Œuvre du Pr Mukadi Bonyi : Le «magistrat» Kengo wa Dondo ressuscité en 750 pages

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kengoLe droit congolais vient de s’enrichir ce jour d’une nouvelle publication qui réjouira certainement le monde scientifique et judiciaire.   En effet, le Centre de Recherche en Droit Social( CRDS), que dirige le professeur Mukadi Bonyi, vient de marquer son 17ème anniversaire par l’édition de sa quinzième publication.  Il s’agit d’un ouvrage d’une grande valeur scientifique et historique. Soit un volume de 750 pages consacrées aux textes des mercuriales prononcées par le tout premier Procureur Général de la République de notre pays de 1969 à 1979, à savoir Léon Kengo wa Dondo.

Pour situer la valeur de la publication,  il faudra sans doute se référer aux propos utilisés par le professeur Vunduawe te Pemako, à qui est revenu l’honneur de la préfacer et qui s’exprime en ces termes : « Je ne peux m’empêcher de féliciter les auteurs pour l’initiative qu’ils ont prise de réunir en un seul volume les mercuriales prononcées par l’un de plus brillants hauts magistrats  de son époque qu’a été le Procureur Général de la République Léon Kengo wa Dondo.  Puisse cet ouvrage connaître une large diffusion auprès des juristes, des pouvoirs publics et du grand public ! »

L’éminent professeur souligne que l’ouvrage de son collègue présente« l’avantage d’assurer une large diffusion des mercuriales dont le contenu n’est pas connu du grand public et même de bon nombre de juristes ».  Mais pourquoi cela ? Les auteurs répondent à cette question dans l’avant-propos de l’ouvrage.  Ils soulignent le fait que le principal acteur auquel l’ouvrage est consacré a quitté la magistrature il y a plus de trente ans pour embrasser une carrière politique. Ce qui fait que de nombreux citoyens de notre pays dont le co-auteur à peine né lorsque M. Kengo exerçait encore, ne le connaissent point. C’est l’une des raisons qui justifient le fait que ces mercuriales ne sont jamais utilisées ou citées comme références que ce soit au sein de la profession des magistrats ou chez les chercheurs ou enseignants.

Donc, le public connaît Léon Kengo wa Dondo, actuellement président de la Chambre Haute dénommée Sénat et qui siège au Palais du Peuple.  On le connaît aussi comme Président d’un parti politique, ou d’une plate-forme politique, au point d’ignorer son glorieux passé  au sein de la magistrature où il a fait une très longue carrière allant de l’année 1958 à 1980.  Ainsi a-t-il été successivement fonctionnaire au Parquet de Mbandaka, puis à Léopoldville avant de se rendre en Belgique au cours de l’année 1962 pour des études de droit à l’Université Libre de Bruxelles.  Il  est proclamé Docteur en droit en 1968 et aussitôt rentré à Kinshasa, il sera directement nommé Procureur Général près la Cour d’Appel de Kinshasa et quatre mois plus tard  aux nobles fonctions de Procureur Général de la République.  Neuf ans après, il sera élevé au rang de Président du Conseil Judiciaire avant d’être appelé aux autres fonctions à caractère politique. Il sera ainsi Ambassadeur à Bruxelles, membre du Comité Central du MPR parti-état, Premier Ministre et élu depuis 2007 président du Sénat.

Dès lors pour tous ceux qui ne sont pas de cette génération et qui se poseraient la question de savoir pourquoi éditer les mercuriales datées de trois décennies, la réponse est vite trouvée par les auteurs.

Il fallait absolument combler la lacune qui fait que ces textes des mercuriales pourtant riches en enseignements sur l’évolution du droit congolais, risquent de devoir passer aux oubliettes.  Surtout dans un pays comme la République Démocratique du Congo,  héritière d’une culture qui tente désespérément en plein 21ème siècle de s’accrocher davantage à l’oralité qu’à l’écrit, les auteurs se sont donné la peine d’aller déterrer tous ces textes partout où ils existaient pour les ranger et les exploiter. Ce qui n’est pas une tâche facile, car n’étant pas rassemblés nulle part dans leur totalité.  Mais aussi, il fallait restituer à ces mercuriales leur valeur scientifique et historique en leur donnant un sens que seul le fondement de son titre peut traduire, à savoir : « La pensée juridique du Procureur Général de la République Kengo wa Dondo ».

            Oui, les textes des mercuriales alignées selon leurs thèmes tel que les auteurs ont procédé, permettent aux lecteurs avisés de découvrir qu’ils reflètent une manière de penser qui demeure encore d’actualité.  D’ailleurs, les questions posées en son temps par Léon Kengo wa Dondo, en sa qualité de Procureur Général de la République, comme celle de l’intégration du droit coutumier dans le droit civil (je dirais plutôt droit moderne) ou celle concernant des mesures d’application des décisions rendues par les tribunaux et non exécutées dans les proportions de moins de 5% selon le Professeur Mukadi, devaient justifier la relecture des mercuriales de l’éminent juriste.

            D’autres évidentes raisons justifient la publication en ce moment de cet ouvrage. Selon le professeur Mukadi, d’abord pour un devoir de mémoire, du fait que ces textes sont d’une haute qualité scientifique et qu’ils devaient servir au sein des facultés, des centres de recherche et auprès  des enseignants. Mais aussi par l’obligation de « rendre hommage à un ancêtre scientifique » ajoute-t-il dans l’avant-propos. Le professeur Mukadi Bonyi justifie cet épithète rarement usité dans le langage congolais par le fait que« Léon Kengo wa Dondo a enseigné avec assiduité  et compétence avérées les cours de Processus Judiciaire et de Procédure Civile» à la Faculté de Droit de l’Université de Kinshasa.  A cet effet, il est utile de signaler que lorsque celui-ci a quitté la faculté, ses cours ont été repris d’abord par le professeur Etana Yabeka et ensuite par le co-auteur.

            D’autre part, la publication des mercuriales de Kengo wa Dondo est considérée par les auteurs comme « un devoir de reconnaissance ».  Pour l’actuel chef de Département du droit privé à la faculté, le fait que le Procureur Général ait réservé dans sa magnifique carrière une place de choix au droit privé et judiciaire en y consacrant sept de ses dix mercuriales  mérite un retour d’ « ascenseur »   à travers cette prestigieuse œuvre de 750 pages, même trente années après.

            Cependant, il vaut la peine de relever que cette publication qui parait aujourd’hui en Belgique, signe en quelque sorte le retour de Léon Kengo wa Dondo au Palais de Justice de la manière la plus élégante qui soit.  Lui qui a perdu toutes ces archives avec les événements liés au changement de régime il y a de cela 16 ans.   Dès lors, l’éminent magistrat qu’il fut, peut se prévaloir, preuve vivante à l’appui, d’une brillante carrière, consacrée par des textes quasi-immortels, rassemblés et commentés par l’un de plus brillants et rigoureux professeur que le Mont-Amba ait engendré, à travers la personne de Mukadi Bonyi.

            Kengo,  le célèbre, redoutable et redouté magistrat qu’il fut, celui que, par moment au plus fort du régime Mobutu, les forces destructrices championnes du « dé-tricotage» de l’institution judiciaire  et de l’Etat ont voulu enterrer(Souvenez-vous de la chanson titrée «Mokolo Ntonga abotoli ntonga »[1] de Franco Luambo) dans la kinoiserie, vient d’être ressuscité par un jeune collègue professeur qui est devenu pratiquement du point de vue rigueur scientifique et morale comme son disciple.   C’est aussi en ces termes qu’il faut tout de même résumer la pensée juridique de Léon Kengo wa Dondo.

            Signalons que l’ouvrage précité qui sera présenté et baptisé à Kinshasa dans les prochaines semaines lors d’une cérémonie à sa hauteur, est signé par Mukadi Bonyi et son fils Mukadi Bonyi jr. Le premier est Docteur en Droit de l’Université Catholique de Louvain (K.U. Leuven en Belgique), Administrateur-directeur du Centre de Recherche en Droit Social (CRDS), Professeur Ordinaire à la faculté de Droit de l’Université de Kinshasa, Chef de Département du Droit Privé et Judiciaire, Avocat à la Cour Suprême de Justice et auteur de nombreux autres ouvrages et articles percutants qui traite de la Constitution ou du droit social. Tandis que son co-auteur  est doctorant en droit à l’Université Lille Nord de  France. Il est chargé d’enseignement A.T.E.R. à l’Université d’Artois. Il est aussi membre du Centre d’Ethique & Procédures et Assistant à l’Université de Bandundu en RDC et chercheur au CRDS/Bruxelles.

            Bon vent à la nouvelle publication qui vaut la peine de rayonner dans la bibliothèque de nos universités et dans les bureaux de nos magistrats,  avocats et tous ceux qui s’intéressent au droit congolais.

Bruno KASONGA

NDUNGA MULE

(Correspondance

particulière) 

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