Nouvelle stratégie au détriment des victimes du Kivu (PAR TSHISWAKA MASOKA HUBERT)

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L’indignation généralisée contre le soutien avéré du Rwanda au mouvement terroriste du M23, suscite une amplification de la stratégie de banalisation des crimes commis par ce groupe terroriste au détriment des victimes du Kivu. Le travail de propagande négationniste vise à dérouter l’opinion publique ainsi que des personnes éprises de paix et de bonne foi, afin de créer un doute sur la souffrance réelle du peuple congolais. Des medias qui se livrent à ce jeu, auront difficile à expliquer leur rôle dans la justification des affres du M23 sur les victimes civiles. Pour comprendre l’esprit de cette entreprise, il convient de lire sur le site de New Times du Rwanda  une série d’articles y consacrés dont celui écrit en anglais, le 14 août 2012 par  James Munyaneza et James Tasamba sous le titre : «M23 rebels have not committed war crimes, says US envoy»

Et pourtant, un criminel, quelque soit sa nationalité ou son rang social ne devrait aucunement bénéficier d’un appui médiatique quelconque.     De ce fait, il y a lieu de prévenir l’opinion publique contre cette stratégie observée ces derniers temps qui consiste en : (i) la négation des crimes qu’ils ont commis, (ii) les tentatives de taire les victimes, (iii) la culpabilisation des victimes, des acteurs congolais et des organisations internationales qui apportent des preuves éventuelles, (iv) la justification des actes terroristes, et (v) la glorification des chefs terroristes en les présentant comme la seule alternative à la paix pour les victimes en otage. Outre l’indignation face à cette banalisation des crimes commis par les terroristes du M23, le peuple congolais déplore  aussi l’incapacité de son gouvernement à mettre fin par des moyens légaux à la souffrance lui imposée. A cette fin, aucune mesure concrète n’est prise contre qui que ce soit, comme si tout était normal. Le Premier Ministre ne pose aucun acte constitutionnel. Le ministre de la Défense est autant aphone que le Chef d’Etat Major général des FARDC. Pourtant, la Constitution congolaise donne aux Forces armées de la RDC (FARDC) qui sont au service de la nation, « la mission de défendre l’intégrité du territoire national et les frontières » (article 187).

Les victimes méritent justice


    Les victimes congolaises, réduites à l’anonymat des chiffres dans les statistiques des agences humanitaires, méritent la justice, au même titre que celles de partout ailleurs dans le monde où étaient commis des crimes de masse de l’ampleur de ceux enregistrés dans le Nord-Kivu. La réaction de la communauté internationale, enregistrée après la publication du rapport de l’ONU, dénonçant le soutien substantiel du Rwanda aux activités terroristes du M23 en RDC, est une éloquente expression de la conscience internationale de la gravité des crimes contre les civils dans le Kivu. Bien que depuis cette publication l’ambition criminelle du M23 de poursuivre cette entreprise de frapper physiquement l’innocente population congolaise est réduite à la baisse ; il s’est évertué à mettre en place une administration illégale qui lui faciliterait le pillage des ressources naturelles et la réduction en esclavage de la population civile. Le peuple congolais, mis à mal par les insuffisances criantes de son gouvernement, ne cesse d’en appeler aux icônes politiques qui animent des institutions internationales et régionales à même de comprendre le langage de promotion des valeurs humaines, des droits humains, de paix et de justice pour venir au secours des victimes de la cruauté des groupes opérant au Nord-Kivu. Le drame humain qui se déroule en RDC n’est pas seulement congolais. Il empêche l’épanouissement de l’espèce humaine et le développement de grandes industries d’exploitation des potentialités naturelles énormes que le Rwanda n’a pas de capacité d’exploiter légalement que de vouloir les piller par l’entremise des forces négatives.

Nier à jamais les crimes commis par le M23


    Le mouvement terroriste M23 et ses alliés ont actionné un réseau qui a pour rôle de déformer la réalité des faits cruels commis au Kivu contre la population civile. Ces organisations prétendent notamment que les auteurs des crimes décriés sont des éléments des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) dont la majorité de dirigeants sont poursuivis pour des actes constitutifs du crime de génocide de 1994 au Rwanda. Elles attribuent en outre des actes criminels du M23 aux autres groupes armés qui sont dans les mêmes territoires du Nord-Kivu, dans le seul objectif de créer la confusion et le doute sur la gravité et la réalité même des crimes.
    C’est ainsi que par extension à cette stratégie, dans les forums des Etats, le Rwanda a la charge de régulièrement contester ou minimiser même d’autres faits historiques, en particulier ceux qu’on pourrait qualifier de crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis par Jules MUTEBUSI, Laurent NKUNDA et Bosco NTAGANDA. Dans toutes les réunions internationales où se discute de la situation sécuritaire en RDC, le Président Paul KAGAME et les membres de son gouvernement se concentrent à substituer la question des crimes commis contre les civils en RDC par celle de «l’enjeu sécuritaire du Rwanda face aux FDLR». Ainsi, ils réussissent cyniquement à vider les plaintes du peuple congolais de toute substance et réduire son besoin de justice en une simple assistance humanitaire : la distribution des tentes bleues et des biscuits vitaminés. L’opinion notera que Jules MUTEBUSI et Laurent NKUNDA séjournent toujours au Rwanda, après des crimes graves commis sur la population civile en RDC.

Faire taire les victimes autant que possible


    Pendant longtemps, les groupes rebelles soutenus par le Rwanda, en l’occurrence l’AFDL (1996), le RCD (1998), le CNDP (2005) et le M23 (2012) n’ont jamais voulu quitter les territoires où habitent leurs victimes. Des politiciens occidentaux à l’instar de Tony BLAIR travaillent à convaincre les institutions internationales, y compris le Conseil de Sécurité des Nations Unies, à les incorporer dans les services d’intelligence, de police, ainsi que des forces armées.
    Cette stratégie qui n’a qu’un seul but, celui de contrôler et faire taire les victimes par leurs bourreaux, avait permis de procéder à des opérations d’intégration inouïes des groupes armés indisciplinés et mal formés au sein des forces armées et services d’intelligence loyalistes. Ceci a eu pour conséquence de voir des individus sur qui reposent des mandats d’arrêts aux fins des poursuites judiciaires pour crimes graves devenir responsables de l’armée, de la sécurité de l’Etat et de la protection de la population civile. Par conséquent, une augmentation sensible des crimes contre la population civile et la déstabilisation d’institutions publiques sont devenues légion.

Culpabiliser les victimes et les institutions publiques


    Les défenseurs des Droits humains et autres leaders d’opinion du Nord-Kivu sont des cibles du terrorisme du M23. Ils sont présentés comme des fauteurs de troubles. Les victimes des violences sexuelles sont blâmées pour avoir parlé de leur sort. Pis encore, le fonctionnaire de l’administration locale, les agents de la police et les chefs coutumiers des territoires sont présentés comme des « relais du pouvoir corrompu », quand bien même ces fonctionnaires ne seraient pas payés depuis des années. Cette distorsion de la réalité sociale est conçue comme moyen de faire peser sur la morale de la population, une responsabilité des faits qu’elle n’a pas commis, afin de mieux la contrôler.
    Au niveau international, le M23 est relayé par des pétitionnaires  contre le Groupe d’experts des Nations Unies sur la RDC et des agents de la MONUSCO, pour avoir révélé les liens directs entre des officiels rwandais et le M23 . Ce qui n’étonne plus personne, les initiateurs de la pétition  s’attaquent individuellement au coordonnateur du groupe d’experts, M. Steve Hege , avec des messages d’intimidation et de haine dans la presse, le présentant comme « An ideological warrior, a supporter of perpetrators of Genocide against Tutsi » (Steve Hege, un combattant de l’idéologie et  soutien des auteurs du génocide contre les Tutsi). Ce refrain et fond de commerce du siècle passé qui avait réussi à faire taire toute la communauté internationale lors de l’agression de la RDC en 1996 et en 1998, avait causé plus de 5 millions de mort, en RDC. Il est difficile de comprendre l’opportunité de le chanter en ce moment où le peuple congolais demande sa protection contre un mouvement terroriste. Si l’on ne comprenait pas le contexte et l’ensemble de la stratégie de banalisation des crimes commis par le M23, on aurait tendance à répondre en chœur à la chanson fétiche du Rwanda : « Nous sommes tous les victimes du génocide ».

Justification des actes terroristes


    L’opinion se souviendra qu’en 1996, le Rwanda agissant derrière l’AFDL  avançait l’alibi de la protection des « Banyamulenge » en quête de leur nationalité congolaise. Mais en définitive, ils avaient renversé l’ordre institutionnel en saisissant le pouvoir de l’Etat à Kinshasa en mai 1997. Les rebelles devenus officiels, avaient obstrué les missions des enquêteurs de l’ONU qui cherchaient à investiguer sur des graves violations des Droits de l’Homme dénoncées lors de leur avancée vers Kinshasa. Depuis lors, les « Banyamulenge » se sont distancés des maitres penseurs de Kigali, car le résultat de cette conquête hégémonique n’avait que causé plus de tort à la république et à la communauté des « Banyamulenge » en particulier.


    En 1998, le Rwanda agissant derrière le RCD  avait trouvé l’alibi de la « minorité à protéger ». Ce qui avait permis d’imposer, après l’assassinat du Président Laurent Désiré KABILA en janvier 2001, la formule d’un Président et quatre Vice-présidents dont l’un issu du RCD soutenu par le Rwanda (2003-2006). Ceci donna naissance à une équipe qui empêcha toute enquête sur les crimes graves commis en RDC. Mêmes les décisions de la Cour Internationale de Justice (CIJ) contre le Rwanda et l’Ouganda ont été ignorées par les nouvelles autorités en place à Kinshasa.
    En 2005, la formule de la participation politique des ethnies frontalières et le retour des refugiés « rwandophones » constituait l’essentiel de la rhétorique des nouvelles forces de proximités au service du Rwanda. D’abord, le bataillon dirigé par Jules MUTEBUSI à Bukavu prend la population en otage en 2004, pendant plus de dix jours ; ensuite, la création du CNDP par Laurent NKUNDABATWARE à Goma (2005). L’aventure se termine par un mixage en 2009. L’intégration de tous les combattants CNDP dans les FARDC, avec de nouveaux grades et avantages sociaux dans tout l’Est de la RDC.


Après leur échec aux élections de novembre 2011, ils obstruent la tentative de rendre justice aux multiples victimes des crimes de masse par la Cour Pénale Internationale (CPI); les mêmes acteurs créent le M23 en avril 2012, pour négocier des immunités des poursuites, la sauvegarde des avantages matériels et la gestion parallèle d’une partie du territoire nationale.  On peut tromper tout le monde pour un temps, mais on ne pourra pas tromper tout le monde tout le temps. Le Rwanda a toujours nié son implication dans les guerres et la commission des crimes en RDC ; quand bien même son actuel ministre de la défense, Général James KABAREBE était le Chef d’Etat-Major Général des forces congolaises. Le premier mensonge était destiné à contrôler tout le pouvoir de l’Etat (AFDL : 1997-2003). La deuxième ruse avait permis d’obtenir une vice-présidence (RCD : 2003-2006), tertio le contrôle de toute la partie de l’Est, de l’Ituri à Kalemie (CNDP : 2005-2012). Maintenant, c’est le territoire de Rutshuru seulement (M23 : depuis avril 2012 a ce jour).

Conclusion


    Même dans le cas où le gouvernement de la RDC serait manifestement incapable de défendre le territoire national et protéger sa population, conformément à la Constitution du pays; le peuple congolais a la capacité de défendre pacifiquement ses intérêts. Les organisations de la société civile, et les églises en leur tête, ne cesseront de dénoncer le plan cynique ourdi à partir du Rwanda et appeler les autres peuples libres épris de paix et de justice à, non seulement dénoncer et sanctionner le Rwanda pour son rôle barbare dans le drame congolais, mais aussi exiger justice pour la population victime.
    L’intérêt primordial demeure la justice pour le peuple congolais à qui appartient la souveraineté nationale. Est illégitime et caduc, tout arrangement entre des membres de l’exécutif congolais et des tiers qui ne respecte la Constitution et la procédure des accords et traités en matière d’engagement de l’Etat sur des questions qui touchent à sa souveraineté et son intégrité.

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