Opération « Kin-propre » : des sanctions réclamées contre les policiers indisciplinés

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L’opération «Kin-propre» qui aurait pu  se dérouler sans heurts, ni dérapages, si elle était précédée par une campagne de sensibilisation et d’encadrement des vendeurs, cambistes et autres restaurateurs de coins de rue. La lutte déclenchée contre les marchés pirates dans la ville de Kinshasa, a connu à ses débuts, maints abus perpétrés par des policiers. D’où le paquet des plaintes et autres récriminations de la population commerçante à l’endroit des services d’exécution de la décision gouvernementale d’assainir la ville.

     Pour la première plainte, on accuse les policiers d’ignorer ce qu’ils doivent faire. Evacuer les échoppes, les maisons de communications, les cambistes et les restaurants de fortune, telle est la mission qui a été confiée aux éléments de la police. C’est dans ce cadre qu’ils sillonnent les grandes artères pour «  chasser et brutaliser les petits opérateurs économiques, en arrachant leurs biens ». Les abus sont légion. Citons des containers ont été incendiés sur l’avenue Allée Verte à Ma Campagne. Un shop de vente de téléphones portables a subi le même sort sur l’avanue O.U.A. à Kintambo. Ils le font avec une cruauté qui n’a pas son pareil dans le pays où le policier devrait pourtant s’afficher comme le protecteur du peuple. La confusion est totale quand il s’agit d’évacuer les commerces placés aux abords de la chaussée et les vendeurs ambulants. Ces derniers ne salissent ni les avenues, ni ne se sont installés sur les artères principales de manière précaire. Constituent-ils des micro-marchés pirates ?
 
     Deuxième plainte : au lieu d’évacuer les commerçants et leurs articles, certains policiers arrachent les marchandises sans délivrer un quelconque procès-verbal de saisie. On devine alors la destination que chaque policier peut donner aux biens qu’il a saisis sans établir un rapport à la hiérarchie. Tout ce qui est arraché dans ces circonstances malheureuses, n’est ni restitué au propriétaire ou gardé quelque part, avant le transfert aux parquets.
 
     Tel est le cas des casseroles remplies des cuisses de poulets grillées, de la viande de bœuf ou de porc, ou des poissons frits, ou celles de riz et des boules de foufou, arrachées dans des restaurants de fortune dont on n’ignore pas l’usage qu’on en a fait.
Troisième plainte : les brutalités infligées aux récalcitrants ne tiennent compte ni du sexe, ni de l’âge des victimes. Il parait que les policiers ne tapent pas fort, de peur de fracturer les vendeurs qui s’en sortent souvent avec des contusions, le corps endolori, des écorchures et même des blessures. A quelques centaines de mètres de l’entrée de la station Ma Campagne, on parle même d’un cordonnier qui a été brutalisé deux jours de suite. Cette victime collatérale de l’opération «  chasse aux vendeurs de coins de rue » aurait perdu la vie, en désespoir de cause. D’autres vendeurs se sentant totalement ruinés par l’opération salubrité dans la ville de Kinshasa, ne savent plus à quel saint se vouer. Combien parmi eux pourront résister à un tel choc émotionnel, chaque fois qu’ils seront sollicités d’effectuer des dépenses de ménage ?
 
     Quatrième plainte, les démarches menées par certains opérateurs économiques, propriétaires des terrasses, des étals de friperie et des restaurants de fortune, pour récupérer leurs biens, sont demeurées infructueuses. Une fin de non recevoir leur est réservée. Pourtant, à suivre les propos d’un des responsables de la police interrogé par des étudiants, lors d’une émission, l’on devait s’attendre à une parade pour fustiger le mauvais comportement des policiers, suivie des sanctions exemplaires contre les auteurs d’abus et autres brutalités et tortures sur des paisibles citoyens.
 
     Cinquième plainte : des policiers en tenue civile non munis de bulletin de service ont trouvé dans cette opération, l’occasion de rançonner les tenanciers des terrasses et autres vendeurs de cabri ou de friperie.
De tous ces abus, les vendeurs n’ont qu’une seule demande aux autorités. Au lieu d’arracher leurs marchandises et de détruire leurs étals et échoppes acquis après de longues années d’économie et de sacrifices, ils réclament plus d’humanisme dans l’exécution de l’opération «  salubrité » dans la ville de Kinshasa, ainsi que des sanctions exemplaires contre des policiers qui se sont illustrés dans une véritable campagne de « pillage » des commerces de coins de rue. Car, a fait remarquer un activiste de droits de l’homme, les policiers sensés faire respecter les lois dans notre pays, doivent être les premiers à les respecter au lieu d’en être les principaux violateurs.
 
     Pour clarifier les choses, la population aimerait savoir quelle est la mission exacte confiée aux policiers et ses limites?
L’autorité urbaine devrait lancer à ce sujet, des communiqués dans les langues nationales, dans les médias locaux. Le souhait de tous est que l’action à mener dans les jours à venir, doit aller dans deux directions. Dans la première direction, les éléments de la police commis à cette opération reconnus coupables d’abus devraient être sanctionnés. Dans la seconde direction, ce sont des agents des services de l’Etat qui délivrent des documents officiels pour l’exploitation des commerces sur la voie publique et espaces de servitude qu’il faudrait également sanctionner sévèrement pour avoir favorisé les constructions anarchiques aux fins de commerce.
 
 J.R.T.  

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