargés de son exécution.

En effet, de nombreux Kinois et Kinoises se plaignent de la brutalité voire de l’esprit mercantile dont font montre certains policiers qui, au lieu d’évacuer calmement les vendeurs des marchés ou boutiques pirates et les exploitants des restaurants clandestins appelés « malewa », se livrent à la destruction méchante de leurs marchandises, échoppes, etc.
Quelquefois, ils en arrivent aux voies de fait sur ces concitoyennes et concitoyens versés dans le commerce informel, en raison du manque d’emploi et de leurs conditions précaires d’existence. La colère et la déception des victimes sont d’autant vives qu’elles résultent d’une frustration née du sentiment d’assister au caractère sélectif de « l’opération Kin-propre ».

De nombreux cas vécus à travers la capitale indiquent que la police frappe sans pitié les faibles pour épargner les puissants. De l’avis de nombreux observateurs, « l’opération Kin-propre » mérite d’être revue et corrigée. Les correctifs devraient porter sur un aspect fort important qui semble avoir échappé à ses concepteurs.
Car si l’objectif poursuivi est réellement de présenter aux futurs visiteurs de la ville de Kinshasa attendus à l’occasion du 14me Somme de la Francophonie annoncé pour le mois d’octobre prochain, un environnement débarrassé de tout ce qui est insalubre, force est de constater que l’on est encore loin du compte.

La capitale est en effet infestée de nombreux individus ayant perdu leurs facultés mentales, dont la présence heurte souvent la morale publique et les bonnes moeurs. Personne ne peut se sentir à l’aise et fier d’être résident de Kinshasa lorsqu’on est en face d’un fou ou d’une folle en tenue d’Adam, occupé à faire ses besoins naturels aux pieds des arbres et murs, ou encore ayant construit sa « maison » en carton sur le trottoir.

Plus grave, certains aliénés mentaux vont jusqu’à s’accoupler avec des âmes sœurs sur la voie publique, en pleine journée et au centre-ville.
C’est ici et maintenant le lieu de penser à leur prise en charge par l’administration urbaine. Une telle démarche passe par un préalable : la restauration des conditions d’accueil de cette catégorie de compatriotes dans les formations médicales spécialisées, notamment le CNPP (Centre Neuro-Psychopathologique) du Mont-Amba ou de Kinkole. Ces deux hôpitaux avaient été construits sous la Deuxième République pour faire face aux maladies neurologiques en général et mentales en particulier.

Il est de notoriété publique que ces deux formations médicales sont devenues des canards boiteux de notre système de santé. Et, pourtant, Dieu seul sait combien ils pourraient constituer des bouées de sauvetage pour de nombreux Kinois et Kinoises aujourd’hui soumis à un immense stress lié aux conditions de vie de plus en plus précaires.

Dans la perspective de la tenue du Sommet de la Francophonie, on ne devrait pas se contenter de faire du tape-à-l’œil en débarrassant les rues de ce qui fait leur laideur mais aussi épargner aux visiteurs en particulier et à la population kinoise en général le spectacle « enfants non admis » auquel les convient quotidiennement les malades mentaux en divagation.

Carine Konge (Stg/Ifasic)

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