Nouvelle guerre à l’Est : transition hypothéquée

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m23 (1)Pendant qu’à Goma, les autorités politiques et militaires cherchent leurs mots pour dénoncer la nouvelle guerre d’agression qui vient de se déclarer à l’Est du pays, c’est la langue de bois à Kinshasa, tant du côté des décideurs politiques que des responsables de la Monusco (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo). Dans cette partie du pays où il est difficile de tout cacher, des nouvelles en circulation ça et là font état de la destruction, le vendredi 27 janvier 2017, de deux hélicoptères des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) par des missiles qui répondraient aux mêmes caractéristiques que les Sam-7 Strela, ainsi qu’à ceux identifiés sur le lieu de l’explosion de l’avion Falcon qui ramenait, en 1994, feus les présidents Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira à Kigali, de retour d’Arusha, en Tanzanie.
Ce qui est troublant dans l’affaire est que ce type de missiles sol-air est répertorié dans l’arsenal militaire de l’armée rwandaise. Selon des versions non confirmées par des sources officielles, l’attaque aurait été menée par un commando appartenant à la RDF (Rwanda Defence Force), près de la frontière congolo-rwandaise.
 
            On rappelle que les deux appareils de l’armée congolaise étaient en patrouille dans le secteur compris entre Karisimbi et Mikeno, au Nord-Kivu.
 
Qui avait vendu le plan de vol ?
 
            Des interrogations restent sans réponses au sujet de ce qui parait comme un acte de trahison contre les équipages des deux hélicoptères des FARDC « accidentés » ou « abattus par des missiles » le vendredi 27 janvier. Dans une zone caractérisée par un intense trafic d’avions civils et des patrouilles de routine des drones de la Brigade d’Intervention de la Monusco, c’était un risque pour les rebelles du M23 de s’encombrer d’armes aussi dangereuses que des missiles sol-air, facilement repérables par les équipes de surveillance de la force onusienne. L’unique moyen d’en faire usage sans éveiller les soupçons était de mener une action éclair. D’où la thèse du recours à un commando bien renseigné et bien entraîné à cette fin.
            L’autre détail important à relever est que pour frapper les « cibles » sans risque d’erreur, les saboteurs devaient être pleinement informés du plan des vols des hélicos des FARDC. La question qui revient une fois à l’esprit est de savoir qui avait vendu la mèche.
            A ce propos, il est malheureux de rappeler que le commandement militaire comme les troupes des FARDC opérant dans la partie Est du pays vivent au quotidien dans la psychose des coups fourrés d’une multitude de galonnés et soldats « étrangers » ayant infiltré leurs rangs de longue date, à la faveur des opérations de « bradage » et « mixage ». On peut rappeler, à ce propos, les épisodes douloureux de la prise de la ville de Goma en décembre 2012 par le M23, auquel des militaires congolais avaient ouvert un boulevard suite à un ordre de repli venu de nulle part ainsi que l’assassinat du colonel Mamadou Ndala en 2013, alors que ce vaillant officier venait de s’illustrer dans la « guerre de libération » de l’Est des mains des inciviques appartenant à ce même mouvement rebelle.
 
Nouveau plan de reconquête du Nord-Kivu
 
            On laisse entendre, au Nord-Kivu, que plusieurs milliers de jeunes soldats tutsi congolais seraient recrutés et entrainés au Rwanda en vue de participer à la nouvelle guerre de reconquête de cette province. Il semble que ceux-ci seraient mécontents de n’avoir pas trouvé leurs comptes après le positionnement de nombre de leurs chefs politiques dans les institutions de la République Démocratique du Congo. Depuis la guerre de « libération » de 1996-1997, en passant par celle d’agression de 1998-2003, celle du CNDP/M23 en 2008-2009 et enfin celle du M23 en 2012-2013, ces hors-la-loi ont le sentiment d’être utilisés comme des marchepieds avant d’être abandonnés à leur triste sort une fois les cadres politiques et militaires « intégrés » dans les institutions politiques, la territoriale, la diplomatie, les entreprises publiques, l’armée et la police congolaises.
 
Le Rwanda, premier exportateur mondial du coltan
 
            Depuis 20 ans, les cycles des « guerres » que le Rwanda et l’Ouganda imposent à la RDC, dans sa partie Est, varient de deux à quatre ans. Comme on l’a relevé plus haut, il y a eu 1996-1997 ; puis 1998-2003 ; 2008-2009 ; 2012- 2013 et, maintenant, 2017. Comme l’ont déjà relevé les Nations Unies ainsi que plusieurs Ong internationales, les visées voilées de ces opérations de déstabilisation du « coffre-fort » congolais sont à la fois économiques et politiques.
            Au plan économique, Kampala et Kigali ont trouvé un filon intéressant à l’Est du Congo pour le business d’Etat, avec pour soubassement principal le trafic illicite des minerais.
            Aujourd’hui par exemple, le Rwanda est pointé comme le premier exportateur mondial du coltan, alors que son sous-sol n’héberge aucun minerai. Ce pays apparaît, depuis plusieurs années, sur la liste des pays exportateurs du diamant, de l’or, de la cassitérite, etc.
 
Transition hypothéquée
 
            Au plan politique, on croit savoir qu’il y a des complicités avec des hommes au pouvoir à Kinshasa pour impulser deux « glissements » de calendrier électoral. Il y a d’une part des manœuvres de blocage des négociations politiques directes au niveau de l’Arrangement particulier et, de l’autre, un travail d’installation de l’insécurité à l’Est du pays pour, le cas échéant, saboter les opérations préélectorales et électorales. Dans un cas comme dans l’autre, l’objectif est d’empêcher la RDC de tenir les élections aux échéances espérées par ses populations.
            Le scénario en chantier à l’Est du pays donne à penser que la période de Transition va connaître des perturbations surtout d’ordre sécuritaire. Les ennemis de la démoratie semblent décidés à détourner le futur gouvernement de transition ainsi que le Conseil national de Suivi de l’Accord du 31 décembre 2017 de leur «priorité des priorités», à savoir la tenue des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales en décembre 2017.
            La «guerre» qui est en train d’être fabriquée de toutes pièces vise manifestement à contraindre les gestionnaires de la Transition à canaliser le peu de ressources financières disponibles vers le front militaire, de manière à manquer de fonds internes pour le processus électoral. Les partenaires de la RDC, les Nations Unies et l’Union Européenne en particulier, devaient s’intéresser à ce qui se passe au Nord-Kivu en vue de décourager les architectes du «glissement sécuritaire» comme elles l’ont fait à travers des sanctions ciblées prises l’année dernière contre des décideurs politiques et fonctionnaires congolais reconnus empoisonneurs du processus électoral.
                                    Kimp