Opération «chasse aux marchés pirates» avant le 30 juin : l’Etat devant un os : le chômage

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rdc3Kinshasa la capitale avec toutes ses communes s’apprête à fêter dans l’allégresse, et peut-être dans la méditation et dans la douleur, le 53 ème anniversaire de l’accession de la RDC à la souveraineté internationale.                  Dans le cadre des préparatifs de cet événement, on nettoie depuis une semaine, toutes ses rues et tous ses quartiers. Aucun centimètre au sol ne doit pas être sale, telle est la consigne donnée par les autorités urbaines à la fois aux techniciens de surface employés par les ONG et aux policiers embarqués dans cette opération baptisée sous le nom code de «  chasse aux marchés pirates ». Elle est une sorte de réédition plus musclée des opérations salubrité et coup de poing menées en 2006, 2007 et avant la tenue du XIV ème Sommet de la Francophonie à Kinshasa. Si d’un côté, les techniciens de surface munis de tiges de bois et des sacs-poubelles en plastique, se démènent pour débarrasser les trottoirs, des sachets en plastique, des bouts de papier, des bouteilles en plastique, et des restes de nourriture, que des inconscients jettent à tout bout de champ, de l’autre côté, les policiers eux, n’utilisent pas des balais, ni des brosses et des rataux. Pour tout nettoyage de l’environnement et des mentalités, ils administrent sans ménagement des coups de matraques, des bâtons et des ceinturons aux vendeurs de coins de rues installés sur la plupart des chaussées. Etalages en bois et chaises en plastique brisés, les glacières et les casiers de boissons sucrées emportées, la friperie brûlée, et les casseroles de nourriture de restaurants de fortune renversées par terre.

A Matete, on nettoie avec des grenades lacrymogènes

Les plus coriaces des policiers chargés de cette opération y sont allés avec des grenades lacrymogènes, comme cela a été le cas mercredi 19 juin 2013, dans la commune de Matete où l’on a déploré des incidents avec les jeunes gens et quelques vendeurs. En effet, mécontents des dérapages vécus et des brutalités subies, ils ont lancé des jets de pierres sur des policiers. Ces derniers courroucés ont répliqué par des grenades lacrymogènes. Heureusement, on n’a pas enregistré des morts parmi les manifestants.

Au-delà de cette opération de salubrité qui chaque fois, met les policiers aux prises contre les vendeurs de rue, les commerçants ambulants  et les débrouillards, on ne peut que se poser plusieurs questions sur ces opérations menées à des cycles réguliers et qui ne donnent pas les résultats escomptés. En effet, des jours après le passage des policiers, les vendeurs de rue acculés par la pauvreté, dépourvus d’autres ressources, réinvestissent les chaussées pour y écouler des pains, des beignets, des biscuits et autres friandises ou boissons sucrées. Le problème fondamental qui pousse les ménagères et leurs rejetons sur la voie publique, est la recherche de quoi survivre. Car, il n’y a pas d’emplois, et le chômage est endémique. Et en attendant la création d’emplois dans les années à venir, les familles dont l’homme et la femme sont chômeurs, n’ont pas de choix que de se réfugier dans le petit commerce. Cette activité lucrative leur permet de tenir le coup, de trouver de quoi payer le loyer et de quoi nourrir une fois le jour, et tard dans la nuit, leurs rejetons. Et pour que ce commerce soit rentable, il faut être sur la voie publique, plus visible pour espérer que sa petite marchandise soit écoulée.

Comment concilier l’impératif de création d’emplois et de la

salubrité ?

Ceux qui obtempèrent aux instructions de l’autorité urbaine, et qui se cloîtrent dans leurs parcelles, ont moins de chance de vendre aux passants. La difficulté est là, tant il est vrai que l’Etat doit se regarder dans un miroir et se demander s’il a créé suffisamment d’emplois capables d’absorber cette abondante main-d’œuvre inutilisée. A la réponse que de nouvelles entreprises n’ont pas été créées, l’Etat devrait être plus compréhensif à l’égard de cette population commerçante du secteur de l’informel.

L’impératif d’assurer la salubrité dans la ville est prioritaire, on ne le dénie pas. Car, le milieu de vie doit être assaini pour éviter la prolifération des immondices et autres détritus, vecteurs des maladies et autres infections. Il y a aussi le fait que tous les marchés pirates entretiennent un climat d’insécurité avec les kuluna, les shegués et les picks-pockets… L’Etat qui est appelé à assurer le bien-être de la population, devrait encadrer ce secteur informel qui échappe à la mobilisation des recettes fiscales, en créant de nouveaux points de vente dans chaque quartier.

Des taxes vont échapper à la mobilisation

Car, on se rappellera qu’en rasant des milliers de kiosques, des tables et des étals installés au bord des chaussées, auprès de qui les agents des communes collectaient chaque matin, quelques taxes, l’Etat avait enregistré une baisse de ses recettes fiscales et parafiscales.

On constate malheureusement que depuis que ces opérations ont été initiées dans la ville de Kinshasa, l’Etat ne donne pas les vraies réponses aux vrais besoins des populations. Les spécialistes de questions de population savent qu’en créant des milliers d’emplois et en résorbant le chômage, aucun mari n’acceptera de voir sa femme quitter le lit à 5 H et ses enfants à 7 H, pour aller vendre des pains, des beignets, des sachets d’eau fraîche, des arachides, des papiers mouchoirs et des cigarettes, avant de regagner la maison, vers 22 H. Dès que l’Etat aura résolu le problème de création d’emplois, il est clair que l’on ne verra plus ces milliers des femmes abandonner leurs foyers pour envahir les rues avec leur petit commerce, squatter les sectes religieuses du matin au soir et quelquefois, basculer dans la mendicité et la débauche. Face à la problématique de la salubrité et de la création d’emplois, l’Etat se trouve devant un dilemme cornélien qu’il faudrait résoudre. Mais avant de répondre de façon durable à toutes ces questions, les agents de l’Etat ne doivent pas violer les droits de l’homme au nom de la salubrité publique. Le revers de la médaille est que ceux qui procèdent par des destructions méchantes, des coups et blessures violentes, des saisies illégales des marchandises sans en délivrer un p.v. de saisie ou les détournent sont passibles des poursuites judiciaires. Et c’est ce que beaucoup ignorent dans le cadre de la mise en œuvre de la réforme de la police.

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