Occupation militaire de Mahagi : L’Ouganda brandit l’Accord de Ngurdoto

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carte_ougandaL’armée ougandaise occupe, depuis le dimanche 25 août 2013, une partie du territoire de Mahagi, en Province Orientale. A en croire des sources indépendantes, les « envahisseurs » se seraient signalés aussi dans les territoires d’Aru et Mambasa, dans la même province. En attendant une éventuelle riposte militaire congolaise ou une réaction diplomatique de Kinshasa, les militaires ougandais soutiendraient qu’ils auraient agi ainsi en vertu de l’Accord de Ngurdoto, signé en 2007 par la RDC et l’Ouganda. Celui-ci, semble-t-il, comporterait un volet secret relatif à la cession de quelques localités congolaises aux Ougandais, dans le cadre de l’effort de guerre de 1996-1997 consenti en faveur de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) en vue de renverser le régime du maréchal Mobutu.

Cette affaire rappelle, aux Congolais, le nébuleux dossier du fantomatique Accord de Lemera que Mzee Laurent Désiré Kabila et ses compagnons de la « guerre de libération » auraient signé en 1996 avec leurs « alliés » rwandais, ougandais, burundais, érythréens et autres aux fins de les aider à chasser Mobutu du pouvoir. Mais, jusqu’à ce jour, il n’existe nulle trace de ce fameux accord qui aurait prévu des compensations financières, minières et territoriales au bénéfice des Etats qui avaient soutenu militairement Laurent-Désiré Kabila et ses « Kadogo » dans leur plan de conquête militaire du pouvoir d’Etat dans l’ex-Zaïre.

Aussi des millions de compatriotes se montrent-ils sceptiques à l’évocation de l’Accord de Ngurdoto. Ce qui est plutôt sûr, c’est l’existence du texte officiel signé effectivement en 2007 à Ngurdoto, dans la ville d’Arusha, en Tanzanie, par la République Démocratique du Congo et l’Ouganda, dans le cadre du rétablissement de leurs relations diplomatiques suspendues depuis 1998. En parcourant ce document fondé essentiellement sur la coexistence pacifique et la coopération bilatérale, on ne trouve nulle part une phrase ou un paragraphe faisant état de la cession, par les gouvernants congolais, d’une quelconque partie du territoire national aux Ougandais.

Kampala et Kigali : agenda commun

En attaquant au Nord, au moment où le Rwanda, sous le label du M23, vient de relancer la guerre dans la périphérie de Goma, à l’Est, l’Ouganda confirme aux Congolais ce qu’ils ont toujours pensé, à savoir l’existence d’un agenda commun avec Kigali, à savoir celui de la balkanisation planifiée de la République Démocratique du Congo. Paradoxalement, le schéma du démembrement du grand Congo est mis en route au moment où la Brigade d’Intervention des Nations Unies s’apprête à faire le ménage à travers le corridor Est, en y traquant et désarmant toutes les forces négatives, y compris le M23.

L’entrée en scène de Kampala pousse à croire qu’il y a, dans le chef des « agresseurs » de notre pays, une volonté cachée d’activation de plusieurs fronts militaires, de manière à fragiliser les FARDC, la Monusco et la Brigade d’Intervention et à les tourner en bourriques devant l’opinion tant nationale qu’internationale. L’administration, au monde extérieur, de la preuve de l’inefficacité des troupes congolaises et onusiennes, renforcerait ainsi la thèse rwando-ougandaise selon laquelle l’option militaire ne serait pas la bonne si l’on tient au retour d’une paix durable à l’Est du Congo.

Concertations : risque de distraction

 Alors que les armées ougandaises et rwandaises semblent avoir choisi de conquérir militairement plusieurs territoires congolais à visages découverts, en narguant à la fois les troupes congolaises et onusiennes, les autorités congolaises donnent l’impression de considérer les « Concertations nationales » comme la priorité des priorités du moment. Ce qu’il faut craindre est qu’en focalisant l’attention de la Nation sur ce forum, l’on soit surpris, dans les semaines à venir, de constater que les rebelles du M23 et leurs « alliés » ont  élargi le cercle des « territoires occupés », compliquant davantage l’équation de la paix.

Pendant que des chasseurs des perdiem et des postes politiques à forte rentabilité financière sont occupés à distraire tout le monde, les chances de libération des « territoires occupés », de rétablissement de la paix et de l’autorité de l’Etat au Nord-Kivu et en Province Orientale sont sérieusement compromises.

La logique patriotique devrait commander la suspension, toutes affaires cessantes, de tout ce qui n’a aucun impact positif sur la guerre de l’Est et du Nord et la concentration de tous les moyens humains, militaires, financiers et matériels dans des opérations de résistance aux « agresseurs ». Car, sans paix au Nord-Kivu et en Province Orientale, il serait utopique de rêver de « cohésion nationale » et des projets de développement, à moins aue l’objectif visé soit de « s’installer » et « d’installer », même dans un Etat congolais amputé de plusieurs de ses villes et territoires.                                                                           Kimp

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