Nouveaux bruits de bottes à l’Est

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kagame-frontLa population congolaise habitant la localité communément appelée « Joli bois », dans le territoire de Nyiragongo, au Nord-Kivu, est fort inquiète. Et pour cause ? Elle a constaté, depuis le dernier week-end, une forte concentration des troupes rwandaises, avec armement lourd, dans la cité rwandaise dénommée Murambi, à un jet de pierres de la frontière commune.

Selon une évaluation qui appelle vérification et confirmation, un bataillon entier de l’armée rwandaise serait déployé dans le secteur.

Dans un premier temps, certaines sources ont laissé entendre que des soldats rwandais venaient d’occuper une partie du territoire congolais. Mais, les données fournies aux autorités compétentes par un GPS laissent penser que, jusqu’à preuve du contraire, l’armée rwandaise n’a pas franchi la frontière.

Toutefois, la forte militarisation d’une zone rwandaise en contact direct avec une province congolaise aussi sensible que celle du Nord-Kivu suscite des interrogations. Pourquoi le Rwanda a-t-il décidé de militariser maintenant ? Pourquoi l’armée rwandaise a-t-elle choisi une localité frontalière avec une province où vient d’être délogé le M23, une rébellion bien connue comme un de ses bras armés en République Démocratique du Congo ? Si ce pays voisin ne nourrit pas d’intention belliqueuse à l’égard du Congo démocratique, qu’est-ce qui explique l’aménagement de nombreuses tranchées par son armée à Murambi ?

            Pour nombre d’observateurs, le décor planté à la frontière congolo-rwandaise n’est pas annonciateur d’une cohabitation pacifique entre Kinshasa et Kigali. Bien au contraire ! Chacun peut y lire les prémisses d’une attaque armée comme seul le Rwanda en détient le secret depuis 1996, année de l’instrumentation de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) pour faire tomber le régime du Maréchal Mobutu Sese Seko.

Le message caché de Kagame

Comme par hasard, de nouveaux bruits de bottes se font entendre à la frontière congolo-rwandaise à la veille de la signature, par le gouvernement congolais et la rébellion du M23, ce que l’on convient déjà d’appeler l’Accord de Kampala. C’est par ce texte, croit-on savoir, que le colonel Sultani Makenga, ses combattants ainsi que les responsables politiques de ce mouvement rebelle comptent survivre à leur défaite militaire sur les collines du Nord-Kivu. En amassant ses soldats lourdement armés à la frontière commune, le président rwandais, Paul Kagame, entend attirer l’attention à la fois des autorités congolaises et de la communauté internationale sur le fait qu’il garde intacte sa capacité d’intervention en territoire congolais. Par conséquent, si on ne lui aménage pas, à travers le M23, des dispositions devant lui permettre d’avoir un droit de regard sur les affaires intérieures congolaises, tout pourrait arriver, à commencer par la relance de la guerre. Bref, le régime de Kigali affiche clairement son refus de voir le M23 disparaître de l’échiquier politique, administratif, militaire et économique congolais.

Ne pas trahir le Congo

Au regard des gesticulations de Kigali à la frontière commune, dans le but inavoué de présenter le M23 comme aussi dangereux que mort ou vivant, les représentants du peuple congolais à la cérémonie de signature de l’Accord de Kampala devraient ouvrir l’œil et le bon. Afin d’éviter toute trahison de la patrie, ils devraient examiner à la loupe, avant de lever l’option de signer, le fond comme la forme de la mouture finale préparée dans le laboratoire de la facilitation ougandaise.

On sait, selon les échos des dernières semaines, que l’atterrissage était difficile à cause de certaines revendications du M23 qui s’apparentaient à des primes à leurs crimes de guerre et crimes contre l’humanité, notamment l’amnistie générale, l’intégration ou la réintégration sans condition dans l’armée, la participation à la gestion des institutions politiques et des entreprises publiques.

            Ainsi tout en se montrant vigilantes à Kampala pour ne pas retomber dans un piège comparable à celui de l’Accord du 23 mars 2009, les autorités congolaises devraient prendre les dispositions requises pour consolider les acquis militaires à l’Est du pays, de manière à faire échec à l’entrée en scène, à visage découvert, de l’armée rwandaise. Si elles ne se montrent pas distraites face au jeu habituel de Kigali visant la perpétuation de l’insécurité au Nord-Kivu, le vent de la paix pourrait souffler, dans la durée, dans cette partie de la République.

                                       Kimp

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