Nouveau projet de Loi électorale : malaise au sein de la Majorité

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Depuis que le gouvernement a déposé un nouveau projet de Loi électorale sur la table du président de l’Assemblée Nationale, on assiste à une grande agitation au sein des états-majors politiques, toutes tendances confondues. Le week-end, « Jeune Afrique » s’est fait l’écho des fuites échappées d’une réunion stratégique de la Majorité Présidentielle, dont le thème central a gravité autour de ce document.

En effet, au lieu de faire l’unanimité, la perspective d’une écrasante victoire de la famille politique du Chef de l’Etat lors de prochaines élections a suscité une vive controverse. On laisse entendre que le point qui a le plus semé la panique dans les rangs des participants concernait les innovations visant l’élimination des partis « mosaïques » ou « alimentaires » au profit de grands partis ou grands ensembles politiques.

Ainsi, la condition relative à la fixation d’un seuil de 3% à atteindre lors des élections législatives nationales ou provinciales par un parti, un regroupement ou un candidat pour prétendre à un siège a été vivement critiquée. Plusieurs partis affiliés à la Majorité
Présidentielle ont vu, dans l’application de ce fameux seuil, une
stratégie visant la disparition des partis des mallettes non seulement
du côté de l’opposition, mais aussi de la Majorité Présidentielle.
Des voix se sont élevées pour estimer que les ténors du PPRD
cherchaient à se débarrasser de tous leurs alliés qui ne pèsent pas,
politiquement, socialement comme financièrement, pour les écarter en
douceur des institutions de la République.
Des critiques acerbes ont également accueilli la procédure qui impose
à tout membre d’un parti ou d’un regroupement politique désireux de
postuler comme indépendant de démissionner au moins trois mois avant
le dépôt de sa candidature ; cela en vue d’éviter des francs tireurs
qui surprennent leurs formations ou plates-formes politiques à la
dernière minute. D’aucuns ont estimé que ce serait bloquer les
ambitions politiques de tous ceux qui seraient éliminés d’office des
listes de leurs familles politiques alors que leur proximité
individuelle avec l’électorat pourrait leur ouvrir la voie de la
députation nationale ou provinciale, du Sénat, d’un gouvernorat, d’une
commune ou d’un secteur.
Des inquiétudes ont aussi été exprimées au sujet de la nomenclature
des cautions à acquitter avant le dépôt d’une candidature. La nouvelle
loi électorale est perçue, à ce sujet, comme un obstacle à
l’expression des partis et candidats sans moyens. Encore une fois, un
doigt accusateur est pointé sur le PPRD et ses dignitaires, que l’on
soupçonne de vouloir se débarrasser des alliés qui les ont accompagnés
pendant les moments difficiles des législatures de 2006 et 2011.
Dans le souci de calmer les esprits, plusieurs dignitaires de ce
parti ont indiqué qu’il y avait effectivement nécessité de récompenser
chaque parti au prorata de sa représentativité sur le terrain, mais
qu’il n’y avait pas, dans le chef des architectes du nouveau projet de
loi électorale, l’intention de nuire aux alliés. Un seuil de voix à
gagner lors de prochains scrutins devrait absolument être fixé, quitte
à le revoir à la baisse, si c’est vraiment là que le bât blesse.
Le vagabondage politique de la dernière heure devrait également être
combattu par la fixation d’un timing respectable d’option à quiconque
rêverait de se présenter en indépendant.
Quant aux extrémistes, ils ont continué à soutenir que chaque parti ou
candidat devrait démontrer, lors des prochaines élections, qu’il
existe réellement sur le terrain et non se cacher derrière un
parapluie. Cela ferait moins de problèmes pour le partage des postes
et des sièges au niveau des institutions.
Ainsi qu’on le voit, l’opposition n’est pas seule à être confrontée à
la gestion difficile des ambitions politiques de ses sociétaires. La
Majorité présidentielle enregistre aussi des fissures sur son édifice.
S’il y a un vœu à émettre, c’est celui de voir le débat imminent sur
la nouvelle loi électorale viser l’adoption d’un texte qui mette le
pays à l’abri des contestations post électorales devenues monnaie
courante après chaque scrutin. Garantir la sérénité et la transparence
du processus électoral devrait constituer le souci primordial de tous.
Kimp