Onatra : la fin du contrat d’assistance technique et de gestion Progosa est-elle sans responsabilité de part et d’autre ?

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« Les difficultés financières actuelles de I’Onatra : la réponse est à chercher du côté de ceux qui ont amené les experts de Progosa à I’Onatra ». Ces paroles sont de I’un des experts nationaux désignés qui ont siégé au sein du Comité de Gestion, conjointement, aux côtés des experts internationaux appelés à exécuter les services d’assistance technique et de gestion pour la stabilisation des activités de I’Office National des Transports  « ONATRA ». Cette mission d’assistance technique et de gestion baptisée « mission de stabilisation » avait un double objectif, notamment la gestion de l’ensemble des activités de I’Onatra, d’une part, et la préparation de sa restructuration générale pour en faire une société par actions, d’autre part. De tout ceci, rien et alors rien n’a été réalisé. 

            Est-ce que cette mission ne peut pas être accomplie par, seuls, les experts nationaux ? Ne dit-on pas que l’histoire du Congo ne sera contée et écrite que par les Congolais eux-mêmes? Elle ne sera écrite ni à Paris, ni à Bruxelles, ni même à New York mais au Congo et par des Congolais

            Le Premier Ministre (PM), dans sa lettre référencée RDC/GC/PM/040l/2010 qu’il a adressée à la Ministre du Portefeuille, a vu juste. Il a mis fin audit contrat mais, malheureusement, il n’explicite pas, clairement, dans cette lettre, son entendement :

– ni sur les conditions à respecter, désormais, pour faire réussir la réforme des entreprises publiques qui ne donne toujours pas les résultats tant vantés ;

– ni sur les conditions de mise en place d’une Nouvelle Direction Générale (NDG) de I’ONATRA pendant la période transitoire,  qui doit prendre en mains la gestion de I’ONATRA durant cette période afin de préparer les bases de la relance rapide et durable de sa production que Progosa n’a pas pu réaliser. Cette NDG devrait reformuler complètement la gestion technique, financière et commerciale de l’Office et mettre en place un plan minimal de production qui doit assurer la survie de la société que Progosa n’a pas su mettre en place.

            En effet, le Premier Ministre, avec raison d’ailleurs, a mis fin au contrat signé par le Gouvernement avec la Firme Progosa qui, après deux ans des prestations, n’a pas pu démontrer qu’elle avait I’expertise professionnelle, le personnel et les ressources techniques requises pour exécuter les prestations conformément aux termes et conditions arrêtées par ledit contrat. Mais par contre, la Firme, elle, aurait coûté à I’Onatra pour la période plus de 10 millions de dollars américains. Aujourd’hui, deux ans après l’exécution du contrat de stabilisation de ses activités par Progosa, I’Onatra n’a que ses yeux pour pleurer, et continue à éprouver des difficultés financières énormes pour lesquelles le contrat a été signé avec le Gouvernement. Tous les équilibres financiers de I’Office sont rompus et ce dernier ne sait plus faire face à ses différents paiements.

            La célébration du cinquantenaire pour la R.D.C. devrait nous interpeller tous. Cinquante ans après I’indépendance, il est inconcevable que cette grande entreprise du pays ne soit pas devenue plus grande qu’avant. Que la solution serait toujours du côté de l’expert international, du côté du sorcier blanc. Il est dommage que notre Gouvernement n’a pas encore compris que diriger une entreprise ne signifie pas faire de la philosophie et lettres. Lorsqu’on gère, ce sont les chiffres qui parlent, dans un sens comme dans un autre.

            Avec ce contrat, il nous a été dit que I’ONATRA sera transformé, de son état prétendument de canard boiteux à celui d’une entreprise en paradis tropical. Mais passer du slogan à du concret n’est pas le fort du congolais. D’ailleurs, I’univers tout entier ne reconnaît pas cette force de caractère aux Congolais que nous sommes. Pour preuve, c’est sans blague, l’on ne peut pas comprendre qu’au moment où, d’un côté, I’on met fin, un terme à un contrat parce qu’il n’a pas abouti et, de I’autre côté, qu’on puisse en même temps philosopher sur les options à prendre pour la capitalisation des acquis obtenus de ce contrat.

            Plus de 11 millions de dollars partis en fumée, plus de 11 millions déboursés en faveur de Progosa pour rien ! L’Onatra, avec ses experts nationaux, n’était-il pas en mesure, avec ces fonds, et avec l’encadrement tant politique que moral du Ministère du Portefeuille, de moderniser les Ports maritimes ? Fallait-il, à tout prix, recourir aux experts internationaux ? A quelle tâche nous les nationaux avons été formés ?

            Pour être réalistes et pour sauver cette entreprise, I’opinion publique doit s’interdire de prêter oreille à ce type des Congolais quels qu’ils soient car ce sont eux qui nous ont fait qualifier, un jour, par certains hommes politiques de ce monde que nous sommes un peuple sans culture politique, c’est-à-dire ceux qui mettent toujours leurs intérêts personnels avant I’intérêt supérieur de la nation et qui sont incapables de se mettre d’accord sur I’essentiel. Pourquoi a-t-on signé en janvier 2008  un contrat de stabilisation des activités de I’Onatra avec PROGOSA pour le moderniser et le rendre performant? Aujourd’hui, deux ans après, I’Onatra n’est toujours pas stabilisé. De ses caisses et comptes en banques, I’Onatra prétendument traité de canard boiteux a sorti de ces comptes financiers plus de 11 millions de dollars pour payer les engagements de ce contrat d’assistance technique qui ne lui a rien apporté ! Et personne ne dit rien. Et, les bénéficiaires de ces débours ont même regagné bonnement leur pays respectif avec toutes leurs valises et bagages sans être inquiétés ! N’y a-t-il pas des responsabilités à assumer pour le Gouvernement signataire du contrat voire ses mandataires qui ont géré pendant cette période ? NON ! Ces mandataires doivent être interpellés et doivent justifier pourquoi, alors qu’ils n’étaient pas à la hauteur de cette tâche et, sans réunir les conditions et ressources requises, ils ont accepté d’exécuter un contrat sans en maîtriser les tenants et aboutissants ? En tout cas, plus jamais ça.

            A notre avis, seule I’implication de ceux qui tirent l’essentiel de leurs ressources de cette société de I’Etat «  I’Onatra » tels que les délégués de ses travailleurs, de ses gros clients et autres principaux fournisseurs, ensemble avec les bailleurs des fonds intéressés à ses activités sont capables de rendre cette entreprise performante.

Qu’on se le dise.

(Par Moise Tshibangu-Tubenzele,

Réviseur d’entreprises de I’Université de I’Etat  à MONS (Belgique

 Cadre dirigeant dans une grande entreprise de la place)

 

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