Nouveaux bruits de bottes à l’Est : RD Congo – Rwanda : les dessous des cartes

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fardc-gomaLes échauffourées que l’on enregistre depuis 48 heures entre soldats congolais et rwandais dans la partie Est de la RDCongo, selon les autorités de Kinshasa, ou à l’Ouest du Rwanda, selon les maîtres de Kigali, laissent craindre l’émergence d’une guerre directe, non déclarée, entre les deux pays. S’agissant du casus belli, Kinshasa accuse, par la voix de son ministre des Médias et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, des éléments de l’armée rwandaise d’avoir kidnappé et exécuté un soldat congolais. Quant aux autorités rwandaises, dont le porte-voix se trouve être Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires Etrangères, elles parlent d’actes de riposte de leurs hommes contre des incursions congolaises en territoire rwandais.

Pourquoi la RDC et le Rwanda, signataires de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba et d’une multitude de textes préconisant la coexistence pacifique, se trouvent-ils au bord de la guerre, sept mois après la déconfiture des rebelles du M23 et une semaine après les opérations de reddition volontaire des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) ?

Le trafic illicite des minerais menacé…

Lorsque l’on examine les dessous des cartes, le premier constat à faire est que l’homme fort de Kigali, Paul Kagame, ne veut pas que la RDCongo retrouve une paix durable. Et, ce n’est pas sans raison. En effet, si le Congo démocratique, délivré de l’insécurité et de la balkanisation de fait, renaît comme un Etat « normal », il va reprendre le contrôle de l’intégralité de son territoire et, partant, de ses ressources minières. Et si Kinshasa parvient à éradiquer le trafic illicite de son diamant, de son or, de son coltan, de sa cassitérite…le Rwanda cesse automatiquement d’être un Etat « minier » qu’il est devenu à la faveur de la mainmise de ses « rébellions » sur le coffre-fort de la RDC à l’Est.

Point n’est besoin de rappeler que le Rwanda et l’Ouganda, son tristement célèbre allié dans la déstabilisation de notre pays, se sont reconstruits ces deux dernières décennies grâce au pillage organisé des ressources naturelles congolaises. La paix et la stabilité politique du grand Congo représentent ainsi une menace directe sur le trafic illicite de ses minerais que parrainent Kampala et Kigali.

Ces deux Etats, spécialisés dans le sponsoring des forces négatives sur le sol congolais, se sont implicitement sentis encouragés dans leur basse besogne par des théoriciens de l’idéologie du partage des richesses entre pays voisins des Grands Lacs, considérée comme un des remèdes aux tensions qui déchirent cette sous-région africaine. Mais dès que l’on gratte le vernis qui la recouvre, l’on se rende compte que les fameuses richesses à partager à la manière d’une loterie sont en réalité la propriété exclusive du peuple congolais.

D’où, l’autre constat à faire est qu’il existe, au sein de la communauté des Nations, de nombreux partisans du bradage des richesses du Congo, sous prétexte de les mettre gracieusement à la disposition de tous les peuples des Grands Lacs. Cela veut clairement dire que le prix à payer le peuple congolais pour retrouver une paix durable au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, c’est de transformer ses ressources naturelles en patrimoine commun du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi.

Ce qui est malheureux est qu’il se trouve, dans les rangs des décideurs et acteurs politiques congolais, des compatriotes qui soutiennent pareille démarche, estimant que la survie de la RDCongo devrait passer par l’arrimage de ces trois Etats voisins à ses richesses.

         Mais la question que de nombreux se posent, face à la théorie de la mise en commun des ressources naturelles congolaises au bénéfice de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi, est celle de savoir si cela devrait se faire par la force, sans l’avis du propriétaire. Dans l’histoire des Nations, on n’a jamais vu ça nulle part.

Le tracé des frontières à l’ordre du jour

Les Congolais ont été surpris d’apprendre, par le biais d’un communiqué de la Monusco, que le tracé de la frontière entre la RDCongo et le Rwanda poserait problème, au motif que sa délimitation ne serait pas très claire. Si tel serait le cas, ce serait là un contentieux à créer de toutes pièces. Car, lorsque l’on remonte le cours de l’histoire, l’on note que les limites territoriales de l’Etat Indépendant du Congo datent de la Conférence de Berlin, en 1885.

Ce n’est pas en 2014 que Congolais et Rwandais vont se remettre à débattre de l’état de leur frontière commune. S’il y a vraiment un débat à organiser autour des frontières héritées de la colonisation, il devrait impliquer tous les Etats d’Afrique ou presque. Remettre en question les dimensions de la RDCongo aujourd’hui est une voie très dangereuse, qui cache des velléités d’expansion territoriale du Rwanda. Face à l’état d’esprit qui prévaut de l’autre côté de la frontière, les Congolais n’ont d’autre alternative que de se tenir prêts à défendre l’intégrité de leur territoire, en maintenant leur armée en état d’alerte maximale.

Kimp

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