ONU : la polémique relancée autour de la taille de la Monusco

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Suite à la requête présentée en mars 2017 au Conseil de Sécurité par les Etats-Unis d’Amérique, qui estimaient la Monusco budgétivore et peu efficace, menaçant au passage de reconsidérer la hauteur de leur appui financier à cette force internationale, l’option de la réduction progressive des effectifs était levée, avec comme premier acte de dégraissage, le retrait de 2.000 casques bleus. Lors de son intervention, le samedi 23 septembre dernier à la tribune des Nations Unies, le président congolais, Joseph Kabila, a réitéré une demande
déjà vieille de plusieurs années et allant dans le même sens, mais avec cette nuance que le mouvement de retrait devrait s’accélérer, son pays disposant désormais d’une armée capable d’assurer la défense de son territoire et d’une police à même de sécuriser les personnes et leurs biens. L’autre garantie donnée par le président congolais à la communauté des nations est que le cap était définitivement fixé vers les élections.

Alors que le plaidoyer congolais en faveur du désengagement progressif des troupes de la Monusco de différents « fronts » se trouve encore à l’étude, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, vient de jeter un terrible pavé dans la marre en martelant, dans un rapport
déposé le lundi 02 octobre au Conseil de Sécurité, que les conditions
d’un quelconque mouvement de retrait des Casques bleus du territoire
congolais n’étaient pas encore réunies. Selon lui, la non tenue des
élections présidentielle, législatives et provinciales en 2016 ainsi
que leur hypothèque en 2017, suite à la non mise en œuvre de l’Accord
du 31 décembre 2016, constituent de très mauvais signaux pour la
situation sécuritaire du pays.
Foncièrement opposé à toute réduction des effectifs avant la tenue des
élections, Antonio Guterres recommande, dans son rapport, le maintien
des effectifs de la Monusco à leur taille actuelle, à savoir 18.000
hommes. Le Secrétaire général de l’ONU pense qu’il faut attendre
l’organisation effective des élections et la passation des pouvoirs
entre les animateurs actuels des institutions congolaises et leurs
successeurs à choisir dans les urnes, avant d’envisager tout retrait
des forces onusiennes du territoire congolais.
Il est même allé jusqu’à émettre un pronostic alarmant selon lequel si
la Monusco était vidée de l’essentiel de ses troupes et se trouvait
dans l’incapacité d’assurer sa mission de protection des populations
civiles et de sécurisation du processus électoral, on assisterait à
l’effondrement pur et simple de la République Démocratique du Congo.
Il souligne, dans le même document, que si le grand Congo imploser
comme état, cela aurait comme conséquences collatérales la
déstabilisation de l’Afrique centrale d’abord, de l’ensemble du
continent africain ensuite et, enfin, du reste du monde.
Antonio Guterres décrit, dans son étude, une situation politique,
sécuritaire, économique et humanitaire fort précaire sur l’ensemble de
la RDC, suite aux incertitudes qui entourent la tenue des scrutins,
accentuées par la non publication par la CENI (Commission Electorale
Nationale Indépendante) du calendrier électoral, la persistance d’une
multitude de foyers de tensions suite à la présence d’une
constellation de forces négatives internes et externes, aux dérapages
des forces de l’ordre et de sécurité, à l’errance de plus de 3,8
millions de déplacés internes et de 500.000 réfugiés essentiellement
rwandais, burundais, sud-soudanais et centrafricains.
Dans sa conclusion, le Secrétaire général des Nations Unies considère
la RDC comme une bombe à retardement non seulement pour l’Afrique mais
aussi le monde entier et que ce serait un gros risque de souscrire au
schéma de la réduction des effectifs avant l’organisation des
élections générales et l’investiture des dirigeants à élire à tous les
niveaux des responsabilités.
On apprend que ce rapport sera examiné la semaine prochaine au
Conseil de Sécurité, dont les membres devraient confirmer ou infirmer
l’option de la réduction de la taille de la Monusco, telle que
souhaitée par les USA en mars et préconisée par le président congolais
en septembre dernier.
Point n’est besoin de relever que la bataille des chiffres autour des
effectifs des casques bleus en RDC a pour toile de fond la crainte,
par le pouvoir en place, de l’ingérence des Occidentaux dans le
processus électoral et, par l’Opposition, des tripatouillages des
résultats des urnes, à défaut d’obtenir le déverrouillage des articles
de la Constitution qui interdisent au président Kabila de rempiler
pour un troisième mandat. Mais, il y a une autre et dure réalité : le
pays peine à installer une paix durable dans les provinces du Nord, de
l’Est et du Centre. L’absence d’une force d’interposition pourrait
rouvrir la page noire des rébellions.
Kimp