Nouvelle Loi Electorale : séisme politique en RDC, de 600 à 10 partis !

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Après avoir modifié la loi électorale en 2011, en apportant, entre autres nouveautés, l’élection du Président de la République en un tour unique au lieu de deux, la proportionnelle dans l’attribution des sièges à l’Assemblée Nationale, la Majorité Présidentielle vient d’initier un nouvel amendement du texte en vigueur. Il y a six ans,
l’objectif visé était de fermer la porte de la présidence aux candidats de l’Opposition, avec la complicité de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) alors pilotée par le pasteur Daniel Ngoy.

A la différence de 2011, la nouvelle Loi Electorale en chantier va provoquer un séisme politique au niveau de toutes les formations, les plates- formes et personnalités politiques sans assise sociologique sur le terrain. En effet, l’introduction du seuil de 3% de représentativité en termes de suffrages pour obtenir un siège à l’Assemblée Nationale va signer l’arrêt de mort de la quasi-totalité des partis « mosaïques » et « satellites » qui occupent l’espace politique national.

Les observateurs sont d’avis que sur plus de six cents partis politiques signalés aux quatre coins du pays, une dizaine seulement seraient en mesure de se taper au moins 1.500.000 voix représentant les 3% exigés par les nouveaux législateurs. A ce stade, des pleurs et
des grincements de dents fusent déjà de plusieurs états-majors politiques, où l’on parle de la liquidation planifiée de « menus fretins » politiques au profit des « dinosaures ». A l’horizon 2019,
la scène politique congolaise serait certainement moins encombrée
qu’aujourd’hui. Selon la volonté du législateur, on s’achemine
lentement mais sûrement vers la fin d’une époque, celle des partis de
mallettes, avec un seul député ou un seul sénateur au Parlement.

UDPS, PPRD et UNC… tranquilles

Trois partis politiques ayant un rayonnement national incontestable
sont tranquilles face à la modification brutale des règles du jeu
démocratique décidée par la Majorité Présidentielle. Il s’agit de
l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social) ayant pour «
Autorité morale » intérimaire Jean-Marc Kabund, son Secrétaire
général, du PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la
Démocratie), dont l’ « Autorité morale » n’est personne d’autre que le
Chef de l’Etat, Joseph Kabila, et de l’UNC (Union pour la Nation
Congolaise) avec Vital Kamerhe pour « Autorité morale ».
Quiconque se donne la peine de circuler à travers le territoire
national peut attester de l’effectivité des activités de ces trois
partis dans les villes, territoires et villages. Des cadres et des
militants animent des structures de base réellement fonctionnelles.
L’on pense que lors des prochaines élections, l’UDPS, le PPRD et l’UNC
vont se tailler la part du lion dans le partage des sièges à
l’Assemblée Nationale. Cela fait penser à la fameuse formule de la «
démocratie à trois » (MPR, UDPS, FCN) que voulait imposer feu le
Maréchal Mobutu au lendemain de son discours du 24 avril 1990
décrétant la fin du monopartisme.

Le Palu, le MLC, le MSR, l’AFDC, l’Unafec, l’Unadef, l’ARC, le PDC… en
ballottage
On rencontre, sur l’échiquier politique congolais, des partis qui,
sur papier, alignent des représentations sur l’ensemble du territoire
national. Mais, en réalité, leur sphère d’influence a une portée
régionale. Leur singularité est qu’en dehors des antennes de Kinshasa,
leur « base » sociologique se trouve être la province d’origine de
leur leader. C’est le cas du Palu, dont les « drapeaux » flottent dans
presque tous les quartiers de Kinshasa mais dont le véritable fief
électoral est la province du Kwilu, d’où sont originaires son chef
historique, Antoine Gizenga, ainsi que ses collaborateurs les plus
fidèles, à savoir Adolphe Muzito et Gizenga Lugi.
Il en est de même du MLC (Mouvement de Libération du Congo). Force
politique d’envergure nationale au retour de Sun City, en 2003, après
le Dialogue Intercongolais, et sous le régime 1+4, avec son chairman
Jean-Pierre Bemba Gombo à l’une des vice-présidences de la République,
ce parti a perdu progressivement son poids politiques avec la vague de
défections de ses cadres historiques ( Olivier Kamitatu, Thambwe
Muamba, Adam Bombole, François Muamba, Thomas Luhaka, Delly Sesanga,
Alex Kande, José Endundo, José Makila, Jean-Lucien Busa…).
Du coup, le MLC a été déserté par des milliers, sinon des millions de
militants, au point de ne plus avoir le contrôle de Kinshasa et de
l’ex-Equateur, ses anciennes bases électorales. Du coup, sa base
sociologique s’est effritée, au point de se réduire à la seule
province du Sud-Ubangui. Quant à sa présence dans d’autres provinces,
elle est devenue simplement symbolique.
Le MSR (Mouvement Social pour le Renouveau), très en vue lors des
élections de 2006 et 2011, avec un impressionnant contingent d’élus à
l’Assemblée nationale et au Sénat, souffre terriblement de son divorce
avec la Majorité présidentielle en 2015, avec en prime l’émergence
d’une dissidence qui risque de lui voler pas mal de voix lors de
prochaines élections. Son dédoublement a considérablement réduit sa
présence à Kinshasa ,ainsi que dans plusieurs provinces du pays.
L’AFDC de Modeste Bahati Lukwebo, l’une des forces politiques
pourvoyeuses de la Majorité Présidentielle en élus en 2006 et 2011,
mais dont les antennes provinciales ont du mal à prendre réellement
corps en dehors du Sud-Kivu, la province d’origine de son « Autorité
morale », aura du mal à glaner des voix en dehors de celle-ci en 2018
et 2019. Le label de la MP risque de ne pas lui être d’une grande
utilité dans un environnement concurrentiel avec le PPRD, l’UDPS et
l’UNC.
L’Unafec (Union des Nationalistes Fédéralistes au Congo) de Gabriel
Kyungu et l’Unadef (Union Nationale des Démocrates Fédéralistes) de
feu Mwando Nsimba dans l’ex –Katanga, l’ARC (Alliance pour le
Renouveau du Congo) d’Olivier Kamitatu dans le Kwilu et le Kwango, le
PDC (Parti Démocrate Chrétien) de José Endundo dans l’ex-Equateur et
la Tshuapa constituent des exemples typiques des partis exclusivement
provinciaux. Face à l’exigence de 3% des suffrages pour gagner des
sièges, tout peut leur arriver : le meilleur comme le pire.
Kimp