Nouvelle ville morte à Kinshasa : magasins ouverts, clients invisibles !

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On aura tout vu à Kinshasa. D’ordinaire, « ville morte » rime avec commerces et marchés fermés. Mais hier mardi 19 décembre, les rares Kinoises et Kinois qui ont fait le tour du centre-ville ont constaté un phénomène bizarre. Pratiquement tous les magasins, restaurants, super marchés, « malewa », kiosques, bureaux de change… étaient
ouverts, des avenues Itaga à Lukusa, en passant par Kasaï, Bokasa, Kasa-Vubu, Plateau, Marché, Bas-Congo, Marais, Kato, Rwakadingi, Commerce, Tombalbaye, Colonel Ebeya, Mutombo Katshi, Port, Equateur et même le boulevard du 30 Juin.

L’autre face du tableau est que les « clients » étaient portés disparus, car bloqués dans leurs quartiers de résidence par la peur des représailles des forces de l’ordre, dans l’hypothèse de la violation, par les cadres et militants du Rassemblement, de
l’interdiction de leurs marches par l’Hôtel de Ville de Kinshasa.
Ainsi donc, le spectacle vécu tout au long de la journée d’hier était celui des maisons de commerce désertes, faute de clients pour lécher les vitrines ou faire des achats.
A partir du croisement des avenues Kasaï et Commerce, on pouvait
balayer du regard l’espace, sans rencontrer une silhouette humaine,
jusqu’à celui des avenues Kasa-Vubu et Commerce. Les rares personnes
visibles dans le secteur étaient des commerçants asiatiques et leurs
employés, débout devant leurs magasins, dans l’attente d’hypothétiques
clients qui étaient loin de penser qu’ils allaient ouvrir en cette
journée que tout le monde savait « morte ».
La longue et désespérée attente de visiteurs, débutée autour de 8
heures du matin, s’est poursuivie jusqu’au tour de 16 heures, temps
réglementaire de fermeture. Qui va compenser le manque à gagner de
tous ces opérateurs économiques qui, traditionnellement, ferment
boutique, convaincus que les acheteurs ne prennent de risques lors des
« villes mortes » ? La question reste jusque-là sans réponse.
Plusieurs sociétés de transport en commun ont connu le même sort,
notamment Transco, et Transkin, dont les bus ont roulé à vide tout au
long de la journée. Les membres de leurs équipages languissaient
d’ennui aux terminus de la Gare Centrale, de l’UPN, de Ndjili-Sainte
Thérèse, de Kingasani ya Suka, de Kinkole, de Debonhomme, de l’Hôtel
de Ville, etc. Comme de coutume, les « points chauds » de la ville
étaient militarisés avec des escouades de policiers armés jusqu’aux
dents, notamment à Mikondo, Kingasani/Pascal, Ndjili/Q.1, Echangeur de
Limete, 13me, 12me, 11me, 10 et 7me Rues à Limete, rond point
Victoire, rond point Ngaba, Intendance/Unikin, terminus UPN, Bandal/
Moulaert, Kintambo/Magasins, Marché Central, rond point
ex-Kin-Mazière, Terminus/Matete, avenue de l’Enseignement, Boulevard
Triomphal, etc.
A en croire des sources dignes de foi, les opérateurs économiques de
Gombe comme d’autres communes de la capitale ont reçu de
l’administration urbaine la consigne d’ouvrir les portes de leurs
maisons, au risque d’être lourdement sanctionnés. La menace était
particulièrement dirigée contre tous ceux qui, le 30 novembre 2017,
n’avaient pas répondu au mot d’ordre.
L’un des enseignements à en tirer est que l’interdiction, par le
gouverneur de la ville, des marches annoncées par le Rassemblement a
produit, comme effet négatif, la paralysie partielle de la capitale.
N’eut été l’envoi précipité en vacances des élèves du primaire et
secondaire ainsi que de leurs aînés du supérieur, on allait vivre une
fois de plus le décor des écoles et universités « mortes ».
L’autre fait à ne pas banaliser est que les masses populaires en
appellent vivement à un changement de gouvernance au sommet de l’Etat.
Car pour les sans-emploi, les affamés, les sans-logis… bref, les
laissés pour compte, ceux qui ont passé 11 ans dans les institutions
de la République à les nourrir de promesses sans lendemain, devraient
être sanctionnés lors des élections, à organiser dans les délais les
plus brefs. Chaque jour qui passe représente, pour ceux qui sont sans
perspective d’avenir, 24 heures d’une interminable épreuve de survie.
Kimp