Objectivité journalistique et risques du métier en RDC

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IMG_5310Les journalistes ont répondu particulièrement nombreux hier lundi 11 novembre 2013, à l’Hôtel Sultani, à l’invitation de l’Omec (Observatoire des Médias Congolais) et du Collectif 24, actuellement en campagne de sensibilisation de la société congolaise à la proposition de Loi d’Accès à l’Information. Dans son mot de bienvenue, Polydor Muboyayi Mubanga, président de l’Omec, a rappelé à l’assistance que ce combat est mené depuis plusieurs mois, dans le but de pousser le pays à s’engager dans la voie de la transparence dans la gestion des affaires publiques, à devenir un modèle de démocratie.

            Il a tenu à préciser que la loi d’accès à l’information n’est pas exclusive aux médias mais concerne tous les segments de la communauté nationale. Introduisant les deux sous-thèmes du jour, Polydor Muboyayi a interpellé les professionnels des médias au sujet du respect des règles du métier, contenues dans le Code d’éthique et de déontologie. Celles-ci exigent d’eux l’objectivité, laquelle repose sur le respect de la vérité, la vérification et le croisement des sources, la responsabilité, l’indépendance.

            Mais la presse congolaise ne peut se montrer réellement responsable et objective que si les sources d’information sont libérées non seulement pour les professionnels des médias mais aussi pour d’autres membres de notre société.

            Poursuivant sur sa lancée, le président de l’Omec s’est demandé comment obtenir la sécurité de leur territoire et leur sécurité individuelle si les Congolais ne savent pas ce que mijotent leurs voisins. Si le pays est constamment agressé et souvent par surprise, a-t-il indiqué, c’est notamment à cause de son déficit informationnel.

La loi d’accès à l’information et l’objectivité journalistique

            Chargé de plancher sur ce sujet, le professeur Emmanuel Kabongo Malu s’est appuyé sur l’ordonnance loi de 1984 portant statut du journaliste pour le définir comme étant la personne qui tire l’essentiel de ses ressources de la collecte, du traitement et de la diffusion de l’information. Parlant du processus du traitement de l’information, il a insisté sur la sélection à opérer en fonction de l’actualité, de la pertinence et de la signification du sujet mais aussi sur la vérification des sources, l’authenticité de la documentation, l’indépendance du journaliste. Le produit fini devrait être débarrassé de tout subjectivisme.

            En dépit de toutes ces précautions, a-t-il indiqué, le métier de journaliste comporte pas mal de risques en République Démocratique du Congo, à cause singulièrement de l’absence d’une loi devant faire sauter le verrou du secret. Il a cité, dans le tas, les cas de Kalala Mbenga Kalao de La Tempête des Tropiques, arrêté, brutalisé et jeté en prison dans les années’90 pour avoir dénoncé la tribalisation des FAZ (Forces Armées Zaïroises) sous le titre « Les généraux de Mobutu, qui sont-ils ? » ; Muboyayi du quotidien Le Phare, arrêté, torturé et jeté en prison en 1997 pour avoir refusé de dénoncer Tsivis (contraint à la clandestinité) auteur d’un article intitulé « Kabila met en place sa DSP » ; Ipakala de La Référence Plus, traduit en justice puis finalement acquitté pour avoir publié la liste reprenant des dépenses somptueuses des mandataires du CEEC ; de Diana Gikupa poursuivi en justice, condamné et jeté en prison pour avoir dénoncé, dans un dossier fouillé, un hôpital de la mort tenu par un sujet chinois.

            Aux USA, a fait savoir Kabongo, la situation est toute autre. La veuve de Sadate, qui avait refusé de révéler le salaire qu’elle percevait pour des cours qu’elle devait dispenser pendant trois mois dans une université, avait été traînée en justice et contrainte de démissionner. Mais, le journaliste qui voulait connaître la vérité avait fini par apprendre qu’une fondation lui versait un million de dollars Usd. Il a rappelé aussi le feuilleton de l’ancien ministre français du Budget, Cahuzac, qui s’était lancé dans des dénégations sur l’existence de ses comptes en Suisse et aux Iles Vierges avant de faire des aveux qui l’ont conduit à la démission forcée.

            Il a conclu en soulignant que si la loi d’accès à l’information était votée et promulguée, le journaliste congolais, ce chercheur de sciences sociales, ne serait plus traité comme une balle de ping-pong.

Loi d’accès à l’information et l’amélioration de la sécurité

            Henri Christian Longendja, Directeur exécutif du Collectif 24, a établi une corrélation entre droit à l’information et sécurité, deux droits humains fondamentaux. Mais la loi d’accès à l’information a la particularité d’être multidimensionnelle, car en liaison avec la santé, l’éducation, le logement, l’environnement, la sécurité individuelle et collective, etc. D’où, frapper de top secret, secret-défense, secret d’Etat…des données en rapport avec la sécurité, empêcher le peuple d’être informé, c’est préjudiciable à la sécurité nationale. Or, il a été démontré que si la population est correctement informée, elle peut se comporter en alliée naturelle de l’armée, de la police, des services de sécurité, des autorités politiques et administratives.

            Il a rappelé à tous qu’en 1998, la population de Kinshasa avait fait échec à l’incursion des agresseurs rwandais, ougandais et burundais parce que Mzee Laurent Désiré Kabila avait décrété une mobilisation générale qui s’était traduite par une forte résistance populaire.

            Il a énoncé quelques principes globaux adoptés au terme d’au mois 14 rencontres internationales et permettant de faire la différence entre les informations à divulguer et celles à ne pas mettre à la portée du public, pour des raisons bien définies. A titre, indicatif, il a retenu dans le paquet d’informations ultra sensibles celles ayant trait à la défense nationale, aux plans de guerre, au système de communication des services spéciaux, etc.

            Un débat très animé a succédé aux communications. Deux questions ont particulièrement préoccupé les journalistes, à savoir celle de l’inadéquation entre le Code pénal et les textes régissant leur profession ainsi que celle de la pauvreté des médias, avec pour conséquence la difficulté de bien documenter leurs productions. S’agissant du premier point, le président de l’Omec, le professeur Kabongo ainsi que le Directeur exécutif du Collectif 24 ont fait état de l’impératif de mener un autre combat, celui de la révision de certaines dispositions du Code pénal en vue de les harmoniser avec la future loi d’accès à l’information. Pour ce qui est de la précarité financière des médias, Polydor Muboyayi a déploré l’absence d’arrêtés interministériels d’application de la loi du 02 avril 1981 portant régime des facilités reconnues à la presse en matière des droits d’entrée, de factures d’eau et d’électricité, de fisc, de transports aérien, routier, ferroviaire, fluvial et lacustre, etc. Au sujet des secrets-défense, tous les intervenants ont constaté qu’il est difficile de cacher, avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication mais aussi au regard de la grande liberté d’action des médias occidentaux (cas des écoutes de Nasa, des câbles de Wiki Leaks).

Intervenant enfin pour la clôture de la journée, Polydor Muboyayi en a appelé à la multiplication des efforts d’ensemble pour que les Congolais prennent conscience de la nécessité de se battre pour l’émergence d’une loi devant garantir la transparence dans la gestion et la gouvernance de l’Etat.

Kimp

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