Obsèques de Rossy sous les balles et gaz lacrymogènes

0
264

C’est sous les balles et gaz lacrymogènes lâchés en désordre par des éléments de la police, armés jusqu’aux dents, que l’activiste du Mouvement citoyen « Objectif 2016 », Rossy Mukendi Tshimanga, fauché par balles lors de la marche pacifique organisée par le Comité Laïc de Coordination le 25 février 2018 a été conduit à sa dernière demeure, la « Nécropole Entre Ciel et Terre », le samedi 19 mai 2018.

La procession funéraire organisée par ses compagnons de lutte aussitôt après la messe de suffrages célébrée en la Cathédrale Notre Dame du Congo, a été dispersée par la police aux alentours du nouveau bâtiment du ministère de l’Intérieur, non loin du Palais du peuple.

Le cortège qui accompagnait l’illustre disparu avec des slogans hostiles au régime a été bloqué par des hommes en uniforme, qui ont arraché le cercueil de Rossy Mukendi aux activistes des mouvements citoyens.

Confisqué, le cercueil de Rossy Mukendi, couvert du drapeau de la République Démocratique du Congo, a été abandonné à même le pavé pendant plusieurs minutes, sous la garde des éléments de la police, avant d’être placé à bord de leur jeep et conduit, de manière expéditive comme la dépouille de Marie Misamu, à la Nécropole Entre
Ciel et Terre. On signale que la tension est finalement retombée au niveau de ce lieu d’inhumation et tout s’est passé sans incident à N’Sele.

On note qu’avant d’être conduit à sa dernière demeure, Rossy Mukendi a reçu des hommages posthumes des milliers de personnes, qui ont fait le déplacement de l’Assanef le vendredi 18 d’abord puis de la Cathédrale Notre Dame du Congo le samedi 19 mai 2018. En marge de ces
funérailles, l’illustre disparu a été proclamé « Héros de la
démocratie » par les activistes des mouvements citoyens et les
opposants.
Martin Fayulu et Delly Sesanga ont, dans leurs messages de
circonstance, exhorté les Congolais à poursuivre le combat de Rossy
pour défendre la démocratie menacée par les dérives du pouvoir en
place.
Valentin Mubake n’était pas le bienvenu aux obsèques de Rossy
Mukendi. Qualifié de traitre, l’ancien conseiller politique d’Etienne
Tshisekedi a été chassé comme un malfrat dans la soirée du vendredi du
home de l’Assanef.
Etaient également présents aux obsèques, le Secrétaire général de
l’UDPS, Jean Marc Kabund, accompagné d’Augustin Kabuya (Secrétaire
général adjoint). Il y avait aussi Gilbert Kiakwama (député national),
Adam Bombole (député provincial), Christian Mwando (député national),
Christopher Ngoy (activiste des droits de l’homme), deBaudouin Mayo
(député national), etc …
Prenant la parole à la fin de la messe, une activiste des mouvements
citoyens a fait l’éloge de l’engagement de Rossy Mukendi dans le
combat pour l’alternance démocratique en République Démocratique du
Congo. Elle a répété le slogan chère Rossy « le peuple gagne toujours
», lequel a électrisé la Cathédrale Notre Dame du Congo.
« Nous allons colorer le sol congolais de notre sang pour que les
générations futures ne soient pas esclaves dans leur propre pays », ne
cessait de répéter l’illustre disparu de son vivant.
L’autre temps fort des obsèques était le témoignage du fils aîné de
Rossy Mukendi. Cet gamin devenu orphelin de père à l’âge de 10 ans a
pris l’engagement de poursuivre le combat de son père, qui lui a
appris à aimer le Congo, a-t-il clamé, faisant fondre des centaines de
personnes en larmes.
Rappelons que le corps de Rossy a été gardé à la morgue pendant trois
à la morgue pour des raisons inavouées, sur ordre des autorités
judiciaires, avant d’être remis à sa famille.
ERIC WEMBA

ORAISON DU COMITE LAIC DE COORDINATION
«Ton sang est semence de la liberté et de la démocratie…»
Cher Rossy,
C’est à toi que nous voulons nous adresser. Bientôt, ton corps
physique ne sera plus sous nos yeux. Mais ton esprit demeurera plus
que vivant parmi nous. Il a déjà trouvé sa place dans nos mémoires et
ceux de tant jeunes regroupés au sein des mouvements citoyens et
autres réseaux associatifs. Oui, ton nom est inscrit en lettre d’or au
coeur de notre peuple, ton peuple pour qui tu as versé le sang. Ton
sang qui est semence de la liberté et de la démocratie pour un Congo
nouveau.
Une fois de plus, le Comité Laïc de Coordination te rend hommage. 11
te dit toute sa reconnaissance pour le témoignage si vivant que tu
nous laisses : l’image de ta présence dans nos réunions de
concertation; les paroles fortes et toniques que tu as prononcées ou
écrites; des attitudes d’un courage inoubliable que tu as présentées
jusqu’à refuser de capituler en plein milieu de la bataille. Nous
comprenons à présent que tu étais promis à l’immortalité. Tu l’avais
prédit : « nous allons colorer le sol congolais de notre sang, pourvu
que nos enfants ne vivent pas esclaves dans leur propre pays ! »
C’est un véritable testament que tu nous as laissé à tous, jeunes et
vieux. Puisque chaque Congolaise et chaque Congolais est à l’image de
Dieu, ce pays, leur pays, doit devenir une terre de dignité,
d’accueil, de solidarité et d’épanouissement pour chacun d’eux. Et, ce
combat-là ne s’arrêtera pas tant que les libertés publiques seront
confisquées, les biens publics et les ressources nationales privatisés
et l’avenir de toute la communauté, sacrifiée à l’autel des ambitions
démesurées de quelques fils égarés et inconscients.
Jusqu’au bout, Rossy, tu auras été à la fois, acteur et sujet de
combat. Tes funérailles ont été le lieu d’affrontement, de
confrontation entre « le bien » et « le mal ». Après la période des
alibis d’autopsies, de déclarations et contredéclarations sur les
causes de ta mort qui auraient été des prétendues balles en
caoutchouc, est venue l’ère de la séquestration de ton corps devenu
prisonnier d’une bureaucratie surprenante et puante.
C’est au moment où allait être déclenchée une campagne de grande
envergure sur le thème « Rendez-nous le corps de Rossy ! », que
brusquement, fout s’est arrangé, comme par enchantement.
Nous tenons ici à exprimer toute notre solidarité à ta famille,
particulièrement, à ta chère épouse, tes deux enfants, ton père, ta
grande soeur et ton frère. Plus que nous tous, qu’ils se sentent fiers
de toi.
Tu as dit toi-même: « Je partirai fier d’avoir défendu un idéal! »
Heureux es-tu, Rossy, dans le Seigneur d’avoir rempli jusqu’au bout la
mission de ta vie ! Heureux es-tu, Rossy, de compter désormais parmi
les martyrs de la démocratie au Congo! Heureux es-tu, Rossy, de
demeurer aux avant-postes de ce combat national, en servant de modèle
et de guide à nos jeunes, pour une mobilisation plus totale et sans
concessions dans la défense de l’intérêt commun au Congo.
Merci de nous avoir partagé ta conviction profonde: « le peuple gagne
toujours! »
Oui, nous sommes certains, avec l’aide de Dieu, que le peuple
congolais va gagner.
Il va remporter une victoire éclatante contre les mensonges, les
inégalités, l’impunité, l’injustice et tant d’autres anti-valeurs qui
retardent cruellement l’avènement de la paix dans notre pays.
Puisses-tu obtenir du repos, un repos éternel dans la maison de Dieu,
aux côtés de tant d’autres martyrs, particulièrement les victimes des
multiples actions de non-violence pour l’avènement de la démocratie au
Congo.
Au revoir, Rossy !

Kinshasa, le 19 mai 2018

Pour le Comité Laïc de
Coordination

Jonas Tshiombela
Isidore Ndaywel
Justin Okana
Julien Lukengu
Gertrude Ekombe
Franklin Mbokolo